L’invasion d’At-Ijjer par l’armée coloniale en 1852

Le gouverneur général marche sur les Beni-Idjeur – Combats du 30 juin, du 1er et 2 juillet – Soumission des Beni-Idjeur, – Dislocation des colonnes, – Mort de Bel-Kassem ou Kessi, – Investiture des chefs indigènes.


29 juin : Préparatifs et reconnaissance

Le 29 juin, à 3 heures ½ du matin, un convoi de malades et de blessés est dirigé sur Dellys, sous l’escorte de 100 cavaliers des Ameraoua ; les mulets rapporteront des vivres. À deux heures, le gouverneur général, escorté de toute la cavalerie et des chasseurs à pied et, par ailleurs, de la division d’Alger, va faire une reconnaissance vers les Beni Idjeur, pour régler les dispositions à prendre le lendemain ; il est de retour à cinq heures. Pendant la nuit, les Kabyles essaient sur plusieurs points de percer la ligne de nos grandes gardes, mais ils échouent dans leurs tentatives. Un caporal de tirailleurs est tué d’un coup de feu à l’abdomen.


30 juin : L’offensive vers le Tleta et la bataille de Bou-Zian

Le 30 juin, à 4 heures 3/4 du matin, les deux divisions se mettent en marche, sans sonneries ni batteries, vers le Tleta des Beni-Idjeur, où elles doivent camper. La division de Constantine avec tous éléments, moins son convoi, ouvre la marche précédée de 4 de ses bataillons sans sacs ; elle descend dans le lit de l’Oued Sahel, qui a très peu d’eau, remonte cette rivière pendant deux kilomètres, la franchit et prend les pentes d’un contrefort qui mène au Tleta. Six bataillons de la division d’Alger, précédés des chasseurs à pied, des deux compagnies de tirailleurs, des 50 canonniers à pied et de deux sections de montagne, franchissent immédiatement la rivière de manière à se déployer vers la gauche ; la cavalerie et le goum marchent à l’extrême gauche. Pendant que ce dernier mouvement s’opère, le convoi des deux divisions, avec un bataillon de la brigade Bosc et les sapeurs des deux divisions en tête, et un bataillon de la même brigade avec une section d’artillerie en arrière-garde, se forme dans le lit de la rivière.

Aussitôt que la division Mac-Mahon est aperçue gagnant les contreforts qui conduisent au Tleta, la division d’Alger et le convoi se mettent en mouvement, ce dernier suivant la même route que la division de Constantine. Le convoi marche sur un très grand front, ce qui lui permettra d’arriver au bivouac en même temps que les troupes.

Les Beni-Idjeur ont concentré leur défense en avant des villages de Bou-Zian et Si-Ali-ou-Ameur (ndlr Bouzeguene Vge et Ait Sidi Amar), derrière les haies et les couverts du terrain. Une compagnie du 3e de zouaves y est lancée avec une impétuosité qui lui fait dépasser les embuscades. En vain les fuyards, refoulés dans le ravin qui sépare les villages, veulent remonter la berge opposée, nos éclaireurs s’y rencontrent pêle-mêle avec eux, les traquent jusque dans Bou-Zian, d’où ils les ont bientôt délogés après avoir tué une cinquantaine (1). Pendant ce temps, les tirailleurs indigènes arrivent au pied du piton qui domine le village d’Ihattoucen.

Les 4 ou 500 Kabyles qui s’y étaient retranchés tentent, en pure perte, une résistance désormais impossible. Les troupes de la brigade Maissiat, suivies à court intervalle de 3 bataillons de la division Camou, se massent successivement derrière les tirailleurs. Quelques coups d’obusier, habilement dirigés sur les groupes hostiles, achèvent de les disperser. La retraite s’opère alors en bon ordre, la division de Mac-Mahon se retire protégée par deux bataillons sans sacs de la division d’Alger, qui ont été prendre position en avant, pour assurer ce mouvement. Les Kabyles avaient d’abord suivi en grand nombre la division de Constantine, mais un vigoureux retour offensif les disperse et les fait renoncer à leur poursuite.


