Le premier maquisard du PPA – Rabia Cherif Ali

Rabia Chérif Ali (parfois orthographié Rabia Cherif Ali ou Rabia-Cherif Ali ben Menouar) est une figure méconnue de la résistance nationaliste algérienne sous la colonisation française, associée au Parti du Peuple Algérien (PPA). Né vers 1915 dans la région de Bordj-Ménaïel (Bordj-Menaïel) ou Oued-Smir en Kabylie, il provenait d’une famille maraboutique (lettrée en arabe et en français). Il est souvent décrit comme l’un des premiers maquisards kabyles identifiés par l’armée française dès 1943, bien avant le déclenchement officiel de la guerre d’Algérie en 1954.

Historique

Le PPA, fondé par Messali Hadj en 1937, prônait l’indépendance de l’Algérie et évolua vers des actions clandestines après sa dissolution par les autorités coloniales. Dès les années 1940, certains militants, influencés par la Seconde Guerre mondiale et les désertions de l’armée française, formèrent des groupes armés isolés en Kabylie. Rabia Chérif Ali s’inscrit dans cette dynamique précoce : il déserte l’armée française en avril 1943 et tente d’organiser un maquis (groupe de résistance armée) dans la basse Kabylie. À partir de novembre 1943, il est impliqué dans plusieurs agressions contre des collaborateurs musulmans (fidèles aux autorités françaises) dans la région de Tizi-Ouzou et Bordj-Ménaïel.

La presse coloniale française le désigne comme « le premier tueur du PPA » et « l’un des plus dangereux bandits de la basse Kabylie », l’accusant de trois meurtres et de banditisme. Ces termes reflètent la propagande française qui criminalisait les actions nationalistes pour les dépeindre comme du simple banditisme, masquant leur dimension politique. En réalité, ses actions visaient à harceler les structures coloniales et à préparer le terrain pour une lutte plus organisée, en lien avec le PPA.

Arrestation et suites

Le 14 novembre 1947, il est arrêté à Alger par la police judiciaire alors qu’il venait, selon les rapports français, « prendre les ordres de son parti » (le PPA). Il est capturé dans une voiture hippomobile sur la route de Bordj-Ménaïel à Tizi-Ouzou, en compagnie d’autres suspects. Les autorités le décrivent comme un « dangereux bandit » responsable de multiples agressions depuis 1943, y compris des tentatives de meurtres et des attaques contre des informateurs. Il est rapidement ceinturé, interrogé et déféré au parquet, avec une mention de son attitude de « défense » et de « rapide capture sans effusion de sang ».

Des archives judiciaires françaises (1948-1954) le mentionnent dans des dossiers de banditisme et homicides, aux côtés d’autres figures comme Khettab Ramdane ou Tahanout Omar ben Ali, dans la région d’Asse (possiblement une variante de toponyme kabyle). Cependant, les détails sur son sort ultérieur sont flous : certaines sources évoquent une condamnation pour meurtres, mais sans précision sur une exécution ou une libération. Il est possible qu’il ait été jugé et emprisonné, ou même guillotiné comme d’autres militants PPA/FLN dans les années 1950 (par exemple à la prison de Barberousse à Alger), mais cela n’est pas explicitement documenté dans les sources disponibles.

Reconnaissance

Rabia Chérif Ali est parfois présenté comme un pionnier de la lutte armée en Kabylie, préfigurant l’Organisation Spéciale (OS) du PPA/MTLD créée en 1947. Des sources nationalistes algériennes et kabyles le célèbrent comme « le premier moudjahid (combattant) identifié par l’armée française » et un symbole de résistance précoce. Cependant, il reste une figure marginale dans l’historiographie officielle algérienne, qui met davantage l’accent sur des leaders comme Krim Belkacem ou Amar Ouamrane pour les maquis kabyles des années 1940-1950.

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