Ferhat Aït Ali Braham
Ferhat Aït Ali Braham, souvent désigné simplement comme Ferhat Aït Ali, est un économiste, analyste financier et homme politique algérien né le 31 mai 1963 à Aïn El Hammam, en Kabylie (wilaya de Tizi Ouzou). Issu d’une région emblématique de la culture amazighe, il est âgé de 62 ans en 2025 et se présente comme un indépendant politiquement. Connu pour son franc-parler et ses analyses incisives sur l’économie algérienne, il a accédé à des postes ministériels sous le gouvernement d’Abdelaziz Djerad, où il a tenté de réformer le secteur industriel. Cependant, son parcours est marqué par des controverses, des critiques sur ses décisions perçues comme élitistes et des accusations d’hypocrisie dans ses positions publiques.
Jeunesse et formation
Né dans une famille kabyle modeste, Ferhat Aït Ali Braham grandit en Kabylie, un contexte qui influencera sans doute sa sensibilité aux questions d’identité et de développement régional. Bien que peu de détails biographiques personnels soient publics – il n’a pas publié d’autobiographie –, on sait qu’il a poursuivi des études supérieures axées sur les finances publiques. Il est titulaire d’un diplôme d’inspecteur des impôts, une formation technique qui l’a préparé à une carrière dans l’administration fiscale et économique. Cette expertise initiale en fiscalité et en contrôle des finances publiques deviendra un pilier de ses analyses ultérieures sur la corruption et l’économie informelle en Algérie.
Parcours professionnel avant la politique
Ferhat Aït Ali débute sa carrière comme inspecteur des impôts au sein de l’administration algérienne, un poste qui lui permet d’acquérir une connaissance approfondie des mécanismes financiers de l’État. Il évolue ensuite vers des rôles de conseiller dans les activités industrielles, où il travaille sur des projets de développement économique et industriel. Parallèlement, il se lance dans le secteur privé : depuis avril 2001, il est gérant de la SARL ETAP, une entreprise basée à Zemmouri (wilaya de Boumerdès), spécialisée dans le conseil et les services aux entreprises. Cette double casquette – public et privé – lui confère une expérience terrain sur les dysfonctionnements du système économique algérien, qu’il critiquera ouvertement par la suite.
C’est dans les années 2010 qu’il gagne en visibilité publique en tant qu’expert financier. Il intervient régulièrement dans les médias, notamment sur des chaînes comme Radio Algérie, El Bilad TV ou des émissions économiques (comme Le Café des Experts Économiques). Ses analyses portent sur la dépendance aux hydrocarbures, l’endettement extérieur et l’économie informelle. Par exemple, en 2016, il alerte sur les impayés des entreprises publiques comme une forme d’endettement déguisé, critiquant le recours à des prêts étrangers (900 millions d’euros à l’époque) sans réforme structurelle. En 2018, il estime que le marché informel de la devise pèse entre 5 et 8 milliards de dollars, un phénomène « toléré » par l’État qui mine la souveraineté monétaire. Ces interventions le positionnent comme un critique acerbe du « système » pré-Hirak, sans pour autant s’affilier à un parti.
Entrée en politique et rôles ministériels
Le tournant politique de Ferhat Aït Ali survient en 2019, au cœur du Hirak (mouvement de contestation populaire contre le régime Bouteflika). Il dirige la campagne d’Ali Ghediri, un général à la retraite et candidat indépendant à la présidentielle d’avril 2019, finalement annulée en raison des manifestations massives. Ghediri, perçu comme un outsider réformiste, incarne une rupture avec l’establishment ; Aït Ali y voit une opportunité de promouvoir une « économie de production » contre la rente pétrolière.
Nommé le 4 janvier 2020 sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune, il intègre le gouvernement Djerad I comme ministre de l’Industrie et des Mines, succédant à Djamila Tamazirt. Ce poste, stratégique dans un pays où l’industrie ne représente que 5-6 % du PIB, lui confère la responsabilité de relancer un secteur en crise, marqué par la bureaucratie et la corruption. Du 23 juin 2020 au 21 février 2021, dans le gouvernement Djerad II, il conserve le portefeuille de l’Industrie, tandis que les Mines passent à Mohamed Arkab le 25 juin 2020. Il est remplacé par Mohamed Bacha lors d’un remaniement en février 2021.
Parmi ses actions notables :
- Réforme industrielle : Il prône un retour à « l’industrie industrialisante », inspirée de l’ère Boumediène (années 1970), avec un focus sur la production locale et l’innovation. En septembre 2020, il inaugure un laboratoire Fablab à Alger pour promouvoir les start-ups industrielles. Il lance aussi un recensement des actifs publics et privés pour cartographier le potentiel industriel.