Installation du bivouac et premières négociations

Les troupes des deux divisions s’établirent en un seul bivouac. Aussitôt après leur installation, les zouaves de la division Camou allèrent s’emparer du village de Bou-Youcefen (ndlr Ibouyessfen) et ils y installèrent deux compagnies, qui furent protégées par des retranchements élevés par le génie. Les autres grandes gardes furent également fortifiées, et les abords du camp furent dégagés en coupant les arbres qui couvraient diverses portions de son pourtour. Plus de 80 morts et un grand nombre de blessés constituèrent la perte des Kabyles dans cette journée. La division Mac-Mahon eut 5 tués (4 tirailleurs et un zouave) et 74 hommes atteints par le feu de l’ennemi ; la division Camou n’eut qu’un seul blessé.

Dans l’après-midi, des parlementaires chargés de propositions pacifiques se présentèrent devant les grandes gardes, d’où on les conduisit à la tente du gouverneur. Les Beni-Idjeur n’ayant pas voulu se soumettre à nos exigences, les négociations n’aboutirent pas.


1er juillet : Destruction du village de Sahel

Pendant la journée du 1er juillet, on procède à la destruction du village de Sahel.

Le bataillon du 1er de zouaves, les 2 bataillons du 60e, 1 bataillon du 25e léger, les tirailleurs et les chasseurs à pied, sont chargés de l’attaque du village ; 2 bataillons du 11e léger, sous les ordres du général Pâté, sont en réserve et se relient par leur gauche à la brigade Maissiat, chargée de maintenir le village de Taourirt. Le général Bosc, avec 1 bataillon du 25e et 1 du 11e léger, garde le camp ; le fourrage est fait en arrière des colonnes agissantes.

Au signal donné par le général Camou, le 25e léger se dirige sur la droite du village ; les tirailleurs, au centre, doivent le dépasser et prendre position en avant ; les zouaves attaquent à gauche. Le 1er bataillon du 60e, avec une section d’artillerie, se porte sur la gauche de la ligne, sous la direction du colonel Spitzer ; l’artillerie lance des obus sur le village de Sahel et sur celui de Taourirt, pour en débusquer les défenseurs.

Le 3e bataillon du 60e, les chasseurs à pied et les canonniers à pied restent en réserve auprès du général Camou ; 2 compagnies de travailleurs, prises dans ce bataillon du 60e, sont mises à la disposition du génie pour détruire Sahel. Nos troupes ne rencontrèrent aucune résistance ; elles n’eurent à vaincre que des difficultés matérielles pour franchir des ravins très encaissés, les ponts que les Kabyles y avaient établis ayant été rompus par eux. De fortes et nombreuses barricades avaient été élevées, mais elles ne furent pas défendues. Aussitôt qu’on eut occupé le village, les sapeurs du génie, aidés des travailleurs d’infanterie, qui ont formé les faisceaux, entament l’œuvre de destruction avec la hache, la cognée et le passe-partout. En arrière du village, l’ennemi, rangé sur deux lignes, assiste, immobile, au châtiment dont on l’avait menacé la veille. Deux cavaliers parcourent à cheval le front de bataille des Kabyles et semblent se concerter avec eux, soit pour les retenir, soit pour les entraîner à la lutte. Un petit drapeau flotte au milieu des contingents kabyles ; le bruit court que Bou-Bar’la est au milieu d’eux, mais ce bruit est inexact, le chérif, qui sent son rôle fini, n’a pas quitté les Beni-Yenni, où nous savons qu’il s’était réfugié.

Pendant ces opérations, le lieutenant-colonel de Fénelon, avec les 2 escadrons de chasseurs d’Afrique, les spahis et la gendarmerie, s’était porté à l’extrémité de la ligne de crête déboisée qui se rattache au grand contrefort des Illoula-ou-Malou, sur la rive gauche de l’Oued-Sahel, pour contenir les contingents kabyles qui auraient pu venir se joindre aux Beni-Idjeur.

