Abdelmadjid Tebboune
Abdelmadjid Tebboune, né le 17 novembre 1945 à Mecheria (wilaya de Naâma, dans le sud-ouest de l’Algérie), est un homme d’État algérien qui occupe le poste de président de la République depuis décembre 2019. Issu d’une famille modeste originaire de la commune de Boussemghoun (wilaya d’El Bayadh), il a été réélu pour un second mandat lors de l’élection présidentielle du 7 septembre 2024, avec 84,30 % des voix exprimées, selon les résultats définitifs proclamés par la Cour constitutionnelle. Son parcours, marqué par une longue carrière administrative et politique, s’inscrit dans le sillage du système post-indépendance algérien, mais il n’a pas été exempt de controverses, notamment lors de ses passages au gouvernement.
Origines et vie privée
Abdelmadjid Tebboune grandit dans un contexte de militantisme nationaliste. Son père, un fervent membre de l’Association des Oulémas musulmans algériens, subit les persécutions du colonisateur français en raison de ses discours indépendantistes. La famille est contrainte de s’installer à Sidi Bel Abbès pour échapper à ces répressions. Cette origine modeste et engagée forge chez le jeune Tebboune un attachement aux valeurs de la Révolution algérienne.
Côté vie privée, Tebboune est marié depuis 1980 à Fatima-Zohra Belmihoub, une femme discrète issue d’une famille algérienne respectable. Le couple a deux filles : Saloua, l’aînée, et une cadette dont les activités ont récemment fait l’objet de controverses médiatiques, notamment un scandale financier en 2024 impliquant des accusations de népotisme et de conflits d’intérêts. Tebboune est décrit comme un bon vivant, amateur de vin et fumeur invétéré, sans pratique sportive notable, et il apprécie les vacances familiales, souvent tenues secrètes, à l’instar de ses prédécesseurs comme Houari Boumédiène ou Abdelaziz Bouteflika. Des enquêtes récentes, publiées en 2025, ont révélé des aspects plus sombres de sa vie personnelle, incluant des allégations d’infidélités et de liaisons à Paris dans les années 1980-1990, alors qu’il était wali de Tizi Ouzou, marié depuis neuf ans. Ces révélations, issues d’une enquête explosive, soulignent une discrétion familiale souvent préservée par le pouvoir algérien.
Parcours scolaire
Tebboune entame sa scolarité dans la wilaya de Sidi Bel Abbès, où sa famille s’est réfugiée. En 1953, il intègre l’école libre des imams, influencée par les Oulémas, et réussit son examen du cycle moyen en 1957. Il poursuit au lycée régional, puis au lycée Benzerdjeb, obtenant son baccalauréat en 1965. En 1969, il est diplômé de l’École nationale d’administration (ENA) de Alger, dans la spécialité économie-finances, au sein de la deuxième promotion nommée en l’honneur du chahid Larbi Ben M’hidi, héros de la guerre de Libération. Cette formation d’élite le prépare à une carrière dans l’administration publique, pilier du régime post-indépendant.
Parcours professionnel et politique
Tebboune débute sa carrière en 1969 comme administrateur au chef-lieu de la wilaya de Béchar (alors Saoura, englobant Béchar, Tindouf et Adrar), où il gravit rapidement les échelons : chargé de mission, puis secrétaire général de la wilaya de Djelfa en 1974. Muté en 1976 à Adrar, puis à Batna en 1977 et Msila en 1982 au même poste, il accède ensuite à des responsabilités de wali (préfet) dans les wilayas d’Adrar, Tiaret et Tizi Ouzou, démontrant une expertise en gestion locale.
Son entrée au gouvernement date de 1991, comme ministre délégué chargé des Collectivités locales. En 1999, il est nommé ministre de la Communication et de la Culture, puis ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme en 2001. Réinvesti en 2012 au ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville, il assume en 2017 le portefeuille du Commerce par intérim avant d’être nommé Premier ministre le 24 mai 2017, succédant à Abdelmalek Sellal. Proche du puissant chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, cette nomination marque son alignement avec l’armée, pilier du pouvoir algérien.
Scandales en tant que ministre et affaire Khalifa
Le parcours de Tebboune n’a pas été sans ombres. Comme ministre de l’Habitat dans les années 2000, il est éclaboussé par plusieurs scandales de corruption liés à des attributions de marchés publics douteux, notamment dans le secteur du logement social. Des enquêtes journalistiques ont pointé des liens avec des oligarques proches du régime, comme l’entreprise ETRHB d’Ali Haddad, condamné pour détournement de fonds. Son limogeage en 2017 comme Premier ministre est attribué par la presse à son combat anti-corruption, perçu comme une menace pour les « forces de l’argent » influentes.
L’affaire la plus emblématique reste celle de la « Khalifa Bank », un scandale financier majeur des années 2000 impliquant l’homme d’affaires Abdelkader Ben Khalifa. En tant que ministre de l’Habitat, Tebboune est accusé d’avoir facilité l’obtention d’agréments et de marchés pour la société Khalifa Construction, menant à des placements douteux et une faillite frauduleuse estimée à des milliards de dinars. Démissionné en 2003, il est auditionné comme témoin en 2004, démentant toute implication et affirmant n’avoir pas accordé d’agrément à l’entreprise pour manque de qualifications. Le dossier refait surface en 2025, avec des allégations de complicité persistante, reliant Tebboune à une « mafia des cigarettes » et à des rancunes personnelles contre des rivaux comme le général Nacer « El Djinn ». Ces controverses, souvent relayées par des médias critiques, illustrent les zones d’ombre d’un système politique algérien marqué par l’opacité.
