Jean-Louis Hurst

Un brave homme pour la cause algรฉrienne

Jean-Louis Hurst naรฎt le 18 septembre 1935 ร  Nancy, en Meurthe-et-Moselle, au sein d’une famille marquรฉe par l’engagement militaire[1]. Fils d’un officier, il passe une partie de la Seconde Guerre mondiale en Algรฉrie, oรน son pรจre s’est rรฉfugiรฉ en 1940 pour poursuivre le combat contre l’occupant nazi malgrรฉ l’armistice[2]. Cette expรฉrience prรฉcoce forge chez lui des liens profonds avec le pays : deux Algรฉriens l’accompagnent durablement aprรจs le retour de la famille en Alsace3. Sensibilisรฉ dรจs l’adolescence aux questions du tiers-monde, il adopte des idรฉes anticolonialistes. Un voyage en ร‰gypte et en Israรซl en 1953 lui rรฉvรจle la cause palestinienne. De retour en France, il adhรจre au Parti communiste franรงais et devient instituteur[4].

En 1957, Hurst s’engage volontairement dans l’armรฉe franรงaise avec l’intention de l’infiltrer. Promu lieutenant, il est envoyรฉ en Algรฉrie en 1958. Refusant de combattre, il dรฉserte et rejoint les rรฉseaux de soutien au Front de libรฉration nationale (FLN). Il intรจgre d’abord le groupe de ยซ porteurs de valises ยป animรฉ par Francis Jeanson, puis celui d’Henri Curiel[5]. Avec Louis Orhant, Gรฉrard Mรฉier et Robert Davezies, il fonde le mouvement Jeune Rรฉsistance, qui rassemble insoumis, dรฉserteurs et militants opposรฉs ร  la guerre coloniale[6].

Hurst n’est pas un objecteur de conscience passif, mais un ยซ dรฉserteur engagรฉ ยป luttant activement contre l’impรฉrialisme[7]. En 1960, sous le pseudonyme de Maurienne (รฉcho ร  Vercors), il publie aux ร‰ditions de Minuit Le Dรฉserteur, un manifeste anticolonialiste virulent8 . L’ouvrage est aussitรดt interdit et saisi ; Hurst et son รฉditeur Jรฉrรดme Lindon sont poursuivis pour ยซ provocation de militaires ร  la dรฉsobรฉissance ยป[9]. Condamnรฉs, ils voient nรฉanmoins le livre circuler clandestinement dans les milieux รฉtudiants. En 1962, les ร‰ditions de Minuit publient Provocation ร  la dรฉsobรฉissance, le procรจs du Dรฉserteur, relatant l’affaire[10].

ร€ la fin de la guerre, le 25 octobre 1962, Hurst se prรฉsente volontairement dans une caserne. Aprรจs quelques mois de prison, il achรจve son service militaire[11].

Fidรจle ร  ses convictions, Hurst reste plusieurs annรฉes en Algรฉrie indรฉpendante. Il enseigne au collรจge de Larbaรข Nath Irathen (ex-Fort-National) et ร  l’ร‰cole des cadets de la Rรฉvolution, contribuant ร  la formation de la nouvelle gรฉnรฉration12. Il rentre en France en 1968 et poursuit l’enseignement jusqu’en 1972[13].

En 1973, peu aprรจs la fondation de Libรฉration, Hurst y entre comme journaliste. Il se spรฉcialise dans les sujets sociaux et รฉducatifs[14]. Au dรฉbut des annรฉes 1980, il est parmi les premiers ร  observer et dรฉcrire l’รฉmergence du raรฏ, musique populaire algรฉrienne[15]. Dans les annรฉes 1990, il intรจgre le Comitรฉ international de soutien aux intellectuels algรฉriens, face ร  la dรฉcennie noire[16].

sa-mort-Jean-Louis-Hurst-1024x775 Jean-Louis Hurst

Jean-Louis Hurst s’รฉteint le 13 mai 2014 ร  Villejuif, ร  l’รขge de 78 ans[17]. Conformรฉment ร  ses volontรฉs, il est inhumรฉ le 21 mai 2014 dans le cimetiรจre chrรฉtien de Diar Es-Saรขda ร  Alger, aux cรดtรฉs de son รฉpouse Heike[18]. Ce choix symbolique scelle une vie dรฉdiรฉe ร  la cause algรฉrienne : un Franรงais qui, par la dรฉsertion, le soutien clandestin et l’engagement durable, incarna la solidaritรฉ anticoloniale et la fraternitรฉ entre les peuples.


Notes

Bibliographie

Liens externes