Si Amar Ou Said Boulifa

Si Amar Ou Said Boulifa, de son vrai nom Ammar ben Saïd ben Ammar Boulifa (en kabyle : Si AÉ›mer U SÉ›id n At Belqasem U Aεmer), était un homme de lettres kabyle, linguiste, sociologue, historien et pédagogue, considéré comme le « précurseur berbériste » de la littérature et des études berbères en Algérie. Né vers 1865 au village d’Adni (ou Adeni) dans la tribu d’Irdjen, au sein de la confédération tribale des Aït Iraten en Grande Kabylie (près de l’actuelle commune d’Irdjen, wilaya de Tizi Ouzou), il décède le 8 juin 1931 à Alger, à l’hôpital Mustapha Pacha, et est inhumé au cimetière de Saint-Eugène près de Bab El Oued.

Jeunesse et formation

Issu d’une famille modeste de marabouts (d’où le titre honorifique « Si »), les Aït Belkacem ou Amar (At Belqasem u Aεmer), Boulifa perd son père, Saïd, très jeune, ce qui le laisse orphelin. Grâce à des liens familiaux par alliance avec la puissante famille des Aït Ameur, notables caïdaux de Tamazirt Ourabah, son oncle maternel, Si Moula, l’inscrit en 1873 à la première école arabe-française ouverte en Kabylie, un établissement rare et pionnier qui forme les futures élites locales au savoir moderne. Formé à l’école normale de Bouzaréah dans les années 1890, il devient instituteur, puis s’oriente vers la linguistique, la sociologie et l’histoire, notamment à la Faculté des Lettres d’Alger, où il atteint le rang de professeur de berbère. Élève de Belkacem Ben Sedira, il s’insurge contre les stéréotypes coloniaux, comme ceux du général anthropologue Adolphe Hanoteau sur la société kabyle dans Poésies populaires de la Kabylie du Jurjura, en publiant des analyses poétiques critiques.

Carrière et contributions scientifiques

Boulifa est un pionnier de la pédagogie berbère : il élabore la première méthode complète d’enseignement du kabyle, fondée sur une approche « directe » des langues, bien avant son temps, avec des grammaires descriptives et des outils pratiques pour les candidats aux brevets coloniaux. En 1904-1905, il participe à une expédition au Maroc aux côtés de René de Segonzac, produisant des travaux sur le berbère de l’Atlas, dont Textes berbères en dialecte de l’Atlas marocain (1908) et un article sur les « Manuscrits berbères du Maroc » (1905). Il contribue aussi à l’archéologie kabyle avec des fouilles et des publications sur des inscriptions comme celle d’Ifigha (1909) et des documents du Haut-Sébaou (1911). En 1905, au XIVe Congrès international des Orientalistes à Alger, il présente un mémoire sur le Kanoun d’Adni, un texte juridique traditionnel.

Son Å“uvre majeure, Le Djurdjura à travers l’histoire depuis l’Antiquité jusqu’en 1830 (1925), est une étude exhaustive sur l’organisation et l’indépendance des Zouaoua (Grande Kabylie), mêlant histoire, sociologie et linguistique, et servant de modèle pour une construction autochtone du savoir berbère. Il prend sa retraite en 1929 et lègue un legs intellectuel immense, influençant les générations futures de berbéristes.

Vie privée

Peu de détails sont connus sur sa sphère personnelle, mais Boulifa reste marqué par son enfance orpheline et son engagement pour l’éducation des « indigènes », comme en témoigne son mémoire de 1897 sur l’enseignement en Algérie. Il vit principalement entre la Kabylie et Alger, naviguant entre traditions locales et institutions coloniales, tout en défendant l’identité berbère face à l’assimilation.

Å’uvres principales

Voici un tableau récapitulatif de ses publications majeures, classées par domaine :

DomaineTitreAnnéeNotes
LinguistiqueUne première année de langue kabyle (dialecte Zouaoua)1897 (2e éd. 1910)Méthode pédagogique pour brevets coloniaux.
LinguistiqueMéthode de langue kabyle (cours de deuxième année)1913Étude linguistique et sociologique sur la Kabylie du Djurdjura.
LittératureRecueil de poésies kabyles. Texte Zouaoua traduit, annoté…1904 (rééd. 1990)Étude sur la femme et le chant kabyle.
LinguistiqueTextes berbères en dialectes de l’Atlas marocain1908Résultat de l’expédition au Maroc.
ArchéologieL’Inscription d’Ifigha1909Dans Revue archéologique.
ArchéologieNouveaux documents archéologiques découverts dans le Haut-Sébaou1911Dans Revue africaine.
HistoireLe kanoun d’Adni1905Texte et traduction avec notice historique.
HistoireLe Djurdjura à travers l’histoire depuis l’Antiquité jusqu’en 18301925 (rééd. s.d.)Å’uvre majeure sur l’organisation des Zouaoua.
HistoireLe kanoun de la zaouia de Sidi Mansour des Aït Djennad1923Dans Mélanges René Basset.

Postérité

Boulifa est célébré comme un pilier de la Renaissance berbère, préfigurant le mouvement culturel amazigh. Son testament de 1914 le désigne comme « professeur de berbère » à l’École Normale et à la Faculté d’Alger, soulignant son rôle académique. Des études contemporaines, comme celles de Salem Chaker, soulignent son rôle de « grand précurseur berbérisant ».

Sources bibliographiques

  • Wikipédia. « Si Amar Ou Said Boulifa. » Consulté le 25 novembre 2025. https://fr.wikipedia.org/wiki/Si_Amar_Ou_Said_Boulifa.
  • Encyclopédie berbère. « Boulifa. » Consulté le 25 novembre 2025. https://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/1799.
  • Vitaminedz. « Biographie de Si Amar U Said Boulifa. » Consulté le 25 novembre 2025. https://www.vitaminedz.com/fr/Algerie/biographie-de-si-amar-u-said-82540-Articles-0-16878-1.html.
  • Djurdjura Over-Blog. « Amar U Said Boulifa. » Consulté le 25 novembre 2025. https://djurdjura.over-blog.net/2016/10/amar-u-said-boulifa.html.
  • Wikipedia (anglais). « Boulifa. » Consulté le 25 novembre 2025. https://en.wikipedia.org/wiki/Boulifa.

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