Accession à la présidence en 2019 et réélection en 2024
Au cÅ“ur de la crise politique de 2019, déclenchée par le « Hirak » contre le cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, Tebboune est désigné comme candidat par le général Ahmed Gaïd Salah, figure dominante de l’armée et du « système ». Il remporte l’élection du 12 décembre 2019 avec 58,15 % des voix, dans un scrutin boycotté par une large partie de l’opposition. Il prête serment le 19 décembre au Palais des Nations à Alger, marquant la fin symbolique de l’ère Bouteflika.
Réélu en 2024 face à deux candidats peu connus, dans un contexte de répression du Hirak et d’abstention massive (taux de participation officiel de 48,5 %), Tebboune promet des réformes économiques et une lutte contre la corruption, tout en consolidant les alliances avec l’armée. Son second mandat, entamé en septembre 2024, s’annonce sous le signe de la continuité, malgré les défis sécuritaires et socio-économiques.
Abdelmadjid Tebboune incarne ainsi une génération de technocrates formés sous le socialisme d’État, passé du rang administratif aux plus hautes sphères du pouvoir, non sans traverser les tempêtes de la politique algérienne.
Sources bibliographiques
- Wikipédia. « Abdelmadjid Tebboune ». Consulté le 22 novembre 2025. https://fr.wikipedia.org/wiki/Abdelmadjid_Tebboune.
- Ambassade d’Algérie à Moscou. « Biographie du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune ». Consulté le 22 novembre 2025. https://embmoscow.mfa.gov.dz/fr/news-and-press-releases/presidential-biography-of-the-president-of-the-republic-mr-abdelmadjid-tebboune.
- Le Monde. « Présidentielle en Algérie : Abdelmadjid Tebboune largement réélu avec 94,65 % des votants ». 8 septembre 2024. https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/09/08/presidentielle-en-algerie-abdelmadjid-tebboune-largement-reelu-avec-94-65-des-votants_6307791_3212.html.
- France 24. « En Algérie, le président sortant Abdelmadjid Tebboune réélu avec 84,3 % des voix ». 14 septembre 2024. https://www.france24.com/fr/afrique/20240914-en-alg%C3%A9rie-le-pr%C3%A9sident-sortant-abdelmadjid-tebboune-r%C3%A9%C3%A9lu-avec-84-3-des-voix.
- Atalayar. « La fille cadette du président Tebboune au cÅ“ur d’un énorme scandale ». 11 juin 2024. https://www.atalayar.com/fr/articulo/politique/fille-cadette-du-president-tebboune-au-coeur-d-enorme-scandale/20240611101231201391.html.
- Le Point. « Boumédiène, Bouteflika, Tebboune… Les vacances (parfois secrètes) des présidents algériens ». 10 août 2025. https://www.lepoint.fr/monde/boumediene-bouteflika-tebboune-les-vacatures-parfois-secretes-des-presidents-algeriens-10-08-2025-2596052_24.php.
- Le 360. « Les sombres secrets de Abdelmadjid Tebboune dévoilés dans une enquête explosive ». 25 septembre 2025. https://fr.le360.ma/monde/les-sombres-secrets-de-abdelmadjid-tebboune-devoiles-dans-une-enquete-explosive_5NLBPWFYPVFZNKRKHL5P4SIZ7M/.
- Jeune Afrique. « En Algérie, Abdelmadjid Tebboune règle encore ses comptes avec la ‘décennie mafieuse' ». 3 mai 2024. https://www.jeuneafrique.com/1564340/politique/en-algerie-abdelmadjid-tebboune-regle-encore-ses-comptes-avec-la-decennie-mafieuse/.
- Courrier International. « Algérie. Le Premier ministre écarté, victime des ‘forces de l’argent' ». 16 août 2017. https://www.courrierinternational.com/article/algerie-le-premier-ministre-ecarte-victime-des-forces-de-largent.
- L’Expression. « Affaire Khalifa : le témoignage de Abdelmadjid Tebboune ». Consulté le 22 novembre 2025. https://www.lexpressiondz.com/info-en-continu/affaire-khalifa-le-temoignage-de-abdelmadjid-tebboune-217026.
- Le Matin d’Algérie. « Tebboune, le général Nacer El Djinn et la mafia des cigarettes ». 17 octobre 2025. https://lematindalgerie.com/tebboune-le-general-nacer-el-djinn-et-la-mafia-des-cigarettes-une-nouvelle-affaire-khalifa/.
- Le Monde. « Le général Gaïd Salah, dernière figure du ‘système’ en Algérie ». 15 décembre 2019. https://www.lemonde.fr/international/article/2019/12/15/le-general-salah-derniere-figure-du-systeme-en-algerie_6022921_3210.html.
- France 24. « Le nouveau président algérien Abdelmadjid Tebboune a prêté serment ». 19 décembre 2019. https://www.france24.com/fr/20191219-algerie-tebboune-president-prestation-serment-1.
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