Chahid Dr Nedir Mohamed

Biographie complète

(15 février 1924 – 1ᵉʳ mai 1956)

Nom complet : NEDIR Mohamed dit « Si Mohand »
Surnom dans la résistance : Docteur Mohand ou Docteur Larbaâ
Grade dans l’ALN : Médecin-capitaine (assimilé au grade de capitaine par le commandement de la Wilaya III historique)
Secteur d’affectation : Zone 3 – Sous-zone d’Ath Yanni / Tassaft / Ouacifs (actuelle daïra d’Aïn El Hammam)

Jeunesse et formation

Né le 15 février 1924 à Aït Larbaâ (Ath Yanni, Tizi Ouzou), dans une famille de bijoutiers renommés de Beni Yenni. Son père, Maâllem Hadj Mohamed Nedir, était l’auteur de la célèbre pioche en argent massif offerte au gouverneur Naegelen en 1948.

  • Études primaires : École du village d’Aït Larbaâ
  • Certificat d’études : 1937 (major de Kabylie)
  • Études secondaires : Lycée de Médéa (actuel lycée Abdelmoumène)
  • Instituteur : Nommé à Tablat (Médéa) en 1946
  • Médecine : Faculté de Besançon (1948-1954), puis Paris (1955)
  • Internat des Hôpitaux de Paris : Classé 12ᵉ sur 800 candidats en 1955 (spécialité chirurgie générale)

Engagement nationaliste

  • 1938 : À 14 ans, fonde la première troupe des Scouts Musulmans Algériens (SMA) d’Ath Yanni
  • 1945 : Membre du PPA clandestin à Médéa
  • 1950 : Refuse une bourse coloniale pour l’École de Santé Militaire de Marseille (« Je ne soignerai jamais les soldats qui occupent mon pays »)
  • Novembre 1954 : Quatre jours après le déclenchement de la Révolution, il quitte Paris sans prévenir sa famille et rejoint le maquis.

Son action dans l’ALN (1954-1956)

Arrivé en Kabylie en janvier 1955 via le Maroc, il est immédiatement affecté à l’hôpital de campagne de Tassaft (grotte naturelle aménagée).
Il forme 18 infirmiers parmi les djounoud, introduit l’usage du pénicilline en poudre dans les plaies et met au point une technique d’amputation sans anesthésie générale avec seulement de la procaïne locale.

Opérations marquantes :

  • Bataille d’Ighil Imoula (février 1956) : Opère 42 blessés en 48 heures sous les bombardements.
  • Sauvetage du commandant Mohand Oulhadj (futur colonel et chef de la Wilaya III) grièvement blessé en avril 1956.

Martyre

Le 1ᵉʳ mai 1956, lors d’une opération de ravitaillement en médicaments entre Tassaft et Aït Larbaâ, son convoi tombe dans une embuscade au lieu-dit Tizi N’Thletta (col des Trois Pierres).
Touché par trois balles (poitrine, abdomen, jambe), il continue à soigner deux djounoud blessés avant de succomber à 32 ans.

Ses derniers mots, rapportés par le moudjahid Mohand Saïd Oubelaïd :

« Dites à ma mère que je meurs heureux… Enterrez-moi face à la mer, là où l’Algérie sera libre un jour. »

Il fut inhumé clandestinement à Ighil Imoula. Son corps sera exhumé et transféré au carré des martyrs d’Ath Yanni en 1963.

Hommages officiels

  • 1963 : L’hôpital « Naegelen » de Tizi Ouzou devient le CHU Dr Nedir Mohamed (premier hôpital algérien débaptisé après l’indépendance)
  • 1967 : Une rue à Alger (ex-rue Michelet) porte son nom dans le quartier de Belcourt
  • 1984 : Lycée Dr Nedir Mohamed à Aïn El Hammam
  • 2004 : Amphithéâtre Dr Nedir à la Faculté de Médecine d’Alger
  • 2015 : Timbre-poste algérien à son effigie (série « Médecins martyrs »)
  • 2022 : Documentaire de 52 minutes réalisé par l’ENTV : « Docteur Mohand : le scalpel et le fusil »

Le CHU Nedir Mohamed aujourd’hui

  • Nom officiel : Centre Hospitalo-Universitaire Dr Nedir Mohamed – Tizi Ouzou
  • Plus grand CHU de Kabylie (1 020 lits)
  • Une stèle commémorative avec son portrait et sa devise trône à l’entrée principale :

« La médecine sans patrie est une trahison. »

  • Chaque 1ᵉʳ mai, les internes organisent la journée Dr Nedir : don de sang et cours gratuits dans les villages.

Citation du Colonel Mohand Oulhadj (1986)

« Sans le Docteur Nedir, la moitié des officiers de la Wilaya III seraient morts ou amputés. Il nous a donné plus que des soins : il nous a donné l’espoir. »

Sources complémentaires :

  • Ouvrage « Les Médecins dans la Révolution » – Dr Bensalah Yahia (Éditions ANEP, 1998)
  • Archives du CHU Tizi Ouzou (dossier martyr n° 056/W3)
  • Témoignages filmés de Mohand Arab Bessaou, Ali Zamoum et Mme Arezki Ourida (infirmière de l’hôpital de Tassaft)
  • Site officiel du CHU : www.chu-tiziouzou.dz (rubrique « Histoire »)

Le Dr Nedir Mohamed reste le symbole du médecin-combattant, celui qui choisit le maquis plutôt que les honneurs, le scalpel plutôt que le confort, et la mort plutôt que la soumission.

« Il n’avait que 32 ans, mais il avait déjà sauvé une nation. »
(Inscription sur sa tombe à Ath Yanni)

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