Mohamed Fellag

Mohamed Fellag, plus connu sous le nom de scène Fellag, est un artiste algérien d’exception : humoriste, acteur, dramaturge, écrivain — et, au tout début de son parcours, professeur de français. Né le 31 mars 1950 à Azeffoun, en Grande Kabylie (wilaya de Tizi Ouzou), il grandit dans une famille modeste profondément marquée par l’engagement nationaliste. Son père, instituteur et militant anticolonial, et sa mère, femme au foyer, lui transmettent très tôt un sens aigu de la justice sociale et une ouverture culturelle. Bercé par les langues berbère (kabyle) et arabe, il découvre le français à l’école, langue qu’il enseignera brièvement avant de se consacrer entièrement à l’art dramatique.

Formation, enseignement et premiers pas sur les planches

Après ses études secondaires en Algérie, Fellag exerce quelques années comme professeur de français, métier qui affine sa maîtrise de la langue et nourrit son goût pour la transmission. Il intègre en 1968 l’Institut national d’art dramatique de Bordj El Kiffan, près d’Alger, où il se forme au théâtre classique. Diplômé en 1972, il rejoint en 1974 le Théâtre national algérien (TNA), interprétant des œuvres de Molière, Brecht ou encore Kateb Yacine. En 1978, il cofonde la troupe El Kahina, du nom de la légendaire reine berbère, qui révolutionne la scène algérienne par un humour corrosif mêlant arabe dialectal et français, et dénonçant les contradictions de la société post-indépendance.

Durant les années 1980, il s’impose grâce à des one-man-shows emblématiques tels que Les Aventures de Tchopatcha, Babor Australia, Un bateau pour l’Aous-tralala et Djurdjura mon amour — spectacles absurdes, poétiques et politiquement engagés, salués par le public malgré une censure croissante.

Exil et consécration internationale

Face aux pressions politiques, Fellag quitte l’Algérie en 1985 pour la Tunisie, où il joue au Théâtre national tunisien et crée SOS Labess et Les Castings. La montée de la violence durant la « décennie noire » l’oblige à s’installer définitivement à Paris en 1995.

En France, il connaît un succès retentissant avec des spectacles comme Djurdjura mon amour (plus de 500 représentations) et Rue des petites daurades. Il aborde ensuite, avec une rare finesse, des sujets sensibles dans Tous les Algériens sont des mécaniciens (2008-2010) et Petits chocs des civilisations (2011), explorant l’islamisme, l’immigration et les tensions identitaires.

Œuvres théâtrales principales

  • Les Aventures de Tchopatcha
  • Babor Australia
  • Un bateau pour l’Aous-tralala
  • Djurdjura mon amour
  • SOS Labess
  • Les Castings
  • Cocktail Khorotov
  • Rue des petites daurades
  • Opéra d’Casbah (avec Jérôme Savary et Biyouna)
  • Tous les Algériens sont des mécaniciens
  • Petits chocs des civilisations

Carrière cinématographique

Au cinéma, Fellag incarne souvent des personnages marqués par l’exil, la dignité ou l’humour discret. Sa filmographie inclut :

  • 2002 – Inch’Allah dimanche (Yamina Benguigui)
  • 2005 – Voisins, voisines (Malik Chibane)
  • 2007 – Michou d’Auber (Thomas Gilou)
  • 2009 – Le Chat du rabbin (voix)
  • 2010 – Le Nom des gens (Michel Leclerc)
  • 2011 – Monsieur Lazhar (Philippe Falardeau) – rôle de Bachir Lazhar
  • 2012 – Ce que le jour doit à la nuit (Alexandre Arcady) – rôle : Dr Larbi
  • 2013 – La Fleur de l’âge (Nick Quinn)
  • 2014 – Cheba Louisa (Françoise Charpiat)
  • 2016 – Good Luck Algeria (Farid Bentoumi)
  • 2017 – L’Ascension (Ludovic Bernard)
  • 2021 – Zaï Zaï Zaï Zaï (François Desagnat)

Son interprétation dans Monsieur Lazhar lui vaut une reconnaissance mondiale et contribue à la nomination du film aux Oscars 2012 du Meilleur film en langue étrangère.

Écriture et publications

Parallèlement à la scène et à l’écran, Fellag publie plusieurs ouvrages mêlant satire, tendresse et réflexion sociale :

  • Rue des petites daurades (2001)
  • Le Dernier Chameau et autres histoires (2004)
  • Comment réussir un bon petit couscous (2005)
  • L’Allumeur de rêves berbères (2007)
  • Un petit cochon dans la tête (2016)
  • Tous les Algériens sont des mécaniciens (2019)

Vie personnelle et engagements

Très discret, Fellag est marié depuis de nombreuses années à Marianne Épin, comédienne et metteuse en scène française. Père de deux enfants nés de précédentes unions, il vit entre Paris et Alger, bien qu’il ne retourne plus régulièrement en Algérie. Trilingue (kabyle, arabe algérien, français), il incarne une identité plurielle, refusant les assignations culturelles ou idéologiques.

Reconnaissance

Indépendant et lucide, Fellag critique avec la même ironie l’islamisme, le pouvoir algérien, le racisme en France et les excès de l’Occident. Son humour, souvent décrit comme « un rire qui fait mal tellement il est vrai », allie humanité et acuité.

Il est décoré Chevalier des Arts et des Lettres (2003), puis Officier (2013), et reçoit le Prix Raymond Devos en 2004. À 75 ans en 2025, il demeure l’une des voix les plus singulières de la Méditerranée — un conteur vivant dont chaque mot porte une histoire, une blessure ou un espoir.

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