Abdelhak Benhamouda
29 ans après : l’assassinat oublié d’Abdelhak Benhamouda
Il y a 29 ans, le 28 janvier 1997, Abdelhak Benhamouda, secrétaire général de l’UGTA, tombait sous les balles d’un commando armé en plein centre d’Alger. Cet assassinat, survenu au cœur de la décennie noire, demeure l’un des épisodes les plus marquants – et les plus méconnus – de l’histoire syndicale et politique algérienne contemporaine.
Les circonstances tragiques de l’attentat
Ce mardi 28 janvier 1997, vers 13 heures, place du 1er Mai, Abdelhak Benhamouda sort d’une réunion au siège de la centrale syndicale. Alors qu’il s’apprête à monter dans sa voiture, cinq hommes armés surgissent et ouvrent le feu. Armé, le syndicaliste riposte, blesse l’un des assaillants, mais est touché par quatre balles. Il succombe peu après à l’hôpital, à l’âge de 51 ans. Son garde du corps Omar Chennouf et l’agent de l’UGTA Akacha Bouderbala périssent également dans l’attaque.
Un crime presque effacé de la mémoire collective
Vingt-neuf ans plus tard, cet attentat – pourtant très médiatisé à l’époque en Algérie et à l’international – est presque tombé dans l’oubli. Les hommages officiels à Benhamouda passent rarement sur les circonstances dramatiques de sa mort. Les jeunes générations algériennes connaissent peu le parcours de cet homme qui, durant les années les plus sombres, incarna la défense intransigeante des travailleurs et des valeurs républicaines.
Racines constantinoises et héritage familial
Né le 12 décembre 1946 à Constantine, Abdelhak Benhamouda grandit dans un milieu modeste et profondément nationaliste. Son père, Ali Benhamada (devenu Benhamouda par une erreur d’état civil jamais corrigée), originaire d’un village de la wilaya de Jijel, s’installe à Constantine dans les années 1920. Charpentier, tanneur, ouvrier du bâtiment, il ouvre finalement une laiterie familiale devenue emblématique dans le quartier R’cif. Militant de l’Association des Oulémas musulmans algériens de Cheikh Abdelhamid Ben Badis, Hadj Ali est un érudit respecté, muezzin, imam et farouche opposant au colonialisme.
Une enfance marquée par la guerre de Libération
Influencé par ce père patriote, Abdelhak ne fréquente aucune école française. Il est scolarisé à l’école libre Essalam, dont les études sont perturbées par la Révolution : la maison familiale sert de refuge aux moudjahidine, la laiterie est fermée lors de la grève des huit jours en 1957, et le père est interné dans un camp. À seulement 12 ans, le jeune Abdelhak aide sa mère à tenir l’affaire familiale.
Du professorat au syndicalisme : un parcours autodidacte
Autodidacte passionné de lecture, Abdelhak entre dans l’enseignement après l’indépendance comme moniteur primaire. Il gravit rapidement les échelons pour devenir formateur, puis directeur d’école à Constantine. Mais c’est dans le syndicalisme qu’il trouve sa véritable vocation. Dès 1972, il milite au sein de la Fédération des travailleurs de l’éducation et de la culture (FTEC) de Constantine, avant de progresser au sein de l’UGTA locale puis wilayale.
Secrétaire général en pleine tempête politique
En juin 1990, à 44 ans, il est élu secrétaire général de l’UGTA, au moment où l’Algérie plonge dans une crise majeure : victoire du FIS aux municipales de 1990, grève islamiste de 1991, annulation des législatives en 1992, assassinat de Mohamed Boudiaf, montée du terrorisme. Farouchement républicain et opposé aux islamistes – qui le qualifient de « communiste » et d’« apostat » –, il cofonde le Comité national de défense de la République (CNDR) en 1991. Il échappe de justesse à un premier attentat en décembre 1992.
Une famille ciblée par la violence
Menacé de mort, sa famille l’est aussi : en 1993, son frère Mohamed, ancien moudjahid, est assassiné dans la laiterie familiale. Malgré les pressions extrêmes, Abdelhak refuse de plier. Des proches révèlent qu’en 1992, Redha Malek lui propose le poste de chef du gouvernement, proposition qu’il décline pour rester fidèle à ses bases syndicales.
Une vérité toujours en suspens
Vingt-neuf ans après sa mort, les questions demeurent : qui sont les véritables commanditaires de l’assassinat ? Pourquoi ce leader charismatique, qui envisageait de créer un parti pour défendre la République, a-t-il été visé avec une telle violence ? La vérité reste enfouie, mais le souvenir d’Abdelhak Benhamouda – l’homme de tous les combats pour les travailleurs et la démocratie – mérite d’être pleinement ravivé.