Mohamed Khider

Mohamed Khider (en arabe : محمد خيضر) est né le 13 mars 1912 à Alger, dans une famille modeste originaire de Tolga (près de Biskra, oasis du Sud-Est algérien). Autodidacte et issu d’un milieu populaire, il exerce divers métiers (employé dans une fabrique de tabac, receveur de tramway) tout en s’engageant très tôt dans le militantisme nationaliste.

Dès 17 ans, il fréquente les cercles nationalistes de la Casbah d’Alger. En 1934, il adhère à l’Étoile nord-africaine (ENA) de Messali Hadj. En 1936, il rejoint le Parti du peuple algérien (PPA) et devient en 1937 permanent du parti : secrétaire du bureau d’Alger et trésorier de la section Alger-marine.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le PPA est dissous. Le 28 mars 1941, les autorités l’arrêtent pour « atteinte à la sécurité de l’État » ; il reste emprisonné jusqu’en 1944. Libéré, il est de nouveau arrêté après les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata (8 mai 1945), puis relâché en 1946.

En 1946, il participe à la création du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD, façade légale du PPA) et de l’Organisation spéciale (OS, branche armée secrète). La même année, il est élu député d’Alger à l’Assemblée nationale française (1946-1951) sur la liste MTLD. Membre de plusieurs commissions (pensions, famille, presse), il intervient peu mais défend vivement l’idée d’indépendance.

Impliqué dans l’attaque de la grande poste d’Oran (1949) par l’OS, il échappe à la levée de son immunité parlementaire en quittant la France pour Le Caire en juin 1951. Il y dirige la délégation extérieure du MTLD, puis la section algérienne du Bureau du Maghreb arabe.

En 1954, face à la crise interne du MTLD (messalistes contre centralistes), il fait partie des « neuf historiques » qui fondent le Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA), puis le Front de libération nationale (FLN) et l’Armée de libération nationale (ALN). Le déclenchement de l’insurrection est fixé au 1er novembre 1954.

Khider représente le FLN à l’extérieur (Europe, Libye, Égypte). Au congrès de la Soummam (août 1956), il intègre le Conseil national de la révolution algérienne (CNRA).

Le 22 octobre 1956, l’avion marocain qui le transporte avec Ben Bella, Boudiaf, Aït Ahmed et Lacheraf de Rabat à Tunis est détourné par l’armée française vers Alger. Les cinq dirigeants sont emprisonnés six ans (Maison-Carrée, Fort Liédot, île d’Aix, puis en résidence surveillée). En septembre 1958, ils sont nommés ministres d’État au Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA).

Libéré après les accords d’Évian (mars 1962), Khider joue un rôle décisif dans la crise de l’été 1962 en négociant entre le GPRA et le bureau politique de Tlemcen, évitant ainsi une guerre civile ouverte.

En septembre 1962, il devient secrétaire général du bureau politique du FLN et trésorier du parti. Il soutient d’abord Ahmed Ben Bella, mais s’oppose rapidement à sa dérive autoritaire et à sa politique socialiste. Conservateur et proche des milieux religieux, il défend l’association El Qiyam et des positions rigoristes pendant le ramadan 1963.

Le 17 avril 1963, il démissionne et s’exile en Suisse avec une partie importante des fonds du FLN (estimés entre 10 et 14 millions de dollars, « trésor de guerre » du parti collecté pendant la lutte armée). Il déclare vouloir les utiliser pour financer une opposition légitime au régime. Avec le banquier suisse François Genoud, il crée la Banque commerciale arabe (BCA) à Genève pour gérer ces fonds. Alger intente plusieurs procès (sans succès) pour récupérer l’argent.

Le 3 janvier 1967 (soir), à Madrid, un inconnu tire plusieurs balles sur Khider alors qu’il monte dans sa voiture devant son domicile. Il meurt sur le coup à 54 ans. L’enquête espagnole relâche rapidement un attaché culturel algérien trouvé porteur d’une arme, et l’affaire reste non élucidée. La plupart des historiens et la famille attribuent le crime aux services algériens (SM puis Boumédiène).

Il est enterré à Rabat (Maroc) en présence de Hocine Aït Ahmed et Mohamed Boudiaf.

Beau-frère de Hocine Aït Ahmed (il a épousé sa sœur). Son fils Tarik Khider a publié un ouvrage sur son assassinat.

Distinctions : Ahid de l’ordre du Mérite national (posthume).

  1. Wikipédia français (fr.wikipedia.org/wiki/Mohamed_Khider), consulté novembre 2025.
  2. Base Sycomore – Assemblée nationale française : www2.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche/(num_dept)/4141
  3. Tarik Khider, L’affaire Khider – Histoire d’un crime d’État impuni, éd. Koukou, 2017.
  4. Arezki Metref, « L’affaire Khider. Histoire d’un crime d’État impuni », Le Monde diplomatique, juillet 2017.
  5. « Un attaché consulaire de l’ambassade d’Algérie à Madrid… », Le Monde, 1er janvier 1967.
  6. Benjamin Stora, Dictionnaire biographique de militants nationalistes algériens, L’Harmattan, 1985.
  7. Mohammed Harbi, Le FLN, mirage et réalité, Jeune Afrique livres, 1980.
  8. Yves Courrière, La Guerre d’Algérie (tome 4), Fayard, 1971.
  9. Articles du New York Times (4 et 9 janvier 1967) sur l’assassinat.

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