Les difficultés du terrain empêchent l’action directe de nos cavaliers, dont la présence a néanmoins pour résultat de tenir les Kabyles éloignés. Un peu plus tard, les chasseurs à pied, le restant des 2 bataillons du 60e et une partie du 25e léger sont employés également à couper les arbres. Quand le travail de démolition de Sahel fut suffisamment avancé, le signal de la retraite fut donné et elle s’exécuta dans le plus grand ordre. Les travailleurs l’évacuèrent d’abord avec les mulets d’outils ; l’arrière-garde fut faite par les tirailleurs indigènes jusqu’au-delà du ravin où se trouvaient les tirailleurs du 25e léger, qui la soutinrent à leur tour ; la même marche était suivie aux zouaves et au 60e, et les troupes regagnèrent leur bivouac vers midi, n’ayant eu à essuyer que quelques coups de fusil.

De son côté, le général Pâté, qui s’était porté en avant pour soutenir le mouvement et se relier à la brigade Maissiat, opérait sa retraite, pendant laquelle deux hommes du 11e léger et un canonnier à pied furent blessés. Cependant, les négociations, tièdement ouvertes par les Beni-Idjeur, n’avançaient toujours pas, et le général en chef, pressé de faire rentrer les troupes dans leurs cantonnements avant l’arrivée imminente des fortes chaleurs, résolut de frapper un coup décisif au cœur même du pays rebelle, en détruisant Taourirt.


2 juillet : Préparatifs de l’assaut final sur Taourirt

Le 2 juillet, à 8 heures du matin, six bataillons de chaque division prennent les armes ; les hommes d’infanterie emportent toutes les petites hachettes et instruments tranchants propres à la destruction des arbres. Le colonel Duprat de la Roquette reste à la garde du camp avec 1 bataillon du 60e, 1 du 11e léger et 1 du 16e léger. La cavalerie doit faire une diversion sur le même terrain que la veille ; le fourrage est effectué à peu de distance et on empêche les muletiers arabes de suivre les troupes.

La division de Constantine est chargée d’opérer l’attaque et la destruction de Taourirt, soutenue, en deuxième ligne, par la division d’Alger ; elle a l’ordre de passer par le village de Bou-Zian et de gagner le contrefort à l’extrémité duquel, sur un mamelon bien dessiné avec des pentes rapides et boisées, est bâti le gros village de Taourirt. Une fois sur ce contrefort, elle n’avait plus qu’à le suivre pour arriver sur ce village par le côté le plus facilement abordable.

La division de Constantine est mise en marche sur deux colonnes : celle de droite qui est formée par la brigade Maissiat, doit laisser sur son flanc les villages de Bou-Zian et de Si-Ali-ou-Ameur ; celle de gauche, formée par la brigade Piat, doit marcher parallèlement à la première et tourner un petit mamelon sur lequel se trouve un groupe de Kabyles assez nombreux. Le bataillon Jollivet, des tirailleurs indigènes, tête de colonne de la brigade Piat, arrive bientôt en face de ce mamelon, en déloge les Kabyles et les rejette vers Bou-Zian sur le bataillon Bellefonds des chasseurs à pied, qui les repousse à son tour sur les tirailleurs ; une dizaine de cadavres ennemis restent sur place.

Les villages de Bou-Zian et des marabouts de Si-Ali-ou-Ameur étaient occupés par l’ennemi qui cherche à les défendre. Le général Maissiat dut jeter de ce côté le bataillon Oudinot, du 16e léger. Ce bataillon se trouve un instant fortement engagé, mais bientôt il force les Kabyles à fuir devant lui, avec des pertes sensibles ; un grand nombre d’entre eux sont tués dans les ravins et dans les maisons du village. Des groupes nombreux s’étant reformés un peu plus loin, dans des bois d’oliviers très épais, en face du bataillon Oudinot, cet officier supérieur dut marcher de nouveau contre eux, soutenu un peu en arrière par le bataillon Gouyon, du même régiment, qui entre bientôt en ligne.

