مارية القبطية Mariya al-Qibtiyya

La cocubine du Prophete Mohammed

Māriya est la seule femme non-arabe, avec Rayḥāna, à avoir vécu dans la maison du Prophète ﷺ avec un statut très particulier : elle fut offerte comme concubine, se convertit à l’islam, devint umm walad (mère d’un enfant du Prophète) et fut affranchie. Son histoire est à la fois touchante et politiquement importante.

Origine et arrivée à Médine (6-7 H / 628 apr. J.-C.)

En l’an 6 ou 7 de l’Hégire (628), le Prophète ﷺ envoya des lettres aux grands souverains de l’époque pour les inviter à l’islam. L’une d’elles fut adressée au مقوقس al-Muqawqis, vice-roi copte d’Égypte sous l’empereur byzantin Héraclius.

Al-Muqawqis ne se convertit pas, mais il répondit avec respect et envoya de somptueux cadeaux :

  • Deux sœurs coptes de haute naissance : مارية Māriya et سيرين Sīrīn
  • 1 000 mithqāl d’or, 20 vêtements de lin fin d’Égypte
  • Une mule blanche nommée دُلْدُل Duldul (qui devint célèbre)
  • Un âne nommé يَعْفُور Yaʿfūr
  • Un eunuque nommé مأبور Mābūr

Les deux sœurs arrivèrent à Médine accompagnées de Mābūr. Le Prophète ﷺ offrit Sīrīn en mariage au poète حسان بن ثابت Ḥassān ibn Thābit, qui l’affranchit et l’épousa. Māriya, elle, fut gardée auprès du Prophète.

Installation et statut

Māriya était décrite comme très belle, à la peau claire et aux cheveux bouclés. Le Prophète ﷺ l’installa d’abord dans une maison du quartier haut de Médine (العوالي al-ʿAwālī), loin du cercle des épouses libres. Elle se convertit rapidement à l’islam de plein gré. Selon la majorité des historiens (Ibn Hishām, al-Ṭabarī, Ibn Saʿd), elle resta concubine (أمة مملوكة) mais reçut un traitement très honorable.

Naissance d’Ibrāhīm (8 H / 630)

En 8 H, Māriya mit au monde un garçon : إبراهيم Ibrāhīm ibn Muḥammad. Ce fut une immense joie pour le Prophète ﷺ qui n’avait plus d’enfants mâles vivants depuis la mort d’al-Qāsim et ʿAbd Allāh.
Le jour de la naissance, le Prophète prononça l’adhān dans l’oreille du bébé, lui donna le nom d’Ibrāhīm en souvenir de son ancêtre, et fit l’aqiqa (sacrifice) le 7ᵉ jour.

À partir de ce moment, Māriya devint أم ولد umm walad (mère d’un enfant libre du maître) : selon la loi islamique, elle ne pouvait plus être vendue et serait automatiquement affranchie à la mort de son maître.

L’incident du « ḥadīth al-ifk » de Māriya (vers 8-9 H)

Un épisode délicat survint : certaines épouses (notamment ʿĀʾisha et Ḥafṣa) furent jalouses de la beauté de Māriya et du fait que le Prophète lui rendait souvent visite. Un jour, il la trouva seule avec son serviteur copte Mābūr. Une rumeur courut (rapidement démentie) selon laquelle il y aurait eu une relation ambiguë. Le Prophète demanda à ʿAlī d’enquêter ; il s’avéra que Mābūr était eunuque (ou castré peu après).
Le Coran lui-même intervint (sourate at-Taḥrīm 66:1-5) en reprenant doucement le Prophète pour avoir interdit à lui-même ce que Dieu lui avait rendu licite, afin de plaire à ses épouses. Māriya ne fut jamais accusée directement, mais l’incident montra la tension dans le foyer.

Mort d’Ibrāhīm et chagrin du Prophète (10 H / 632)

Ibrāhīm tomba malade à l’âge de 16 à 18 mois. Le Prophète le prit dans ses bras pendant l’agonie. Quand l’enfant rendit l’âme, il pleura abondamment et dit :
« L’œil pleure, le cœur est triste, mais nous ne disons que ce qui plaît à notre Seigneur. Ô Ibrāhīm, nous sommes affligeons de ton départ. »

Il l’enterra lui-même au cimetière d’al-Baqīʿ et, selon un ḥadīth, dit en voyant une éclipse ce jour-là :
« Le soleil et la lune ne s’éclipsent pas pour la mort ou la naissance de quiconque ; ce sont deux signes parmi les signes d’Allah. »

Māriya fut profondément affectée par la perte de son unique enfant.

Dernières années et décès

Après la mort du Prophète ﷺ en 11 H / 632, Māriya fut affranchie (comme toutes les ummahāt al-walad. Elle vécut encore quelques années à Médine dans la discrétion et la piété.

Elle mourut en محرم 16 H (février-mars 637), sous le califat d’ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb.
ʿUmar dirigea lui-même la prière funéraire et elle fut inhumée à al-Baqīʿ. Il aurait dit : « C’était une femme pieuse et vertueuse. »

Statut religieux

  • La très grande majorité des savants sunnites la considèrent comme « mère des croyants » par respect (même si elle n’était pas épouse libre).
  • Certains chiites la considèrent comme épouse légitime, mais la majorité des sources classiques la classent comme سرية (concubine affranchie).

Māriya reste dans l’histoire comme le symbole d’une intégration réussie d’une femme non-arabe dans le cercle le plus intime du Prophète ﷺ, et comme la mère de son dernier enfant, Ibrāhīm, dont la mort prématurée brisa le cœur du Messager d’Allah.