Histoire du cimetière d’El Alia (Alger)

Le cimetière d’El Alia (en arabe : مقبرة العالية), situé à Oued Smar, à l’est d’Alger, est le plus grand et le plus prestigieux cimetière d’Algérie. Avec une superficie de 78 hectares (extensible à plus de 100 ha avec les extensions récentes), il abrite plus de 250 000 sépultures et constitue le véritable « Père-Lachaise » algérien. On y trouve les tombes de la quasi-totalité des grandes figures nationales : présidents, ministres, moudjahidine, artistes, savants et martyrs de la Révolution.

Origine et fondation (1928-1930)

Contrairement à une légende très répandue, le cimetière n’a pas été offert par une femme nommée Hamza El Alia.

L’histoire réelle est la suivante :

  • En 1926-1928, la municipalité coloniale d’Alger, confrontée à la saturation des cimetières musulmans existants (notamment ceux de Bouzaréah, Bologhine et Ben Aknoun), décide de créer un grand cimetière moderne à l’est de la ville, sur les terres de l’oued Smar.
  • La vaste parcelle choisie appartenait à plusieurs propriétaires privés, dont une partie à une famille de notables originaire de Sour El Ghozlane (ex-Aumale), les Ben Hamza.
  • Parmi eux, Fatima Bent Mohamed Ben Hamza, plus connue sous le nom de Lalla El Alia ou El Alia bent Hamza (et non Hamza El Alia), était une femme pieuse et fortunée.
  • En 1928, cette dame, veuve et âgée d’environ 70 ans, décide de faire le pèlerinage à La Mecque avec sa fille. Conformément à une interprétation rigoriste de l’époque (qui recommandait aux femmes sans mahram de léguer leurs biens avant un long voyage), elle fait don d’une partie importante de ses terres à la commune d’Alger à condition qu’un cimetière musulman y soit créé.
  • Le geste est officialisé par acte notarié en 1928. La municipalité baptise alors le nouveau cimetière « Cimetière musulman d’El Alia » en hommage à cette bienfaitrice (le terme « El Alia » signifiant « la Haute » ou « l’Élevée », en référence à sa générosité et à sa piété).

Le cimetière est officiellement ouvert en 1930.

La légende tenace de « Hamza El Alia »

L’erreur très répandue (même dans la presse algérienne) qui fait de la donatrice une femme de 42 ans nommée Hamza El Alia, partie au pèlerinage et morte en 1932, provient d’une confusion entre :

  • Fatima El Alia (la véritable donatrice, décédée bien après 1932),
  • et une autre femme de la même famille ou une homonymie.

Cette version romancée a été colportée oralement puis reprise par de nombreux journaux et livres, au point de devenir une « vérité populaire ». Elle est pourtant démentie par les archives municipales et les actes notariés conservés à la wilaya d’Alger.

Évolution et carrés emblématiques

  • 1930-1954 : cimetière municipal musulman sous administration française.
  • Après l’indépendance (1962) : devient le cimetière national par excellence.
  • Création du Carré des Martyrs (Chouhadas) en 1965 : mausolée monumental où reposent les plus hauts dirigeants et héros de la Révolution :
  • Mohamed Boudiaf
  • Krim Belkacem
  • Larbi Ben M’hidi
  • Abane Ramdane
  • Colonel Si M’hamed (Bougara)
  • Didouche Mourad
  • Mostefa Ben Boulaïd
  • Zighoud Youcef
  • Ferhat Abbas (transféré en 1985)
  • Houari Boumédiène (mausolée séparé, mais dans l’enceinte)
  • et des milliers de moudjahidine anonymes.

Autres personnalités inhumées :

  • Ahmed Ben Bella (2004)
  • Kateb Yacine
  • Ali La Pointe
  • Hassiba Ben Bouali
  • Dahmane El Harrachi
  • Cheikh El Hasnaoui
  • Mahieddine Bachetarzi
  • Mohamed Racim
  • Abdelhamid Ben Badis (transféré depuis Constantine)
  • Larbi Tébessi
  • Mohamed Khider (transféré du Maroc en 1986)
  • Abderrahmane Farès
  • etc.

Aujourd’hui

  • Géré par la commune d’Oued Smar et la wilaya d’Alger.
  • Extension continue (nouveau carré ouvert en 2020-2023).
  • Lieu de recueillement majeur lors des fêtes nationales (1er novembre, 5 juillet, 8 mai…).
  • Visité chaque vendredi et lors des deux Aïd par des milliers de familles.

La vraie bienfaitrice

Lalla Fatima El Alia (Bent Hamza) est enterrée, comme la légende l’avait imaginé pour une autre, dans un cimetière modeste de sa ville natale, Sour El Ghozlane, où une petite plaque rappelle son geste. À El Alia même, aucune tombe ne porte son nom, mais le cimetière tout entier lui doit son appellation et son existence.

Ainsi, derrière le mythe d’« Hamza El Alia » se cache une réalité plus sobre : le don généreux d’une femme pieuse des années 1920, qui a permis à Alger d’avoir le plus grand lieu de mémoire de l’Algérie indépendante.