Amar Ezzahi
Amar Ezzahi, de son vrai nom Amar Aït Zaï, est une figure emblématique de la musique chaâbi algérienne, souvent considéré comme un maître et un innovateur du genre. Né le 1er janvier 1941 dans le village d’Ighil Bouammas, à Iboudraren (commune de la daïra de Beni Yenni, wilaya de Tizi Ouzou, en Kabylie, Algérie), il grandit dans un milieu modeste au cÅ“ur de la région berbère. Ce village natal est également le berceau d’autres artistes notables, comme le chanteur Lounis Aït Menguellet. Amar est le fils d’une famille nombreuse : il avait un frère, mort martyr à l’âge de 17 ans pendant la guerre de libération, et deux sÅ“urs. Dès l’âge de 9 ans, il est adopté et s’installe dans le quartier de l’ex-Rampe Valée (aujourd’hui Louni Arezki, un diminutif affectueux donné par ses admirateurs) à Alger, où il passe le reste de sa vie sans jamais quitter l’Algérie, malgré de nombreuses invitations internationales.
Enfance et formation
L’enfance d’Amar Ezzahi est marquée par une influence musicale précoce. C’est dans les années 1960, en écoutant les enregistrements de Boudjemaâ El Ankis – un pionnier du chaâbi – qu’il se passionne pour ce genre traditionnel algérois. Autodidacte, il apprend les bases du chaâbi en écoutant des disques et en pratiquant seul. Il maîtrise rapidement la mandole, un instrument à cordes pincées central dans le répertoire chaâbi, qu’il jouera tout au long de sa carrière. Sa formation artistique est informelle, nourrie par l’observation et la répétition, dans un contexte de post-indépendance où la musique populaire émerge comme un vecteur d’identité culturelle. Il n’a pas suivi d’études formelles en musique, mais son oreille absolue et son talent inné le distinguent rapidement.
Début de carrière
En 1964, Amar Ezzahi entame sa carrière professionnelle en collaborant avec le musicien Kaddour Bachtoubdji, un luthier et joueur de luth qui intègre son orchestre pendant quinze ans. Cette rencontre est décisive : Bachtoubdji lui transmet plusieurs qasidas (poèmes chantés traditionnels) et l’initie aux subtilités du répertoire classique. Son premier enregistrement date de 1968, avec un 45 tours contenant les chansons Ya Djahel Leshab et Ya El Adraâ, dont les paroles et la musique sont signées Mahboub Bati. Ce disque marque ses débuts publics et révèle sa voix douce et mélancolique, teintée d’une sensibilité kabyle qui renouvelle le chaâbi algérois.
Dans les années 1970, sa carrière connaît un essor fulgurant. En 1971, il enregistre trois 45 tours, et en 1976, deux 33 tours. Il se produit lors de rares concerts, préférant les cercles familiaux et les soirées privées aux grandes scènes. Parmi ses apparitions notables : un récital au Théâtre National Algérien en 1976 et une performance à l’occasion de la fête du Mawlid al-Nabawi en 1972. Trois de ses chansons passent à la radio nationale, et quatre à la télévision, contribuant à sa popularité croissante auprès d’un public jeune, majoritairement féminin, qu’il attire par son style novateur et accessible.
Apogée artistique et œuvres principales
Amar Ezzahi est reconnu pour avoir insufflé un renouveau au chaâbi dans les années 1960-1970, créant une « école zahienne » qui intègre des influences kabyles et modernes, tout en respectant les racines algéroises. Accompagné de son fidèle ami d’enfance et musicien Boualem Bellemou, il forme un orchestre restreint mais talentueux, où la mandole domine. Ses textes, souvent poétiques et humanistes, traitent de l’amour, de la nostalgie, de la pauvreté et de la spiritualité, avec une touche mystique qui lui vaut le surnom de « chanteur du peuple » ou « h’bib ezzaoualiya » (l’ami des démunis).
Parmi ses œuvres phares :
- Zinouba (1970), un classique sur l’amour impossible.
- Esmaa Nousik Ya Inssan (1971), appel à l’humanité et à la compassion.
- El Haraz, Sali Trach, El Djafi, Yel Meknin Ezzine, Yal Adra et Aadrouni yahli, qui illustrent sa maîtrise des mélodies lancinantes et des rythmes hypnotiques.
Ses collaborations incluent des compositeurs comme Mahboub Bati et des instrumentistes comme Kaddour Bachtoubdji. Modeste et réservé, il refuse les droits d’auteur sur ses enregistrements, préférant une vie ascétique loin des honneurs. À partir des années 1980, il se retire progressivement de la scène publique, ne réapparaissant qu’occasionnellement, comme lors d’un récital à la salle Ibn Khaldoun à Alger en 2016.
Vie personnelle et retrait
Amar Ezzahi mène une existence simple et solitaire. Il n’est jamais marié et n’a pas d’enfants, choisissant une vie de célibat volontaire, proche de l’ascétisme soufi. Fuyant les médias et les projecteurs, il vit reclus dans son quartier algérois, entouré d’amis et de disciples discrets. Sa générosité est légendaire : il offre souvent ses compositions et refuse les rémunérations excessives. Malgré son retrait, son influence perdure, inspirant une génération d’artistes qui voient en lui un symbole d’authenticité et de résistance culturelle.
Décès et héritage
Amar Ezzahi s’éteint le 30 novembre 2016 à son domicile à Alger, à l’âge de 75 ans, des suites d’une maladie non précisée publiquement. À l’annonce de sa mort, le ministre de la Culture Azzedine Mihoubi se rend à son chevet pour un hommage officiel. Ses funérailles, le 1er décembre 2016, rassemblent des milliers de personnes, dont des artistes comme Smaïn Hini et Mokdad Zerrouk, et une procession émouvante jusqu’au cimetière El Kettar où il est inhumé. Des femmes se réunissent spontanément au Jardin de Prague pour lui rendre hommage, et un récital est organisé le 3 décembre 2016 à l’Institut du monde arabe à Paris, avec Abdelkader Chaou et Kamel Aziz.
Son legs est immense : il a revitalisé le chaâbi, l’ouvrant à un public jeune et international, et symbolise l’amour inconditionnel pour l’Algérie et son patrimoine. Neuf ans après sa disparition, en 2025, une seconde biographie lui est consacrée, témoignant de l’intérêt croissant des chercheurs pour cet artiste mythique et mystique.
Sources bibliographiques
- Wikipédia. Amar Ezzahi. Consulté le 22 novembre 2025. Disponible sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Amar_Ezzahi.
- El Watan. Amar Ezzahi, l’homme et la légende. 30 novembre 2023. Disponible sur : https://elwatan.dz/amar-ezzahi-lhomme-et-la-legende/.
- Encyclopédie Arts et Médecine. Amar Ezzahi. Consulté le 22 novembre 2025. Disponible sur : https://medecine-des-arts.com/fr/article/amar-ezzahi.php.
- El Moudjahid. Amar Ezzahi – une légende de renouveau de la chanson chaâbie : Deuxième biographie sur un artiste mythique et mystique. 2 mai 2025. Disponible sur : https://www.elmoudjahid.com/fr/culture/amar-ezzahi-une-legende-de-renouveau-de-la-chanson-chaabie-deuxieme-biographie-sur-un-artiste-mythique-et-mystique-233997.
- MusicMe. Biographie Amar Ezzahi. Consulté le 22 novembre 2025. Disponible sur : https://www.musicme.com/Amar-Ezzahi/biographie/.
- Africultures. Amar Aït Zaï. Consulté le 22 novembre 2025. Disponible sur : https://africultures.com/personnes/?no=54631.
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