Ziri ibn Menad

Ziri ibn Menad (c. 900-971) : Fondateur de la dynastie ziride

Origines et ascendance

Ziri ibn Menad est le fondateur de la dynastie des Zirides, qui a régné sur une grande partie du Maghreb et de l’Ifriqiya pendant près de deux siècles. Il est également le père de Bologhine ibn Ziri, premier émir ziride d’Ifriqiya, et l’ancêtre de Zawi, fondateur de la dynastie ziride de Grenade.

  • Appartenance tribale : Ziri est le chef d’une tribu berbère de la puissante confédération des Sanhadja, plus précisément de la branche des Talkata.
  • Ascendance : Selon l’historien Ibn Khaldoun, son ascendance remonte à Sanhadj, l’ancêtre éponyme des Sanhadja. Sa lignée est la suivante : Menad est le fils de Mankush, fils de Senac (Sanhadj le Jeune), fils de Ousfaq, fils de Jibril, fils de Yazid, fils de Ouasli, fils de Semlil, fils de Jaafar, fils de Elias, fils de Othman, fils de Sekad, fils de Milkan, fils de Kurt, fils de Sanhadj le Grand.
  • Territoire ancestral : Les fils de Milkan étaient établis dans le Maghreb central (région correspondant au centre de l’Algérie actuelle), s’étendant de M’Sila à Alger, en passant par Médéa et Miliana.

Parcours politique et militaire

  • Débuts sous les Aghlabides : Ziri ibn Menad fut d’abord gouverneur d’une partie de l’Ifriqiya et du Maghreb central au nom des Aghlabides, la dynastie régnante qui gouvernait l’Ifriqiya pour le compte du califat abbasside de Bagdad. Il est décrit comme « l’émir des Sanhadja » dans cette région.
  • Ralliement aux Fatimides : Lorsque la dynastie chiite fatimide renverse les Aghlabides et établit son pouvoir en Ifriqiya à partir de 909, Ziri ibn Menad se rallie à eux. Ce ralliement est motivé par des liens anciens unissant sa famille à celle d’Ali ibn Abi Talib, dont les Fatimides se réclament.
  • Fidèle soutien des Fatimides : Ziri devient l’un des partisans les plus dévoués du nouveau pouvoir. Il prouve sa loyauté et sa bravoure en combattant les révoltes kharidjites (notamment des tribus Maghraouas et Banou Ifren) qui menacent le régime fatimide. Il joue un rôle crucial en apportant des secours aux assiégés de Mahdia et de Kairouan.
  • Fondation d’Achir : En reconnaissance de ses services, le calife fatimide Al-Mansur lui permet de fonder la ville d’Achir (vers 935). Cette cité fortifiée, située dans les monts du Titteri, lui sert de capitale et de base arrière stratégique.

Hauts faits militaires

  • Écrasement de la révolte d’Abu Yazid : Ziri ibn Menad apporte un renfort décisif au calife Al-Mansur lors du siège de la forteresse de Kiana, où s’était retranché Abu Yazid, le chef des rebelles kharidjites surnommé « l’homme à l’âne ». Sa contribution à la défaite de ce redoutable adversaire en 947 lui vaut de nouveaux honneurs et présents de la part du calife.
  • Victoire contre les Maghraouas : Après la mort d’Abu Yazid, Ziri écrase les Maghraouas. Leur émir, Ibn El-Kheir, préfère se suicider en se jetant sur sa propre épée plutôt que de se rendre. La victoire est si écrasante qu’Ibn Khaldoun rapporte que, plusieurs siècles plus tard, « les traces des cadavres berbères restaient à la vue des passants ». Les têtes des émirs vaincus sont envoyées au calife fatimide Al-Muizz li-Dîn Allah, qui se réjouit de ce succès, tandis que son rival, le calife omeyyade de Cordoue Al-Hakam Ier, en est affecté.

Å’uvre de construction et fin tragique

  • Fondation de villes : En récompense de ses victoires, Ziri reçoit le gouvernorat de Tahert. Son fils, Bologhine, est autorisé à fonder ou à restaurer plusieurs villes :
    • Médéa et Miliana, après en avoir chassé les Zénètes.
    • El-Djazair Beni Mezghenna (960) : Il fortifie et agrandit l’ancien site d’Icosium, occupé par les Beni Mezghenna, donnant naissance à la ville qui deviendra Alger.
  • Dernier combat et mort : La rivalité avec les tribus zénètes, soutenues par les Omeyyades de Cordoue, se poursuit. En 971, alors qu’il tente de mater une révolte menée par l’ancien gouverneur fatimide Djafar ibnAli qui s’était allié aux Maghraouas, Ziri ibn Menad est vaincu et tué au combat. Sa tête est tranchée et envoyée comme trophée au calife omeyyade Al-Hakam al-Mustansir à Cordoue.

Postérité

Ziri ibn Menad pose les fondations de la puissance de sa dynastie. Son fils, Bologhine ibn Ziri, lui succède et devient en 972 le premier gouverneur ziride de l’Ifriqiya, puis du Maghreb, lorsque les Fatimides transfèrent leur cour au Caire. Ainsi, Ziri ibn Menad, chef de guerre et loyal vassal, est le véritable patriarche de la dynastie ziride, qui dominera une grande partie du Maghreb pendant les deux siècles suivants.

Sources principales :

  • Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l’Afrique septentrienne
  • Charles-André Julien, Histoire de l’Afrique du Nord
  • H. R. Idris, La Berbérie orientale sous les Zirides