Pendant que ces engagements avaient lieu, la brigade Piat avait continué son mouvement en avant chassant devant elle quelques groupes qui voulaient arrêter sa marche ; une heure et demie après son départ, elle atteignait le contrefort dont nous venons de parler qui porte à son extrémité le village de Taourirt. Au même moment, la tête de la colonne de la brigade Maissiat y arrivait de son côté ; et les deux bataillons du 16e léger que nous avons vu aux prises avec l’ennemi étaient restés en arrière et le bataillon Gouyon avait dû exécuter plusieurs retours offensifs contre 300 ou 400 qui s’acharnaient dans le but d’enlever leurs morts.

Comme il était essentiel que les 6 bataillons de la division de Constantine, qui se trouvaient entourés de tous côtés, fussent réunis avant l’attaque de Taourirt, le général Mac-Mahon fit lancer, du contrefort où il se trouvait avec le gros de cette division, quelques obus qui atteignirent les groupes ennemis au-delà du 16e léger et les dispersèrent. Les deux bataillons en retard purent alors regagner la colonne sans difficulté.


Dispositif de la division d’Alger et diversion de la cavalerie

La division d’Alger, qui devait former la 2e ligne, s’était mise en marche de la manière suivante : la gauche, sous les ordres du général Bosc, comprenait deux bataillons du 25e léger, un bataillon du 60e, les canonniers à pied, les chasseurs à pied ; elle avait pour mission de contenir les défenseurs du village d’Ihatoussene (2), situé à l’extrémité d’une crête très élevée, boisée, et couverte de rochers dont la disposition se prêtait très bien à une attaque de flanc. Un bataillon du 11e léger, les zouaves et les tirailleurs, sous les ordres du général Pâpé, occupaient la droite de la 2e ligne vers le village de Sahel, pour empêcher les Kabyles de pénétrer de ce côté, pour se porter sur les colonnes d’attaque.

La cavalerie, comprenant deux escadrons de chasseurs d’Afrique, les spahis, et 20 gendarmes sous les ordres du lieutenant-colonel de Fénelon, devait comme nous l’avons dit, faire une diversion à notre extrême droite ; ils s’étaient portés à l’extrémité de la crête déboisée qui se rattache au grand contrefort des Illoulas Ou Malou.

Nous allons rendre compte de ce qui se passe de ce côté, avant d’achever le récit de l’attaque de Taourirt par la division Mac-Mahon. Arrivé à 9h du matin sur la position qu’il avait déjà occupée la veille, le colonel de Fénelon envoya la moitié de l’escadron de spahis et la moitié du 5e escadron des chasseurs d’Afrique sur une large pente qui descend vers la rivière au-dessous de Taourirt et dont le sommet, touchant aux bois des Illoulas, était garni de 200 à 300 Kabyles armés ; en même temps il faisait occuper par le restant des spahis, la moitié du 6e escadron des chasseurs d’Afrique et les goums de Sétif et Dellys commandés par le capitaine de Béthune, les débouchés de plusieurs ravins d’où tiraillaient des Kabyles en face et sur la droite.

Les spahis établis sur la grande croupe, après avoir fait assez longtemps le coup de fusil à pied, furent vigoureusement chargés par les groupes kabyles et rejetés sur les chasseurs. À ce moment, la première moitié du 5e escadron, commandée par M. Lapalisse, entama brillamment une charge et fut aussitôt soutenue par les spahis que le capitaine Martin, quoique blessé au bras, ramena très vivement à l’ennemi. La déroute des Kabyles fut instantanée et complète ; ils furent refoulés le sabre dans les reins jusque dans les bois abandonnant leurs morts et leurs armes. Plus de 20 cadavres ont été comptés sur place ; en outre plusieurs Kabyles ont été fusillés ou tués à coups de sabre dans deux petits ravins contigus au petit mamelon où la charge a eu lieu.

