Hadj Lounis Hamitouche, Soummam

Hadj Lounis Hamitouche

โ€“ Le 19 avril 2025 restera une date marquรฉe d’une pierre noire dans la mรฉmoire collective algรฉrienne. Hadj Lounis Hamitouche, fondateur et prรฉsident-directeur gรฉnรฉral du groupe Soummam, s’est รฉteint ร  l’รขge de 79 ans des suites d’une longue maladie. Si l’homme d’affaires visionnaire laisse derriรจre lui un empire industriel, c’est surtout en tant que ยซ Monsieur Oxygรจne ยป โ€“ celui qui, dans l’obscuritรฉ de la pandรฉmie, offrit le souffle de vie ร  des centaines de malades โ€“ qu’il entrera dans l’Histoire.

Nรฉ en 1946 ร  Chellata, petit village des contreforts du Djurdjura, Hadj Lounis incarna jusqu’au bout l’รขme kabyle : celle du travail acharnรฉ, de la dignitรฉ silencieuse et de la gรฉnรฉrositรฉ sans ostentation. Parti de rien โ€“ fils de paysans quittant son village en 1969 avec 50 dinars en poche โ€“, il transforma une idรฉe simple, presque naรฏve, en symbole de rรฉsilience nationale : ยซ Fabriquer du yaourt. ยป


De 20 employรฉs ร  un gรฉant panafricain

En 1993, dans la zone industrielle de Taharacht ร  Akbou, naissait la Laiterie Soummam. Quelques machines usagรฉes, vingt employรฉs, 20 000 pots de yaourt produits chaque jour. Rien ne prรฉdisposait ce modeste atelier ร  devenir, trente-deux ans plus tard, un fleuron de l’industrie agroalimentaire africaine. Sous la houlette de Hadj Lounis, l’entreprise enchaรฎna les dรฉfis : multiplication par 250 de sa capacitรฉ de production, crรฉation de fermes agropastorales, diversification vers l’hรดtellerie, conquรชte des marchรฉs d’exportation.

Aujourd’hui, le groupe emploie plus de 1 350 personnes en CDI โ€“ plus de 10 000 emplois indirects selon certaines estimations โ€“ et couvre largement les besoins nationaux en produits laitiers. Mais pour Hadj Lounis, le chiffre n’รฉtait jamais une fin en soi. ยซ L’abnรฉgation ยป, disait-il souvent, รฉtait sa seule devise. Et cette abnรฉgation, il la porta bien au-delร  des murs de son usine.


2020 : L’annรฉe oรน il devint ยซ Monsieur Oxygรจne ยป

Alors que la Covid-19 asphyxiait l’Algรฉrie et que les hรดpitaux manquaient cruellement d’oxygรจne, Hadj Lounis Hamitouche fit un choix qui rรฉvรฉla toute la grandeur de son รขme. Sans communiquรฉ tapageur, sans calcul mรฉdiatique, il finanรงa personnellement la construction de stations de production d’oxygรจne dans quatorze wilayas : d’Aรฏn Tรฉmouchent ร  Bรฉchar, en passant par Alger, Tipaza, Bouira, Bรฉjaรฏa, Sรฉtif ou Tizi-Ouzou.

Vingt-deux gรฉnรฉrateurs vitaux furent installรฉs. Huit ambulances mรฉdicalisรฉes offertes ร  la wilaya de Bรฉjaรฏa. Une centrale d’air comprimรฉ mรฉdical pour l’EPH de Kherrata (450 millions de centimes). Une ligne d’oxygรจne pour l’EPSP d’Azazefoun (350 millions). Chaque don portait la mรชme signature : discrรฉtion absolue, efficacitรฉ immรฉdiate, urgence humanitaire.

ยซ Il ne cherchait pas la reconnaissance, raconte un mรฉdecin de l’hรดpital de Bรฉjaรฏa. Il appelait directement la direction, disait ยซย J’envoie le matรฉriel demainย ยป, et raccrochait. Pour lui, sauver une vie n’รฉtait pas un acte hรฉroรฏque โ€“ c’รฉtait un devoir. ยป

Ce geste, rรฉpรฉtรฉ ร  l’รฉchelle nationale, lui valut ce surnom qui rรฉsonne aujourd’hui comme un hommage posthume : Monsieur Oxygรจne.


Au-delร  de la pandรฉmie : un cล“ur toujours ouvert

Sa gรฉnรฉrositรฉ ne s’arrรชta pas aux masques et aux bouteilles d’oxygรจne. Lors des incendies meurtriers de l’รฉtรฉ 2021, il fut parmi les premiers ร  soutenir les victimes. ร€ 26 รฉleveurs partenaires de Soummam ayant tout perdu dans les flammes, il remit des chรจques permettant de reconstituer leurs troupeaux et de reprendre leur activitรฉ. Aux familles sinistrรฉes, il offrit logements et aides financiรจres. Toujours en silence. Toujours sans camรฉra.

ยซ Il รฉtait un exemple de patriotisme et de travail acharnรฉ ยป, a dรฉclarรฉ Kamel Moula, prรฉsident du Conseil du renouveau รฉconomique algรฉrien (CREA), dans un hommage vibrant. ยซ Hadj Hamitouche n’รฉtait pas seulement un homme d’affaires. C’รฉtait un homme dans tous les sens du terme โ€“ toujours soucieux d’aider ceux dans le besoin, un philanthrope qui n’hรฉsitait jamais ร  donner. ยป


L’hรฉritage d’un bรขtisseur

Hadj Lounis Hamitouche laisse derriรจre lui bien plus qu’une entreprise prospรจre. Il laisse un modรจle : celui de l’entrepreneur ancrรฉ dans son terroir mais tournรฉ vers l’universel ; celui du self-made-man qui n’oublie jamais d’oรน il vient ; celui du Kabyle fier de ses racines mais ouvert au monde.

Son corps sera rapatriรฉ prochainement en Algรฉrie pour y รชtre inhumรฉ selon ses derniรจres volontรฉs. Mais son รขme, elle, restera lร  oรน il l’a toujours placรฉe : dans le souffle retrouvรฉ d’un malade, dans le yaourt offert ร  un enfant, dans le regard reconnaissant d’un รฉleveur sauvรฉ de la ruine.

ยซ Nous avons perdu l’un des grands industriels d’Algรฉrie ยป, a conclu Kamel Moula. L’Algรฉrie a perdu un capitaine d’industrie. La Kabylie a perdu un fils. Mais l’humanitรฉ a gagnรฉ un exemple รฉternel : celui d’un homme qui, ayant connu la faim, nourrit son peuple ; ayant connu la soif, dรฉsaltรฉra les malades ; ayant connu l’obscuritรฉ, offrit la lumiรจre.

Que Dieu accueille Hadj Lounis Hamitouche en Son vaste paradis. Et que son souffle continue, ร  jamais, de porter l’espoir.

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