- Politique des importations : Il instaure un gel des importations de véhicules d’occasion de moins de trois ans, visant à protéger l’industrie automobile naissante (comme les usines Renault et Volkswagen). Cette mesure, appliquée en 2020, vise à encourager l’assemblage local mais est critiquée pour son impact sur les ménages modestes.
- Investissements étrangers : Il invite les entreprises canadiennes et européennes à investir durablement, tout en promouvant un plan de relance économique en 2020, incluant des incitations fiscales pour les secteurs mécaniques et miniers.
- Gestion de crise : Pendant la pandémie de Covid-19, il appelle les hommes d’affaires à produire localement des équipements médicaux, comme les couloirs de désinfection.
Malgré ces initiatives, son mandat est bref (13 mois) et jugé mitigé : l’industrie stagne, et ses réformes peinent face à la bureaucratie héritée.
Expertise en économie
Ferhat Aït Ali est reconnu comme un expert en finances et économie appliquée, avec une vision libérale critique du rentierisme pétrolier. Ses analyses, souvent médiatisées, diagnostiquent l’Algérie comme une « économie de bazar » dominée par l’informel et les barons de la corruption. Parmi ses thèses clés :
- Dépendance aux hydrocarbures : En 2024, lors d’une émission, il analyse les conclusions du FMI sur la diversification, soulignant que l’Algérie reste un « gisement en zone d’ombre » pour les investisseurs miniers, freiné par l’instabilité politique.
- Endettement et informalité : Il dénonce les transferts illégaux de devises via la surévaluation des exportations, et critique le projet de raffinerie italienne de Sonatrach (2018) comme une « fausse bonne idée » coûteuse sans valeur ajoutée.
- Crise structurelle : Dès 2018, il situe l’origine de la crise dans les années 1980, avec un « perte de cap » post-nationalisation. En 2025, il commente l’impact de Trump sur l’économie mondiale et alerte sur la « planche à billets » algérienne, taillant un « costume » critique à l’ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia.
- Solutions proposées : Il plaide pour une réhabilitation de l’outil industriel via des investissements durables et une lutte contre l’informel, estimant que l’économie formelle pourrait doubler le PIB en cinq ans.
Son expertise, forgée par 20 ans de conseil (SARL ETAP), le rend crédible auprès des milieux d’affaires, bien qu’il soit accusé de théoriser sans résultats concrets.
Critiques, hypocrisie et controverses
Ferhat Aït Ali, passé d’expert critique à ministre du système qu’il dénonçait, est souvent taxé d’hypocrisie. Avant 2020, il fustigeait les « dirigeants qui se soignent à l’étranger » (vidéo virale), symboles d’un État déconnecté ; une fois au pouvoir, il est perçu comme participant au même establishment, sans rupture profonde. Cette volte-face alimente les accusations de « carriérisme » dans les cercles du Hirak, qui le voient comme un « technocrate recyclé ».
Ses déclarations choc cristallisent les critiques :
- Le 13 février 2021, il affirme que « posséder une voiture n’est pas le rêve de la majorité des Algériens », provoquant un tollé sur les réseaux et dans la presse pour son déni des aspirations populaires face à la crise automobile. Cela renforce l’image d’un élitiste kabyle déconnecté.
- En février 2021, un rapport de la gendarmerie le dénonce ouvertement pour des irrégularités dans l’attribution de concessions automobiles, favorisant des dealers aux identités floues (réponse polémique : « Les autorités supérieures étaient au courant »). Il porte plainte pour diffamation contre le président de l’Acam (Association des concessionnaires automobiles multimarques), mais perd le procès le 29 avril 2021, renforçant les soupçons de népotisme.
- Malgré les instructions du Premier ministre, il opère des changements urgents dans son ministère fin 2020, perçus comme des purges clientélistes profitant à des proches, au détriment d’une réforme transparente.
Ces controverses, amplifiées par des médias comme TSA ou Indjazat, soulignent un fossé entre son discours réformiste et ses actes. Des opposants l’accusent d' »hypocrisie ordinaire » : critique virulent du passé, il défend une fois ministre des politiques protectionnistes qui asphyxient l’économie réelle. En 2025, post-mandat, il reste actif comme consultant, mais son image reste polarisée – héros pour les pro-réformes, opportuniste pour les sceptiques.
En somme, Ferhat Aït Ali incarne les contradictions d’une élite algérienne en transition : expert lucide sur les maux économiques, il peine à les guérir une fois aux manettes. Son parcours illustre les défis d’une Algérie post-Hirak, entre diagnostic impitoyable et réformes inabouties. Pour plus de détails, ses interventions médiatiques (YouTube, Radio Algérie) restent une source précieuse.