Dès lors, les insurgés ne reparurent plus de ce côté. Des prouesses remarquables ont été faites dans cette petite affaire ; ainsi, le maréchal-des-logis Menny, des chasseurs d’Afrique, tua, à lui seul, trois Kabyles. Nos pertes y ont été de quatre hommes et de trois chevaux blessés.


Assaut et destruction totale de Taourirt

Revenons maintenant à la division Mac-Mahon que nous avons laissée se massant sur le contrefort de Taourirt. Ses deux brigades furent formées en une seule colonne ; le bataillon Bellefonds, des chasseurs à pied, prit la tête, suivi par le bataillon Gouyon, du 16e léger, le bataillon Jollivet, des tirailleurs. Le bataillon Oudinot tint les positions de droite et le bataillon des zouaves celles plus en arrière. Le colonel Canu établit deux sections d’artillerie sur les deux mamelons d’où elles pouvaient battre Taourirt et enfiler les chemins qui y conduisent ; la section du capitaine Logerot, placée en avant sur la gauche, était protégée par les canonniers à pied qui durent se déployer en tirailleurs pour tenir à distance 150 à 200 Kabyles qui, un drapeau en tête, cherchaient, du fond de la rivière de Taourirt, à remonter sur notre flanc gauche ; le feu des canonniers, bien dirigé, produisit un grand effet et arrêta l’ennemi.

Les défenseurs du village, au nombre de 400 ou 500, paraissaient avoir renoncé à la lutte ; mais, remarquant le temps d’arrêt employé à masser les troupes, ils crurent un moment que nous n’osions pas les attaquer et ils vinrent, en poussant de grands cris, réoccuper les retranchements construits en avant du village et les abatis établis sur les chemins permettant d’y arriver. À un signal donné, l’artillerie ouvrit son feu avec ses quatre pièces ; l’ennemi, bien couvert, ne fit d’abord aucun mouvement, mais dès que l’infanterie battit la charge, les Kabyles commencèrent à quitter leurs positions de combat et à se disperser. Le bataillon Bellefonds, du 7e chasseurs à pied, tourna le village par la gauche, le bataillon Gouyon par la droite, et le bataillon Jollivet, plus en arrière, marcha droit sur Taourirt.

L’ennemi fut culbuté sur tous les points et précipité dans les pentes rocheuses du mamelon du côté opposé à l’attaque, plusieurs Kabyles furent atteints, et on les vit rouler jusqu’au fond du ravin. D’autres fuyards repassèrent sous le feu de nos canonniers, qui en atteignirent plusieurs. Le commandant Domergue, du génie, avec 80 sapeurs et 300 hommes du 16e léger, commença alors la destruction des maisons de Taourirt, pendant que des travailleurs des deux divisions coupaient les arbres fruitiers autour des villages. On enlève les charpentes des toitures, les encadrements des portes, les vis en bois des pressoirs à huile, pour en faire d’immenses bûchers ; les murs d’angle et de pignon des principales maisons sont abattus, enfin un fourneau de mine contenant 20 kilos de poudre est établi sous le minaret de la mosquée.

Au bout d’une heure et demie, tout ce travail était exécuté ; on fait alors retirer les troupes en arrière du village, et on mit le feu aux bûchers préparés et au fourneau de mine. Le minaret et la mosquée furent projetés en l’air dans une violente explosion, et tout le village fut en quelques minutes couvert de flammes. Pas une maison ne resta debout.

Le général Mac-Mahon avait donné l’ordre à ses troupes de se tenir prêtes à battre en retraite au pas de course, au signal donné par l’explosion de la mine, en se ralliant en arrière des zouaves, qui devaient faire l’arrière-garde. Ce mouvement s’effectua avec rapidité et sans aucune perte. Trois compagnies de tirailleurs flanquèrent la colonne sur la gauche, où se montraient une centaine de Kabyles. La retraite s’effectua dans le meilleur ordre, par le chemin qui avait été suivi pour l’attaque ; l’arrière-garde maintint toujours l’ennemi à distance. Les troupes de la division de Constantine traversèrent les lignes formées par la division d’Alger, qui se retira à son tour quand les dernières fractions eurent dépassé sa ligne de tirailleurs.

