Akrame Benallal – Chef étoilé

Akrame Benallal

Quand l’âme d’Oran dialogue avec l’excellence française

PARIS — À 43 ans, Akrame Benallal incarne une alchimie rare dans le paysage culinaire mondial : celle d’un chef dont les racines plongent dans les marchés colorés d’Oran et dont les ailes se sont déployées dans les temples de la gastronomie hexagonale. Né en juin 1981 à Maisons-Laffitte, il quitte la France à l’âge de deux ans pour l’Algérie, où il passera treize années formatrices près d’Oran, bercé par les arômes de la cuisine de sa mère. « Je suis français, né en France. Mais l’Algérie, c’est mon enfance », confie-t-il volontiers.

Une vocation forgée dans les saveurs oranaises

À 13 ans, alors que sa famille s’installe à Tours, Akrame découvre un pays qui lui est étranger. Mais une flamme brûle déjà en lui : celle transmise par sa mère, cuisinière passionnée dont les plats étaient « imprégnés de sentiments ». À 14 ans, il entame un CAP cuisine, parcourant quotidiennement des kilomètres pour apprendre son métier. Cette détermination précoce n’est pas celle d’un enfant rêveur, mais celle d’un adolescent conscient que la cuisine est son langage — un pont entre deux mondes, un acte d’émancipation.

De Pierre Gagnaire à Ferran Adrià : l’école de la rupture

En 1999, à 18 ans, il frappe à la porte de Pierre Gagnaire. Le maître, séduit par son audace, l’accueille en pâtisserie. Cinq ans plus tard, poussé par une soif d’innovation, Akrame tente « au culot » un stage chez Ferran Adrià, à El Bulli. Là-bas, il découvre la cuisine moléculaire, cette révolution espagnole qui déconstruit pour mieux reconstruire. Deux univers apparemment opposés — la précision française et l’expérimentation ibérique — viendront nourrir une signature unique : technique irréprochable servie à des émotions brutes.

L’étoile comme tremplin, non comme aboutissement

En 2011, il ouvre Akrame rue Lauriston à Paris, puis déménage rue Tronchet dans le 8ᵉ arrondissement. Le succès est fulgurant : une première étoile Michelin en 2012, une seconde en 2014 [[15]]. Aujourd’hui, le restaurant conserve une étoile, mais Akrame assume cette évolution avec philosophie : « Je marche à l’instinct », répète-t-il. Sa cuisine ? Un dialogue subtil entre le cumin des tagines oranais, la fraîcheur des agrumes méditerranéens et des techniques pointues — comme ce fameux muesli de quinoa croustillant qu’il a imaginé pour les athlètes des JO de Paris 2024.

Le nomade bienveillant

Akrame Benallal ne se contente pas des ors du Michelin. Entrepreneur visionnaire, il développe Shirvan, concept fusion présent à Paris, Doha et bientôt Koweït, ainsi que des adresses à Marrakech. En 2024, il rejoint Amandine Chaignot et Alexandre Mazzia pour nourrir 15 000 athlètes au Village Olympique, prouvant que la gastronomie peut être à la fois exigeante et inclusive. « Citoyen du monde », il incarne cette génération de chefs qui transcendent les frontières sans renier leurs origines.

Au-delà des clichés

Son parcours brise plusieurs idées reçues. D’abord, celle d’une gastronomie française fermée sur elle-même : Akrame, d’origine algérienne, y a conquis ses lettres de noblesse sans renier son héritage. Ensuite, celle d’un chef étoilé enfermé dans sa tour d’ivoire : il assume pleinement son rôle d’entrepreneur international et de passeur culturel.

Ce qui inspire le plus dans son histoire ? Peut-être cette capacité à transformer la dualité en force créative. Les souvenirs oranais ne sont pas une nostalgie décorative : ils imprègnent chaque assiette d’une vibration émotionnelle — la chaleur du pain cuit au four traditionnel, l’acidité des citrons confits, la générosité des repas partagés en famille. Comme il le dit lui-même : « Ma cuisine, c’est moi. Mes souvenirs, mes émotions, mon histoire ».

Dans un monde où les identités se crispent, Akrame Benallal offre une leçon d’humanisme culinaire : on peut être profondément français et profondément algérien, porter deux cultures en soi sans schizophrénie, mais avec une grâce qui nourrit les corps et les âmes. Et cela, c’est peut-être la plus belle recette qu’il nous lègue.

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