Sidi Mansour El Djennadi

Sidi Mansour El Djennadi (ou Sidi Mansour) est un marabout (saint homme et guide spirituel soufi) tunisien du XVIIe siècle, né à Sfax (Tunisie). Il a profondément marqué l’histoire religieuse, sociale et politique de la Grande Kabylie en Algérie, où il s’est installé et est décédé en 1647. Reconnu comme l’un des saints les plus vénérés de la région, il est considéré comme le fondateur de la deuxième zaouïa (école coranique et centre spirituel) la plus importante de Kabylie après celle de Chorfa n’Bahloul.

Biographie et parcours

Sidi Mansour a traversé une grande partie du Maghreb, voyageant en tant que théologien et érudit en sciences religieuses islamiques. Son parcours l’amène en Kabylie pour un long pèlerinage à Tizi-Baoh (chez les Aït Zikki), où il rejoint trois autres marabouts influents : Sidi Ahmed ou Driss, Sidi Ahmed ou Malek et Sidi Abd Errahman. Ensemble, ils soutiennent les tribus kabyles opprimées par le régime féodal du royaume de Koukou (dirigé par les Aït Boukhtouche).

À la sortie de ce pèlerinage, il s’installe d’abord à Yakouren chez les Aït Ghobri, mais l’afflux massif de pèlerins incommode les habitants, qui lui demandent de partir. Il trouve finalement refuge et hospitalité chez la tribu voisine des Aït Djennad (Ath Djennad), dans le village de Timizart (commune de Timizart, wilaya de Tizi Ouzou), vers 1632-1633. C’est là qu’il passe le reste de sa vie et fonde sa zaouïa.

Rôle historique et influence

L’arrivée de Sidi Mansour chez les Aït Djennad est un événement pivotal :

  • Grâce à son charisme, son savoir théologique et son autorité spirituelle, il sensibilise les Aït Djennad à leur force démographique et à leur unité.
  • Sous son impulsion, les Aït Djennad s’organisent et se soulèvent contre l’oppression du royaume de Koukou (notamment contre Amar Ou El Kadhi), refusant les impositions fiscales (comme la dîme) et la domination tyrannique.
  • Cette révolte mène à l’émancipation des Aït Djennad, qui deviennent une confédération libre et indépendante.
  • Le mouvement s’étend : les tribus des Aït Ghobri, Yazzouzen, Aït Idjer et d’autres rejoignent l’alliance, formant l’une des forces les plus puissantes de Kabylie.

Sidi Mansour libère ainsi les Aït Djennad de la suzeraineté de Koukou et contribue à l’affaiblissement progressif du royaume. Son action allie dimension religieuse (enseignement coranique, soufisme) et politique (défense de l’autonomie tribale kabyle).

La Zaouïa Sidi Mansour

Fondée par Sidi Mansour à Timizart, la zaouïa est un pôle majeur d’enseignement religieux (Coran, théologie, langue arabe). Elle s’étend sur environ 70 hectares et inclut un mausolée (qoubba), un réfectoire, des salles d’enseignement et des hébergements pour les étudiants (taleb).

  • Historiquement, elle a formé de nombreux érudits et répondu aux besoins éducatifs locaux face aux occupations ottomane et française.
  • Elle est gérée de manière démocratique : depuis 2002, par une association représentant les neuf grandes familles de Timizart et un comité avec deux délégués par village des 56 que compte la tribu des Aït Djennad.
  • Aujourd’hui, elle accueille environ 60 étudiants (khouans) de diverses wilayas et reste un lieu de pèlerinage important.

Sidi Mansour incarne la résistance spirituelle et tribale kabyle, et son héritage perdure dans l’identité berbère de la région. Note : Il ne faut pas le confondre avec d’autres saints homonymes, comme celui de la chanson folklorique tunisienne « Sidi Mansour ».

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