Moufdi Zakaria

(1908 – 17 août 1977)

Nom complet : Zekri Cheikh, dit Moufdi Zakaria (مفدي زكرياء)
Surnom : « Le poète de la Révolution algérienne »

Origines et jeunesse

Né le 12 juin 1908 à Ghassira (wilaya de Annaba, ancienne Bône), dans une famille modeste d’origine chaouie (berbère de l’Aurès) installée en Petite Kabylie.
Son père, cheikh El Hadj Belkacem, était un taleb (érudit coranique). Très tôt, le jeune Zekri montre un talent exceptionnel pour la poésie classique arabe.
Il fait ses études coraniques puis entre à l’école française, où il apprend le français et se passionne pour la littérature.

Débuts militants et poétiques (années 1920-1930)

  • 1925 : À seulement 17 ans, il compose son premier poème patriotique célèbre : « Ya Bladi » (Ô ma patrie).
  • 1931 : Publie son premier recueil « Al-Ach’aa al-moukaddasa » (Les Flammes sacrées).
  • 1936-1939 : Adhère au Parti du peuple algérien (PPA) de Messali Hadj. Ses poèmes circulent clandestinement et lui valent plusieurs arrestations par l’administration coloniale française.

L’emprisonnement de Barberousse et la naissance de Kassaman (1955)

En avril 1955, Moufdi Zakaria est arrêté à nouveau et incarcéré à la prison de Barberousse (Alger).
C’est dans sa cellule, sur les murs, avec son propre sang (selon la légende la plus répandue), qu’il écrit les paroles de « Kassaman » (Nous jurons), qui deviendra l’hymne national algérien après l’indépendance.
Le poème est immédiatement adopté comme chant de guerre par les maquisards du FLN.

Exil et retour (1955-1962)

  • 1956-1959 : Libéré, il s’exile au Maroc, puis en Tunisie, où il dirige la radio Sawt al-Jazaïr al-moudjahida (La Voix de l’Algérie combattante).
  • Il continue à écrire des poèmes incendiaires qui sont diffusés dans tout le Maghreb et le Moyen-Orient.

Après l’indépendance (1962-1977)

  • 1962 : Rentré en Algérie libre, il est célébré comme héros national.
  • 1963 : Reçoit la médaille de la Résistance.
  • 1967 : Publie « L’Épopée de la Révolution » (ملحمة الثورة).
  • 1971 : Son recueil « L’Algérie dans le cœur » est enseigné dans les écoles.
    Cependant, il s’éloigne progressivement du pouvoir (notamment après le coup d’État de Boumediene en 1965) et vit les dernières années dans une relative discrétion à Alger.

Mort et postérité

Moufdi Zakaria meurt le 17 août 1977 à Tunis, où il était en soins. Il est enterré à Annaba.
En Algérie, il est officiellement considéré comme le plus grand poète révolutionnaire du XXe siècle.
Des rues, des lycées, des universités et même un stade portent son nom.

Œuvres poétiques principales

  • Al-Ach’aa al-moukaddasa (Les Flammes sacrées), 1931
  • Sous le joug de l’esclave, 1936
  • L’Algérie éternelle, 1956
  • Kassaman (Qasaman), 1955 – hymne national
  • L’Épopée de la Révolution, 1967
  • L’Algérie dans le cœur, 1971

Style

Poésie classique arabe (qasida), très rythmée, avec une métrique et une rime parfaites. Thèmes : amour de la patrie, haine du colonialisme, dignité arabe et berbère, unité maghrébine.

Citation célèbre (extrait de Kassaman)

Moufdi Zakaria reste, avec Kateb Yacine et Malek Haddad, l’un des trois grands poètes-symboles de la guerre de libération algérienne, mais le seul à avoir écrit exclusivement en arabe et à avoir donné à l’Algérie son hymne national.

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