Djaffar Ouahioune

Djaffar Ouahioune

Djaffar Ouahioune, militant berbère et professeur assassiné en pleine classe pendant la guerre civile algérienne

Né le 14 avril 1957 à Tassaft Ouguemoun (wilaya de Tizi Ouzou) et mort le 10 mai 1997 à Aït Yenni (Beni Yenni), Djaffar Ouahioune (en kabyle : Ǧaɛfar Uahyun) incarne à la fois l’éveil culturel amazigh des années 1980 et la résistance armée des villages kabyles face au terrorisme islamiste dans les années 1990. Enseignant de mathématiques respecté et figure influente du Mouvement culturel berbère (MCB), il est tué à 40 ans devant ses élèves par un commando armé déguisé, dans un acte qui symbolise la violence aveugle de la décennie noire.

Une enfance endeuillée et une formation exigeante
Orphelin de père à l’âge de trois mois, Djaffar Ouahioune grandit dans son village natal de Tassaft Ouguemoun. Il y effectue ses études primaires de 1963 à 1969, puis poursuit sa scolarité secondaire à l’école privée des Pères blancs d’Ath-Yenni. En 1974-1975, il quitte pour la première fois la Kabylie pour intégrer le lycée des Pères blancs du plateau du Mansourah à Constantine (aujourd’hui lycée Tarek Ibn Ziyad). Malgré les frais élevés et la situation financière modeste de sa famille, ses deux frères aînés l’aident à poursuivre. Le décès de sa mère l’oblige à interrompre ses études en 1975-1976 ; il les reprend ensuite et obtient son baccalauréat en 1978. Il figure parmi les premiers étudiants de l’université nouvellement ouverte d’Oued Aïssi à Tizi Ouzou.

Le Printemps berbère : l’émergence d’un militant
Membre influent du MCB, Djaffar Ouahioune s’engage activement dans les événements du Printemps berbère de 1980. Il est l’un des organisateurs et préparateurs de la première grande manifestation du 11 mars 1980, qui suit l’interdiction par les autorités de la conférence du romancier Mouloud Mammeri sur la poésie kabyle ancienne. Il résume alors l’événement par une formule kabyle devenue célèbre : « ASS N 11 DI MEΓRES ID N-SSEγRES », qui évoque approximativement « le jour du 11 mars, une nuit de terreur » ou « le 11 mars passé dans la terreur ». Arrêté peu après avec Hend Saâdi par la gendarmerie de Tassaft Ouguemoun, il est emprisonné et figure parmi les 24 détenus emblématiques de cette révolte culturelle et identitaire.

Fondateur de Tafsut et répression
Après ces événements, il fonde en 1981 la revue culturelle Tafsut (« Printemps » en kabyle), vecteur important de la revendication amazighe. Dénoncé, il fait l’objet d’une perquisition à son domicile par les gendarmes à la recherche de la ronéo (machine à duplicater) utilisée pour imprimer la revue.

Service militaire, enseignement et retour en Kabylie
Après son service militaire et quelques années d’enseignement à Fouka, il revient en Kabylie pour enseigner les mathématiques au lycée de Beni-Yenni (lycée Si Hacène Outaleb à Aït Yenni), où il est apprécié pour sa pédagogie et son engagement intellectuel.

Engagement dans les Groupes de légitime défense durant la décennie noire
Durant la guerre civile algérienne, Djaffar Ouahioune est l’un des premiers à rejoindre le Groupe de légitime défense (GLD, ou « patriotes ») de son village de Tassaft pour protéger la population contre les incursions des groupes armés islamistes. Proche des thèses éradicatrices du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) sans y occuper de poste organique formel, il incarne la résistance kabyle à l’obscurantisme et à la menace théocratique. Il agit notamment comme chef de la milice locale et bénéficie de la protection rapprochée de Kamel Aït Hamouda, jeune militant et garde du corps.

L’assassinat au lycée de Beni-Yenni
Le 10 mai 1997, vers 10 h 30, huit individus armés – certains déguisés en gendarmes ou militaires, un civil costumé tenant un talkie-walkie – pénètrent calmement dans l’établissement et se dirigent vers la salle 13 où Djaffar Ouahioune donne cours. Ils l’abattent devant ses élèves ; son visage est défiguré par les balles. Ils assassinent également son compagnon Kamel Aït Hamouda. Une élève est blessée à la jambe. Les assaillants prennent la fuite après l’attaque, qui traumatise profondément les lycéens et la communauté d’Aït Yenni.

Mémoire
Djaffar Ouahioune et Kamel Aït Hamouda sont honorés comme des « martyrs de la démocratie » et des héros de la Kabylie. Leurs noms figurent sur des monuments commémoratifs ; des hommages réguliers (notamment le 10 mai) sont organisés à Tassaft Ouguemoun et Aït Yenni. Ils symbolisent le double combat pour la reconnaissance berbère et contre le terrorisme islamiste.

Références principales

  • Wikipedia : Djaffar Ouahioune (page de référence principale, ébauche avec sources limitées).
  • Le Matin d’Algérie (10 mai 2022) : « Djaffar Ouahioune et Kamel Aït Hamouda : Ath Yenni n’a rien oublié ».
  • Tamurt.info (11 mai 2018) : Article sur son rôle parmi les 24 détenus du Printemps berbère.
  • VAVA innova (12 mai 2020) : Témoignage détaillé d’un ancien élève sur l’assassinat.
  • L’Humanité (1997) : Article contemporain sur son assassinat et son profil de militant.
  • Autres : Hommages sur Kabyle.com, Facebook (pages associatives kabyles), listes d’attentats de la guerre civile algérienne .

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