Zirides
Les Zirides (972-1148) : Une dynastie berbère au cœur du Maghreb médiéval
Origines et fondation
- Contexte ethnique : Les Zirides sont une dynastie berbère issue de la confédération des Sanhadja (ou Zenaga), plus précisément de la branche des Talkata. Ils étaient initialement établis dans le Maghreb central (région correspondant au nord de l’Algérie actuelle).
- Le fondateur : Ziri ibn Menad (mort en 971), chef militaire sanhadja, se rallie aux Fatimides chiites au début du Xᵉ siècle. Il s’illustre en combattant pour eux, notamment en écrasant la grande révolte kharidjite d’Abu Yazid en 947.
- Première capitale : En récompense de ses services, Ziri fonde vers 935 la ville d’Achir, dans les monts du Titteri, qui devient la première capitale de la dynastie et un bastion stratégique.
- Expansion initiale : Son fils, Bologhine ibn Ziri, fonde ou reconstruit plusieurs villes, dont Médéa, Miliana et Alger (qu’il rebaptise « Djazair Beni Mezghenna » en 960).
Apogée et domination du Maghreb (972-1014)
- Délégation du pouvoir par les Fatimides : En 972, le calife fatimide Al-Muizz, décidant de transférer sa capitale au Caire, confie le gouvernement de l’Ifriqiya (actuelle Tunisie et est algérien) et du Maghreb central à son fidèle vassal, Bologhine ibn Ziri. Ce dernier reçoit les titres prestigieux d’« Abou al-Foutouh » (Père des victoires) et « Sayf ad-Dawla » (Glaive de l’empire).
- Un empire éphémère : Bologhine étend son autorité sur un territoire immense, de l’Atlantique à la Libye. Il conquiert Fès et Sijilmassa, devenant le premier souverain à unifier sous son sceptre la quasi-totalité du Maghreb.
- Conflits avec les Zénètes : Cette expansion se heurte à la résistance des tribus zénètes (notamment les Maghraouas), soutenues par le califat omeyyade de Cordoue. Après la mort de Bologhine en 984, les Zénètes, menés par Ziri Ibn Attia, reprennent le contrôle de l’ouest du Maghreb.
- Consolidation en Ifriqiya : Les successeurs de Bologhine, Al-Mansur (984-995) et Badis (995-1015), consolident leur pouvoir en Ifriqiya, tout en devant réprimer des révoltes, notamment celle des Kutamas, anciens alliés des Fatimides devenus jaloux de l’influence ziride.
La scission : Zirides « Badicides » et Hammadides (1014)
- La fondation de la branche hammadide : En 1014, Hammad ibn Bologhine, oncle de l’émir Badis, se déclare indépendant dans le Maghreb central. Il fonde sa propre dynastie, les Hammadides, et établit sa capitale à la Kalâa des Béni Hammad.
- Une rupture politique et religieuse : Les Hammadides reconnaissent l’autorité des califes abbassides sunnites de Bagdad, rompant ainsi avec l’allégeance aux Fatimides chiites. Dès lors, on distingue :
- Les Zirides « Badicides » (ou Badicides), qui règnent sur l’Ifriqiya.
- Les Hammadides, qui règnent sur le Maghreb central.
L’indépendance des Zirides d’Ifriqiya et les représailles fatimides (1048)
- Rupture définitive avec les Fatimides : En 1048, l’émir ziride Al-Muizz ben Badis rompt officiellement avec les Fatimides. Il supplie la prière au nom du calife fatimide, abat leurs emblèmes et reconnaît la suzeraineté des Abbassides sunnites.
- La malédiction hilalienne : En représailles, les Fatimides envoient depuis l’Égypte les terribles tribus bédouines des Banu Hilal pour punir les Zirides. Cette invasion, décrite par Ibn Khaldoun comme une « invasion de sauterelles », ravage les campagnes de l’Ifriqiya, ruine l’agriculture et sape les bases économiques du pouvoir ziride.
- Le déclin : En 1057, la capitale Kairouan est prise et mise à sac. Les Zirides se replient sur la côte et établissent leur nouvelle capitale à Mahdia.
La branche ziride de Grenade (1013-1090)
- Exil et fondation : Une branche de la famille ziride, menée par Zawi ibn Ziri, fuit les conflits du Maghreb et s’établit en Al-Andalus. En 1013, elle fonde la taifa de Grenade, un royaume indépendant qui prospère grâce au commerce et à la culture.
- Apogée et chute : Les Zirides de Grenade étendent leur domination à la taifa de Malaga en 1057. Leur royaume est finalement annexé par la dynastie berbère des Almoravides en 1090.
Décadence et chute (XIIᵉ siècle)
- Un pouvoir côtier affaibli : Confinés à une bande côtière autour de Mahdia, les derniers émirs zirides voient leur autorité se réduire face à l’anarchie provoquée par les Hilaliens et la montée en puissance des Normands de Sicile.
- La conquête normande : En 1148, les Normands s’emparent de Mahdia et chassent le dernier émir ziride, Hasan ben Ali, mettant fin à la dynastie après près de deux siècles de pouvoir.
- L’arrivée des Almohades : En 1152, les Almohades, une nouvelle dynastie berbère venue du Maroc, conquièrent l’Ifriqiya et le Maghreb central, mettant également fin au règne des Hammadides et unifiant à nouveau le Maghreb.
Héritage et réalisations
- Architecture et culture : Les Zirides furent de grands bâtisseurs. Ils ont laissé un héritage architectural important, notamment :
- La ville d’Achir.
- La Kalâa des Béni Hammad (classée au patrimoine mondial de l’UNESCO).
- La Grande Mosquée de Kairouan, qu’ils ont embellie.
- La Casbah d’Alger, dont ils ont posé les fondations.
- Une administration efficace : Ils ont hérité et perfectionné le système administratif fatimide, dirigeant un État prospère basé sur une agriculture florissante et un commerce actif en Méditerranée.
- Première dynastie berbère majeure : Les Zirides ont ouvert la voie à ce que l’historien Charles-André Julien a appelé le « siècle des empires berbères », prouvant la capacité des dynasties locales à gouverner de vastes territoires.
Sources principales utilisées :
- Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l’Afrique septentrionale (trad. William MacGuckin Slane)
- Charles-André Julien, Histoire de l’Afrique du Nord. Des origines à 1830
- H. R. Idris, La Berbérie orientale sous les Zirides, Xe–XIIe siècles
- Lucien Golvin, Le Magrib central à l’époque des Zirides
- Gilbert Meynier, L’Algérie, cÅ“ur du Maghreb classique
Laisser un commentaire