Kamel Daoud

Nom complet : Kamel Daoud (كمال داود en arabe)
Surnoms : « Le Camus algérien » (pour ses références à Albert Camus), « L’écrivain maudit de l’Algérie » (en raison des controverses et fatwas contre lui)

Né le 17 juin 1970 à Mesra, un petit village rural près de Mostaganem (wilaya de Mostaganem, ouest de l’Algérie), Kamel Daoud grandit dans une famille modeste. Fils d’un gendarme et d’une femme issue de la bourgeoisie terrienne, il est l’aîné d’une fratrie de six enfants et le seul à poursuivre des études supérieures. Élevé en partie par ses grands-parents dans un environnement rural marqué par les traditions et les tensions post-indépendance, il fréquente l’école coranique avant d’entrer au lycée. Après un baccalauréat scientifique, il s’oriente vers les lettres françaises à l’Université d’Oran, où il découvre la littérature et le journalisme. Cette formation, dans un Algérie encore sous le choc de la guerre civile (décennie noire, 1991-2002), forge son regard critique sur l’identité, la religion et la société algérienne.

Dès 1994, à 24 ans, Daoud entre au quotidien francophone Le Quotidien d’Oran, où il gravit rapidement les échelons pour devenir rédacteur en chef et chroniqueur emblématique. Sa rubrique « Raïna Raïkoum » (Notre opinion, la vôtre) devient un espace de liberté rare, où il dénonce la corruption, l’islamisme et la censure avec un ton ironique et provocateur. Pendant la décennie noire, il couvre les attentats et les disparitions forcées, risquant sa vie face aux islamistes du GIA (Groupe Islamique Armé), qui le menacent de mort. En 2016, il obtient la nationalité française pour des raisons de sécurité, tout en conservant sa citoyenneté algérienne. Depuis, il collabore avec des médias français comme Le Point et Le Monde, et est invité régulier sur France Culture. Ses chroniques, souvent féroces, explorent les tabous algériens : la laïcité, les droits des femmes et le post-colonialisme.

Kamel Daoud est un écrivain francophone majeur, maître du roman philosophique et du polar introspectif. Son style, lyrique et rageur, revisite l’héritage camusien tout en critiquant le systeme Algérien : corruption, islamisme, amnésie historique et quête identitaire. Ses livres, publiés chez Actes Sud et Barzakh (Alger), sont traduits en 40 langues et ont vendu des centaines de milliers d’exemplaires.

AnnéeTitreType d’ouvrageRésumé et notes
2003La Fable du nainRomanCe roman précoce est une rupture avec les conventions réalistes. La narration s’oriente vers une esthétique de la marge et du flou, privilégiant l’équivoque et l’illogique. L’objectif est d’innover et de bousculer les habitudes du lecteur, utilisant un style fragmenté et non conforme.
2005Ô PharaonRomanAutre œuvre de fiction publiée en Algérie avant les succès internationaux.
2008L’Arabe et le vaste pays de Ô…Recueil de nouvellesRecueil ayant reçu le prix Mohammed-Dib en 2008. Il inclut la nouvelle controversée « La Préface du nègre ». Les textes explorent l’identité et les paradoxes algériens.
2011Le Minotaure 504Recueil de nouvellesRecueil décrivant l’Alsgérie contemporaine dans son absurdité et sa violence. Il a été finaliste du prix Wepler et du Goncourt de la nouvelle en 2011.
2014Meursault, contre-enquêteRomanPremier roman de Daoud à connaître un succès international. Il réécrit L’Étranger d’Albert Camus en donnant une voix et un nom (Moussa) à « l’Arabe » assassiné.
2017Mes indépendances – Chroniques 2010-2016Recueil de chroniquesRecueil de textes journalistiques sur l’Algérie, la politique et la culture.
2017Zabor ou Les psaumesRomanL’histoire de Zabor, un homme qui croit détenir le pouvoir de prolonger la vie des gens par l’écriture.
2018Le Peintre dévorant la femmeRécit/EssaiRéflexion sur l’art, le corps de la femme et les tabous culturels, inspirée d’une nuit passée au musée Picasso.
2024HourisRomanRécit centré sur Aube, une femme tentant de retrouver sa voix et de faire face à la mémoire traumatique de la « décennie noire » algérienne.

Son premier roman, Meursault, contre-enquête, est un chef-d’œuvre : il donne voix au frère de l’Arabe anonyme tué par Meursault dans L’Étranger, explorant le colonialisme et l’oubli des victimes. Houris (2024), couronné Goncourt, dépeint avec férocité la bestialité masculine et la résilience féminine pendant la décennie noire.

Daoud est une figure clivante. En Algérie, il est accusé d’« apostasie » et de « trahison » pour ses critiques de l’islam politique et du nationalisme arabe. En 2015, après Meursault, le prédicateur salafiste Abdelfattah Hamadache lance une fatwa le condamnant à mort pour « guerre contre Dieu et le Prophète », diffusée sur Ennahar TV. La justice algérienne le relaxe en 2016, mais les menaces persistent. En 2020, son article critique du Hirak (« Où en est le rêve algérien ? ») déclenche une polémique, l’accusant de mépriser le mouvement populaire. En 2024, Houris est interdit au Salon du livre d’Alger, et une rescapée de la guerre civile l’accuse d’avoir utilisé des détails de sa vie privée sans consentement. Naturalisé français, il vit entre Oran et Paris, protégé par des mesures de sécurité.

Très discret, Daoud est marié à une psychologue (impliquée dans la controverse de 2024). Père de famille, il protège ses proches des menaces. Athée déclaré, il se définit comme un « fils de l’indépendance » qui refuse les utopies nationalistes pour une Algérie laïque et ouverte.

À 55 ans (en 2025), Kamel Daoud est l’un des écrivains francophones les plus influents, comparé à Camus pour son humanisme absurde. Ses œuvres, traduites mondialement, forcent l’Algérie à affronter ses fantômes. Il incarne la dissidence intellectuelle : adulé en France, haï en Algérie conservatrice, il reste un cri pour la liberté.

Laisser un commentaire