Le général Bosc fit d’abord rentrer à leurs rangs les travailleurs du 60e, qui avaient fait subir dans cette journée. Spectateurs inactifs depuis le matin d’une lutte à laquelle ils n’avaient pu prendre part, les tirailleurs du 25e léger, impatients de brûler leur poudre, eurent le tort de ne point se replier assez promptement devant une poignée d’adversaires sûrs des moindres accidents de terrain propices à l’embuscade. Nous eûmes là 3 tués, dont 1 capitaine, et 20 blessés, dont 1 lieutenant. Les Kabyles nous suivirent jusqu’aux avant-postes, non sans essuyer des pertes considérables.

Les troupes sous les ordres du général Pâté s’étaient retirées au même temps sans difficulté, ainsi que la cavalerie, et à 2 heures 1/2, tout le monde était au bivouac. Les pertes totales de la journée sont : pour la division d’Alger, de 5 tués et 26 blessés, et pour la division de Constantine, de 1 tué et 29 blessés, dont un officier.


Soumission forcée et conditions imposées

Le soir même, les Beni-Idjeur font des propositions de soumission et envoient un certain nombre de leurs notables au gouverneur général ; mais ceux-ci ne représentent que 10 villages sur les 22 que compte la tribu, et le général Randon leur déclare qu’il n’accepte pas leur soumission et qu’il continuera à leur faire supporter les maux de la guerre.

Les Beni-Idjeur avaient éprouvé des pertes matérielles considérables, car, outre leurs villages détruits, on leur avait coupé environ 5 000 oliviers et figuiers, et leurs récoltes avaient totalement disparu dans un rayon d’une lieue autour du camp ; cela n’empêche pas que dans la soirée du 3 juillet, des coups de fusils furent tirés sur les grandes gardes. Le gouverneur général regarda cet acte comme une violation de la trêve qu’il avait accordée aux Beni-Idjeur pour s’entendre et lui apporter leur soumission ; il retint comme prisonniers les notables de la tribu qui se trouvaient au camp et les livra à la gendarmerie.

Le 4 juillet, tous les villageois des Beni-Idjeur envoyèrent enfin des délégués ; le gouverneur général fixa à 20 000 fr. la contribution de guerre à payer, et il exigea 15 otages pour garantir l’exécution des conditions imposées ; les prisonniers furent retenus jusqu’à l’arrivée des otages désignés, lesquels furent amenés le 5 juillet. Comme la saison était déjà très avancée, on renonça à sévir contre les Beni-Mellikeuch ; ceux-ci, ne se voyant menacés par nos troupes, avaient d’ailleurs recommencé de nouvelles démarches de soumission qui ne devaient pas aboutir plus que les précédentes.

Le gouverneur général donna alors des ordres pour le départ des colonnes, qui devait avoir lieu le 6, et il adressa aux troupes la proclamation suivante :

« Soldats des divisions d’Alger et de Constantine, vous avez dignement accompli votre longue et laborieuse campagne. Vous avez eu de grandes fatigues à endurer, de rudes combats à livrer. Vous avez surmonté tous ces obstacles par votre persévérance et votre courage. Vos glorieuses journées des 4, 17, 20, 26, 27 et 30 juin, 1er et 2 juillet, seront inscrites aux plus belles pages de notre guerre d’Afrique. Le sang précieux que vous avez versé fécondera le sol de notre conquête, que vous venez d’agrandir. Soldats ! Vous avez bien mérité de la France et de l’Empereur. Notre auguste souverain reconnaîtra vos brillants services. Votre général en chef les signalera comme ils le méritent à S.E. le ministre de la guerre, qui sera votre chaleureux intermédiaire auprès de sa Majesté. »


Sources:

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