Si Boss
Le conte de Sidi Boss, lโoiseau rusรฉ
Yeqqim-d wass, deg wussan imezwura, di taddart n lgaba n Akfadouโฆ
Dans la grande savane, oรน le soleil darde ses rayons dโor et oรน les acacias dansent avec le vent, rรฉgnait Amghar n lgaba, le lion au pelage flamboyant. ร ses cรดtรฉs, sa lionne, aux yeux de braise, rรชvait de douceurs pour ses lionceaux. ยซ ร mon roi, dit-elle un soir, les plumes des oiseaux de la savane sont si lรฉgรจres, si moelleusesโฆ Avec elles, je pourrais tisser des oreillers dignes de nos petits princes ! ยป
Le lion, รฉperdu dโamour, rugit : ยซ Ton vลu est ordre, รด lumiรจre de mes jours ! ยป
Il convoqua tous les oiseaux ร son palais de pierre rouge, dressรฉ au cลur de la plaine. Par son hรฉraut, le vautour aux ailes noires, il fit proclamer : ยซ Que chaque oiseau vienne offrir une plume de son manteau ! Cโest un don au roi, un honneur pour la savane ! ยป
Les oiseaux accoururent : le flamant rose, le perroquet bavard, lโaigle majestueux, la colombe timideโฆ Tous, sauf un. Un petit oiseau au plumage gris-bleu, aux yeux vifs comme lโรฉclair : Boss.
On attendait. On attendait encore. Une heure. Deux heures. Chez le roi, deux heures de retard, cโest une offense !
Enfin, un battement dโailes frรชle. Boss se posa, essoufflรฉ, devant le trรดne. Le lion gronda, la criniรจre hรฉrissรฉe : ยซ Dโoรน viens-tu, petit insolent ? Parle, ou je te fais plumer vivant ! ยป
Boss, sans trembler, sโinclina avec malice : ยซ ร roi des rois, pardonne mon retard. Sur le chemin, jโai croisรฉ des bรชtes savantes qui se querellaientโฆ ยป
Le lion plissa les yeux : ยซ Des bรชtes savantes ? Raconte ! ยป
Boss commenรงa, dโune voix claire comme une source :
Premiรจre รฉnigme : Les nuits ou les jours ? ยซ Ils disputaient : Y a-t-il plus de nuits ou de jours sur terre ? Je leur ai rรฉpondu : โ Les jours sont plus nombreux ! Car mรชme la nuit, le ciel sโillumine dโรฉtoiles et de lune. La lumiรจre ne sโรฉteint jamais tout ร fait. Alors, chaque nuit est un jour dรฉguisรฉ ! ยป
Le lion hocha la tรชte, impressionnรฉ : ยซ Vraiโฆ Continue. ยป
Deuxiรจme รฉnigme : Lโeau ou le feu ? ยซ Plus loin, un serpent et un scorpion se chamaillaient : Lequel est le plus fort, lโeau ou le feu ? Je leur ai dit : โ Lโeau รฉteint le feu, mais le feu fait bouillir lโeau. Pourtant, cโest le vent qui gagne toujours : il attise le feu et chasse lโeau en nuages ! Un vieux chameau, qui รฉcoutait, a ri : โ Et toi, petit oiseau, tu voles avec le vent ! ยป
Le lion fronรงa les sourcils, puis sourit : ยซ Malinโฆ Poursuis ton chemin, raconte encore. ยป
Troisiรจme รฉnigme : Les arbres ou les pierres ? ยซ Au pied dโun baobab millรฉnaire, des hyรจnes et des singes dรฉbattaient : Y a-t-il plus dโarbres ou de pierres dans la savane ? Je leur ai lancรฉ : โ Les pierres sont plus nombreuses ! Car chaque arbre porte en lui une pierre : son cลur dur, sa graine. Et quand lโarbre tombe, il devient poussiรจreโฆ mais la pierre reste รฉternelle ! Les singes ont applaudi, les hyรจnes ont grognรฉ dโenvie. ยป
Le lion caressa sa criniรจre : ยซ Profond, petit Boss. Tu fais danser les mots comme les feuilles au vent. Une derniรจre ? ยป
Quatriรจme รฉnigme : Les hommes ou les femmes ? ยซ Enfin, prรจs dโune mare assรฉchรฉe, dโautres animaux dรฉbattaient : Y a-t-il plus dโhommes ou de femmes sur terre ? Je leur ai dit : โ Les femmes sont deux fois plus nombreuses ! โ Comment รงa ? sโรฉcria un vieux buffle. โ Parce que, ajoutai-je, tout homme qui obรฉit ร sa femmeโฆ est une femme ! ยป
Un silence. Puis un รฉclat de rire secoua la savane. Le lion, dโabord figรฉ, regarda sa lionne. Elle le fixait, un sourcil levรฉ, la patte posรฉe sur son oreiller inachevรฉ.
Le roi rugitโฆ mais de rire cette fois. ยซ Ah, petit Boss ! Tu as la langue plus tranchante que mes griffes ! ยป
Il se leva, majestueux : ยซ Oiseaux de la savane, vous รชtes libres ! Rentrez ร vos nids. Plus jamais je ne vous arracherai une plume. Et toi, Boss, dorรฉnavant, on tโappellera Sidi Boss, seigneur de la ruse et maรฎtre des mots. ยป
Depuis ce jour, quand un Kabyle veut dire ยซ rusรฉ comme pas deux ยป, il dit : ยซ D Sidi Boss i tella ! ยป
Tamurt n Lezzayer, tamurt n lแธฅikayatโฆ Fin du conte, que le vent lโemporte jusquโaux montagnes.
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