Mouloud Feraoun

Mouloud Feraoun (en kabyle : Mulud FerÉ›un), né le 8 mars 1913 à Tizi Hibel (près de Tizi Ouzou, en Grande Kabylie, Algérie), est un écrivain, instituteur et intellectuel algérien d’origine berbère, dont l’Å“uvre en français dépeint avec sensibilité la vie des paysans kabyles, les effets de la colonisation et les aspirations à la liberté. Issu d’une famille modeste de fellahs (paysans), il est assassiné le 15 mars 1962 à Alger par l’Organisation armée secrète (OAS), à l’aube de l’indépendance algérienne, aux côtés de cinq collègues inspecteurs de l’Éducation nationale. Sa mort tragique, survenue quatre jours avant le cessez-le-feu, en fait un martyr de la Révolution algérienne. Ses écrits, traduits en plusieurs langues, restent un témoignage poignant sur l’identité berbère et la lutte anticoloniale.

Jeunesse et formation

Son nom de famille originel est Aït-Chaâbane, mais l’état civil français imposé après l’insurrection kabyle de 1871 lui attribue « Feraoun » selon un ordre alphabétique. Fils d’un père illettré contraint à l’émigration saisonnière (en Tunisie et dans les mines du Nord de la France pour subvenir aux besoins familiaux), Mouloud grandit dans la pauvreté des montagnes kabyles, marquée par la rudesse de la vie rurale et l’amour de la terre natale.

À une époque où l’accès à l’école est rare pour les enfants musulmans, il fréquente l’école primaire de Tizi Hibel dès l’âge de 7 ans. Boursier talentueux, il entre en 1928 au collège de Tizi Ouzou, puis intègre l’École normale d’instituteurs de Bouzaréah (Alger) en 1932, où il se lie d’amitié avec l’écrivain Emmanuel Roblès. Il en sort diplômé en 1935 et commence à enseigner dans son village natal, marquant le début d’une carrière dédiée à l’éducation des jeunes Algériens défavorisés.

Carrière professionnelle et engagement

Durant les années 1930-1950, Feraoun gravit les échelons de l’enseignement colonial : instituteur à Tizi Hibel, puis directeur d’école à Fort-National (aujourd’hui Maâtkas) et à Nador (Clos-Salembier, Alger) à partir de 1957. En 1960, il est nommé inspecteur des Centres sociaux d’éducation à El-Biar, une initiative de la sociologue Germaine Tillon visant à former les jeunes les plus démunis. Malgré les pressions du pouvoir colonial pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), il refuse de condamner le mouvement nationaliste, préférant un engagement discret pour l’éducation et la culture kabyle.

Œuvre littéraire

Feraoun commence à écrire en 1934, influencé par sa propre enfance. Son premier roman autobiographique, Le Fils du pauvre (publié à compte d’auteur en 1950), raconte l’ascension sociale d’un jeune Kabyle face aux barrières coloniales et familiales. Suivent :

Ses Å“uvres, souvent semi-autobiographiques, dépeignent avec chaleur et réalisme la société kabyle : pauvreté, traditions, amour de la terre, et les fractures causées par la colonisation. Un roman inédit, La Cité des roses, a été publié en 2023, évoquant une histoire d’amour entre l’Algérie et la France. Il traduit aussi des poèmes kabyles du XIXe siècle et contribue à des portraits culturels.

Assassinat et héritage

Le 15 mars 1962, à El-Biar, Feraoun est froidement abattu avec ses collègues (dont Max Marchand et Salah Ould Aoudia) par des activistes de l’OAS, qui le visaient nommément pour son engagement progressiste. Germaine Tillon le décrit comme « un homme bon, qui n’avait fait de tort à quiconque ». En 2022, le président français Emmanuel Macron lui rend hommage à Alger pour son rôle dans la réconciliation.

Son legs perdure dans la littérature maghrébine : ses livres inspirent les luttes pour l’identité berbère et l’indépendance culturelle. Des enquêtes comme celle de J.P. Ould Aoudia sur son assassinat soulignent son statut de symbole de la résistance pacifique. Comme il l’écrivait dans son journal : « Je suis un homme de paix, mais la paix ne peut venir que de la justice. »

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