Tislit N Anzar
Il était une fois, dans les temps anciens où les montagnes de Kabylie portaient encore les secrets des premiers ancêtres, un dieu puissant nommé Anzar – le Seigneur de la Pluie, mais plus farouche, plus sauvage, maître des orages et des éclairs. Là où Anzar était douceur et arc-en-ciel, Ath Anzar était tempête et foudre. On le craignait autant qu’on l’implorait.
Anzar vivait au sommet du Djurdjura, dans une grotte de nuages noirs, entouré de vents hurlants et d’aigles aux ailes de tonnerre. Il n’avait pas de compagne, car aucune mortelle ne pouvait supporter la violence de son amour. Mais un jour, alors qu’il chevauchait les nuées au-dessus des vallées asséchées, il aperçut une jeune bergère nommée Tamura, fille des oliviers et des sources cachées. Elle dansait seule au milieu d’un champ de pierres, chantant pour faire revenir l’eau dans les puits taris.
Anzar fut foudroyé d’amour. Il descendit en trombe, faisant trembler la terre, et se dressa devant elle sous la forme d’un géant aux yeux d’orage, couronné d’éclairs.
« Deviens mienne, dit-il, et je ferai pleuvoir sur ta terre jusqu’à ce que les rivières débordent ! »
Mais Tamura, courageuse et fière, répondit :
« Je ne serai pas prise par la force. Si tu m’aimes, prouve-le. Fais tomber la pluie sans détruire, fais naître la vie sans brûler les champs. »
Anzar, pour la première fois, connut le doute. Lui qui n’avait jamais plié, accepta le défi. Il remonta dans les cieux, contint sa fureur, et transforma ses éclairs en lumière douce, ses grondements en murmures. Pendant sept jours et sept nuits, il pleura des larmes d’argent sur la Kabylie. Les sources jaillirent, les figuiers reverdirent, les femmes remplirent leurs jarres en riant.
Alors seulement, Tamura monta vers lui, vêtue de blanc comme la première neige sur le Djurdjura. Elle devint Tislit n Anzar, la Fiancée de l’Orage. Depuis ce jour, quand la sécheresse revient, on raconte que Ath Anzar gronde au loin – non plus de colère, mais d’impatience amoureuse. Et les anciens disent :
« Écoutez le tonnerre… c’est Ath Anzar qui appelle Tamura.
S’il pleut sans détruire, c’est qu’elle lui a encore appris la douceur. »
Dans certains villages, on célèbre encore Anzar lors des grandes sécheresses : on allume des feux sur les crêtes, on frappe des tambours pour imiter le tonnerre, et les jeunes filles lancent des gerbes d’olivier vers le ciel en chantant :
Anẓar, Anẓar ! Ô Dieu,Ô Dieu,
A Rebbi ssw-iá¹á¹ ar azar ! abreuve-la jusqu’à la racine !
Ay igenwan bu itran, Ô ciel étoilé,
A Rebbi ssw-ed igran ! Ô Dieu, abreuve les champs !
Ay igenwan bu izegza, Ô ciel bleu-vert,
A Rebbi ssw-ed ibawen ! Ô Dieu, abreuve les fèves !
Et quand la première goutte tombe, on sait que l’amour, même le plus sauvage, a su se faire bénédiction.
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