Orangina
L’histoire d’Orangina en Algérie coloniale (1935–1962)
Orangina n’est pas une invention métropolitaine importée en Algérie : elle est née en Algérie française, dans le contexte colonial, et son histoire est intimement liée à la société européenne d’Algérie et à l’économie de la période 1935-1962.
1935 : La naissance à Boufarik (Mitidja, département d’Alger)
- Inventeur : Léon Beton (ou Léon Béton), pharmacien et industriel juif d’origine algérienne (né à Constantine ou Oran selon les sources), installé à Boufarik.
- Lieu exact : Usine N’Gaous (du nom d’une source d’eau gazeuse naturelle située à N’Gaous dans les Aurès).
- Produit initial : Une boisson gazeuse à base d’orange, de citron et de pulpe d’orange naturelle, sucrée modérément, avec une petite bouteille caractéristique en forme de poire (ou « boule ») et un bouchon mécanique.
- Nom : Initialement appelée « N’Gaous », puis très vite « Orangina » (contraction d’« orange » + « ina » pour le côté pétillant).
Le produit est lancé à l’occasion de la Foire d’Alger 1936, où il remporte un énorme succès auprès des colons européens et des militaires français stationnés en Algérie.
1936-1954 : Développement exclusif en Algérie française
- Orangina reste strictement produite et consommée en Afrique du Nord (Algérie, Tunisie, Maroc) pendant près de 20 ans.
- Usines principales :
- Boufarik (Mitidja) : usine-mère.
- Alger (quartier de Hussein-Dey) : embouteillage.
- Oran et Constantine : unités plus petites.
- Public cible : Principalement les Européens d’Algérie (pieds-noirs), les militaires, les fonctionnaires, les cafés et épiceries « européens ».
- Slogan célèbre de l’époque : « Secouez-moi ! Secouez-moi ! » (car il faut agiter la bouteille pour mélanger la pulpe).
À cette époque, Orangina est perçue comme un produit typiquement pied-noir, au même titre que l’anisette, le vin d’Algérie ou les cigarettes Bastos.
1951-1956 : Rachat et industrialisation
- 1951 : Léon Beton, vieillissant et sans héritier direct, vend la marque et les usines à la famille Trénelle (grande famille de colons d’Oranie, propriétaires de domaines viticoles et industriels).
- Les Trénelle modernisent la production et développent la distribution dans toute l’Algérie française.
- Orangina devient la boisson gazeuse la plus vendue en Algérie, devant Coca-Cola (qui n’arrive vraiment qu’après 1955).
1956 : Premiers pas en métropole
- En 1956, la famille Trénelle commence timidement à exporter Orangina en France métropolitaine (Marseille, Paris), surtout pour les rapatriés d’Algérie et les nostalgiques.
- Mais jusqu’en 1962, plus de 90 % de la production et de la consommation reste en Algérie.
1962-1963 : Indépendance et nationalisation
- Juillet 1962 : Indépendance de l’Algérie.
- 1963 : Dans le cadre des nationalisations des « biens vacants » (propriétés abandonnées par les Européens après l’exode massif des pieds-noirs), l’usine de Boufarik et les installations Orangina sont nationalisées par l’État algérien.
- La marque continue d’être produite en Algérie sous contrôle public pendant quelques années (sous le nom « Orangina-N’Gaous »).
Après 1962 : La marque est « récupérée » en France
- Les Trénelle, rapatriés en France, conservent les droits sur la marque à l’international.
- Ils s’associent ensuite avec Pernod-Ricard (1978) puis Orangina-Schweppes (groupe Suntory aujourd’hui).
Résumé chronologique
| Année | Événement |
|---|---|
| 1935 | Invention par Léon Beton à Boufarik (Algérie française) |
| 1936 | Lancement officiel à la Foire d’Alger |
| 1936-1954 | Produit quasi exclusivement algérien, star des cafés pieds-noirs |
| 1951 | Rachat par la famille Trénelle |
| 1956 | Premières exportations vers la France métropolitaine |
| 1963 | Usines nationalisées en Algérie après l’indépendance |
| 1978 et après | Développement mondial depuis la France |
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