La Sorcellerie contre le Prophète Muhammad

L’affaire de sorcellerie (ou « sihr » en arabe) contre le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions soient sur lui) est un événement rapporté dans les traditions islamiques authentiques, notamment dans les recueils de hadiths de Sahih al-Bukhari et Sahih Muslim. Cet incident illustre la protection divine accordée au Prophète face aux complots de ses ennemis, et il est souvent cité pour expliquer la révélation des deux dernières sourates du Coran, Al-Falaq (L’Aube naissante) et An-Nas (Les Hommes), connues sous le nom de « Mu’awwidhatayn » (les deux protectrices). Bien que certains courants minoritaires contestent son authenticité, la majorité des savants musulmans le considèrent comme sahih (authentique) et une preuve de la vulnérabilité humaine du Prophète, tout en affirmant qu’il n’affectait pas sa mission prophétique.

Cet événement s’est produit après le Traité de Hudaybiyyah en l’an 6 de l’Hégire (628 CE), une période de tensions entre les musulmans et les tribus juives de Médine, comme les Banu Qurayza et d’autres groupes hostiles. Les ennemis du Prophète, craignant son influence croissante, cherchaient des moyens pour l’affaiblir ou le discréditer. La sorcellerie était une pratique courante dans l’Arabie préislamique, souvent utilisée pour causer du mal, des illusions ou des maladies. Selon les récits, un juif nommé Labid ibn al-A’sam (ou Labid bin Asam), originaire de la tribu juive de Banu Zurayq à Médine, fut engagé par des opposants (possiblement des juifs ou des hypocrites) pour ensorceler le Prophète. Labid était connu pour ses talents en magie et fut payé pour cela.

Labid, aidé par ses filles ou des complices, obtint un peigne contenant des cheveux et des morceaux de fil du Prophète (ou selon d’autres versions, des nœuds faits avec ses cheveux). Il confectionna un sortilège en nouant 11 nœuds autour d’un objet (un peigne ou une effigie), en y insufflant des incantations maléfiques. Cet objet fut ensuite scellé avec de la cire et jeté au fond d’un puits asséché nommé Dharwan (ou Zarwan), situé près de Médine, pour que le sort reste actif et inaccessible.

Les Symptômes et les Effets sur le Prophète

Le sortilège prit effet progressivement, causant au Prophète une illusion et une faiblesse physique. Selon les hadiths rapportés par Aïcha (que Dieu soit satisfait d’elle), le Prophète commença à imaginer avoir accompli des actes qu’il n’avait pas réellement faits. Par exemple, il croyait avoir eu des relations intimes avec ses épouses alors que ce n’était pas le cas, ou il pensait avoir mangé quelque chose qu’il n’avait pas touché. Cela l’affecta psychologiquement et physiquement, le rendant malade pendant une période estimée entre 30 et 40 jours (ou jusqu’à six mois selon des variantes moins authentiques).

Malgré cela, les savants soulignent que cette sorcellerie n’a pas altéré la révélation divine ni la transmission du Coran. Le Prophète continuait à recevoir des révélations et à guider sa communauté, prouvant que la magie n’avait d’emprise que sur son corps et ses perceptions sensorielles, pas sur son esprit prophétique protégé par Allah. Aïcha rapporta que le Prophète disait : « Ô Aïcha, sais-tu qu’Allah m’a informé de ce que je Lui ai demandé ? Deux hommes sont venus à moi ; l’un s’est assis près de ma tête et l’autre près de mes pieds… » – annonçant ainsi la révélation de la cause de sa maladie.

La Révélation Divine et la Guérison

Allah révéla au Prophète la nature du sortilège par l’intermédiaire de l’ange Jibril (Gabriel) ou, selon les versions, par deux anges apparaissant sous forme humaine. Ils informèrent le Prophète de l’identité du sorcier (Labid), de la méthode utilisée (les 11 nœuds) et de l’emplacement de l’objet ensorcelé (le puits de Dharwan). Le Prophète envoya alors des compagnons, comme Ali ibn Abi Talib ou Ammar ibn Yasir, pour récupérer l’objet du puits. Ils trouvèrent le peigne avec les nœuds, enveloppé dans une peau de pollen de palmier mâle.

Pour briser le sort, le Prophète récita les sourates Al-Falaq et An-Nas. À chaque verset récité, un nœud se défaisait miraculeusement, jusqu’à ce que les 11 nœuds soient dissous et que le Prophète soit complètement guéri. Ces deux sourates, révélées spécifiquement pour cet incident, invoquent la protection contre le mal, la sorcellerie, l’envie et les suggestions du diable. Par exemple, Al-Falaq dit : « Dis : Je cherche refuge auprès du Seigneur de l’aube naissante, contre le mal des choses créées, contre le mal de la nuit quand elle s’assombrit, contre le mal des souffleuses sur les nœuds [les sorcières], et contre le mal de l’envieux quand il envie. »

Le Prophète choisit de ne pas punir Labid, déclarant : « Allah m’a guéri, et je crains que cela ne provoque un mal parmi les gens. » Cela reflète sa miséricorde et sa sagesse, évitant des troubles communautaires inutiles.

Cet incident démontre plusieurs leçons islamiques : la réalité de la sorcellerie (mais son inefficacité face à la foi sincère), l’importance de la ruqyah (récitation protectrice du Coran), et la protection divine sur les prophètes. Il renforce aussi la foi en montrant que même le Prophète, en tant qu’humain, pouvait être touché par des maux terrestres, mais qu’Allah le secourait toujours. Des critiques non musulmans ou certains courants internes utilisent cet épisode pour questionner l’infaillibilité du Prophète, mais les savants musulmans répondent que cela n’affectait que son aspect humain, pas sa prophétie.

En résumé, cette affaire illustre la victoire de la foi sur la malice humaine, et elle est souvent invoquée dans les enseignements sur la protection spirituelle en Islam. Pour une étude plus approfondie, consultez les tafsirs des sourates 113 et 114, ou les hadiths cités.