Hakim Arezki
De la nuit du Printemps noir ร l’or paralympique, un destin de rรฉsilience
Le 27 avril 2001, ร Azazga en Kabylie, un jeune homme de 18 ans perd la vue dans la rรฉpression d’une manifestation pacifique. Vingt-trois ans plus tard, Hakim Arezki gravit les marches du podium olympique, mรฉdaille d’or au cou, symbole vivant d’une victoire sur l’adversitรฉ.
Le 27 avril 2001 : Une marche pacifique, une vie brisรฉe
Ce jour-lร , Hakim Arezki marche parmi des milliers de Kabyles rassemblรฉs ร Azazga pour exiger justice, reconnaissance culturelle et fin des discriminations. Nous sommes dans les premiรจres semaines du ยซ Printemps noir ยป, pรฉriode de contestation sociale dรฉclenchรฉe par la mort du jeune Massinissa Guermah ร Tizi Ouzou. La manifestation est pacifique. Hakim, passionnรฉ de musique kabyle et admirateur de Lounรจs Matoub, y participe comme tant d’autres jeunes de sa gรฉnรฉration.
Soudain, les tirs retentissent. La gendarmerie algรฉrienne ouvre le feu ร balles rรฉelles. Deux projectiles atteignent Hakim : l’un ร la cheville droite, l’autre en pleine tรชte. La balle explosive sectionne ses deux nerfs optiques. La cรฉcitรฉ est immรฉdiate, dรฉfinitive. ร ses cรดtรฉs, son ami d’enfance Youssef succombe ร ses blessures quelques jours plus tard.
ร l’hรดpital d’Azazga, l’absence de soins adaptรฉs menace sa jambe de gangrรจne. On รฉvoque mรชme l’ablation de ses globes oculaires. Son pรจre, comprenant l’urgence, l’extrait clandestinement du territoire et le conduit en France. ร l’aรฉroport d’Orly, Hakim arrive ยซ quasiment mort ยป, selon ses propres mots. Une dizaine d’opรฉrations lui sauveront la jambe โ mais pas la vue.
Renaรฎtre dans la nuit
Pendant six annรฉes, Hakim apprend ร vivre dans l’obscuritรฉ. ร l’Institut National des Jeunes Aveugles (INJA) de Paris, il dรฉcouvre le braille, se forme au mรฉtier d’accordeur de pianoโฆ et, en 2004, le cรฉcifoot. Ce football adaptรฉ aux non-voyants โ ballon sonore, terrain rรฉduit, communication vocale permanente โ devient sa planche de salut.
ยซ Les mรฉdecins m’avaient dit que je ne courrais plus jamais, que le sport de haut niveau รฉtait impossible ยป, raconte-t-il aujourd’hui. Il ne les รฉcoutera pas. En 2009, sรฉlectionnรฉ en รฉquipe de France, il remporte aussitรดt l’Euro. En 2012, mรฉdaille d’argent aux Jeux paralympiques de Londres. Puis l’Europe ร nouveau en 2013, 2019, 2022. Mais l’or olympique lui รฉchappe โ jusqu’au 7 septembre 2024.
Devant 13 000 spectateurs rassemblรฉs au pied de la Tour Eiffel, en finale contre l’Argentine, Hakim Arezki, dรฉfenseur central de 41 ans, convertit le premier tir au but. Quand Fred scelle la victoire tricolore, l’explosion de joie est collective. Pour la premiรจre fois de son histoire, l’รฉquipe de France de cรฉcifoot devient championne paralympique. Hakim, pilier de cette รฉquipe depuis quinze ans, incarne ce sacre.
ยซ La France m’a sauvรฉ ยป
Naturalisรฉ franรงais en 2008, Hakim assume sans ambivalence sa gratitude envers le pays qui l’a accueilli ร l’article de la mort. Dans son autobiographie Renaรฎtre dans la nuit (XO รditions, 2025), il รฉcrit : ยซ Je suis arrivรฉ quasiment mort ร Orly. La France m’a sauvรฉ. Ce bouquin est aussi un tรฉmoignage de reconnaissance. ยป
Mais il n’oublie pas non plus ses racines. Il remercie ยซ l’Algรฉrie de [son] enfance ยป, รฉvoque les montagnes kabyles oรน il rรชvait, adolescent, de voir Zinรฉdine Zidane soulever la Coupe du monde. En septembre 2024, descendant les Champs-รlysรฉes en vainqueur paralympique, il rรฉalise ce rรชve inversรฉ : ยซ La fiertรฉ de venir du fin fond de la Kabylie, d’un petit village dans les montagnes, et de rรฉussir ร descendre cette avenue comme Zizouโฆ C’est un mรฉlange de sentiments, mais celui qui prime, c’est la fiertรฉ. ยป
Mรฉmoire et transmission
En รฉtรฉ 2025, Hakim retourne ร Azazga. Dans le cimetiรจre familial, il dรฉpose sa mรฉdaille d’or sur la tombe de sa grand-mรจre, puis sur celle de Youssef, son ami tuรฉ en 2001. ยซ On ne lรขche rien et on continue ยป, murmure-t-il โ devise qui rรฉsume son parcours.
Prรฉsident du Comitรฉ dรฉpartemental handisport de Seine-Saint-Denis depuis 2019, confรฉrencier engagรฉ, Hakim Arezki transforme aujourd’hui sa douleur en moteur d’inclusion. Chevalier de la Lรฉgion d’honneur (septembre 2024), il incarne une vรฉritรฉ simple mais puissante : la rรฉsilience n’est pas un don, c’est un choix quotidien.
Son histoire n’est pas un conte de fรฉes. C’est celle d’un jeune homme frappรฉ par la violence politique, sauvรฉ par la solidaritรฉ familiale, reconstruit par la volontรฉ. Une histoire de nuit โ et de lumiรจre retrouvรฉe, pas par les yeux, mais par le cลur et les jambes. Celle d’un homme qui, ayant tout perdu en un instant, a choisi de tout reconstruire. Pas pour oublier, mais pour tรฉmoigner. Et pour que d’autres, aprรจs lui, osent croire ร l’impossible.
ยซ Ce n’est pas une mรฉdaille que j’ai gagnรฉe, c’est une vie entiรจre que j’ai reconquise ยป, รฉcrit Hakim Arezki. Et dans cette conquรชte silencieuse, chaque pas vers le but fut aussi un pas vers la dignitรฉ.
Prix et distinctions
- Champion paralympique de cรฉcifoot aux Jeux de Paris 2024
- Mรฉdaillรฉ dโargent aux Jeux Paralympiques de Londres 2012
- Triple champion dโEurope avec lโรฉquipe de France (2009, 2011, 2022)
- Meilleur joueur et vainqueur de la Coupe de France (2016, 2022)
- Prรฉsident du Comitรฉ Handisport de Seine-Saint-Denis depuis 2019
- ย Chevalier de la Lรฉgion d’honneurย (dรฉcret duย 23 septembre 2024)
- ย Chevalier de l’ordre national du Mรฉriteย (dรฉcret duย 31 dรฉcembre 2012)
- ย Mรฉdaille de la jeunesse, des sports et de l’engagement associatif, orย (2024)
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