Naïm Soltani
Naïm Soltani incarne depuis plus d’une décennie une figure singulière du paysage médiatique algérien, mêlant journalisme, production et engagement humanitaire. Animateur emblématique de l’émission « El Yed Fel Yed » (La main dans la main), il s’est imposé comme un acteur de terrain de la solidarité, transformant des destins précaires en histoires d’espoir à travers la construction ou la rénovation rapide de logements pour les familles les plus démunies.
Des racines algériennes et une formation à la Sorbonne
Né en Algérie, Naïm Soltani appartient à une génération marquée par les défis socio-économiques du pays, notamment la crise du logement. Peu d’éléments publics détaillent ses premières années, mais son parcours témoigne d’une trajectoire ascendante typique d’un entrepreneur autodidacte ancré dans la réalité locale. Il a suivi des études supérieures à l’Université Paris-Sorbonne, une formation qui lui a apporté une ouverture internationale tout en le ramenant vers l’Algérie, où il a choisi de déployer son action.
Marié à Vanessa Soltani, il forme avec elle un tandem solide. Ensemble, ils ont fondé le Groupe Dzeriet, une structure de presse et de production qui englobe des activités médiatiques et qui a servi de tremplin à ses initiatives caritatives. Fondé autour de 2004, ce groupe reflète son engagement durable dans le secteur des médias algériens.
Naissance d’« El Yed Fel Yed » : une idée germée de la crise du logement
L’idée d’« El Yed Fel Yed » naît autour de 2011-2014, dans un contexte où la pénurie de logements touche durement de nombreuses familles algériennes. Naïm Soltani, alors déjà actif dans la production, lance l’émission sur Dzaïr TV en novembre 2014. Le concept est simple et puissant : mobiliser des bénévoles, des entreprises partenaires (comme Lafarge pour les matériaux, Condor pour l’électroménager, ou d’autres acteurs) et les téléspectateurs pour rénover ou construire des habitations dignes en un temps record, souvent en quelques semaines.
Dès les premières émissions, le format séduit. Dans la commune des Eucalyptus, une famille vivant dans des conditions insalubres voit sa maison transformée. À Bordj El Kiffan ou dans les hauteurs de Bouira, d’autres bénéficiaires, dont des jeunes fiancés bloqués par l’absence de logement ou des orphelins, retrouvent espoir. L’émission ne se limite pas à la maçonnerie : elle inclut ameublement, équipement et même des gestes symboliques, comme faire découvrir Alger à un adolescent qui n’avait jamais quitté sa commune.
Au fil des années, « El Yed Fel Yed » s’étend, notamment en Kabylie et dans d’autres régions, avec des réalisations comptabilisées par dizaines (plus de 147 maisons mentionnées dans certaines actualités récentes). L’émission, diffusée également via des plateformes comme YouTube et TikTok sous le compte de Naïm Soltani, continue de mobiliser la diaspora algérienne à travers des campagnes de dons.
Un style d’animateur engagé et controversé
Sur le terrain, Naïm Soltani se distingue par son approche directe, parfois émotionnelle. Il documente les parcours de vie des bénéficiaires avec une caméra qui capte à la fois la détresse et la joie de la transformation. Son discours met souvent en avant la baraka (bénédiction divine) et la générosité collective des Algériens, tout en appelant à la mobilisation via les réseaux sociaux.
Cependant, son engagement n’est pas exempt de défis. En 2023, il a suspendu des travaux chez une bénéficiaire après un incident impliquant des insultes, illustrant les tensions humaines parfois rencontrées dans ce type d’initiatives. Ces moments soulignent la complexité de gérer des projets humanitaires à grande échelle, entre émotions, logistique et attentes des parties prenantes.
Un impact qui dépasse l’écran
Au-delà de la télévision, Naïm Soltani est un producteur et un entrepreneur médiatique. Le Groupe Dzeriet, qu’il dirige avec sa femme, produit du contenu varié et soutient l’émission. Son action a contribué à sensibiliser l’opinion publique à la précarité du logement et à l’élan de solidarité nationale, tout en démontrant l’efficacité d’un modèle hybride : financement privé, bénévolat et visibilité médiatique.
Père de famille (il évoque régulièrement sa fille dans des publications personnelles), il incarne un équilibre entre vie publique intense et sphère privée. Ses publications récentes continuent de relayer des actions locales, comme à Tizi Ouzou ou Blida, prouvant que « El Yed Fel Yed » reste une mission vivante plus qu’un simple programme télé.
Avenir
Naïm Soltani n’est pas seulement un animateur : il est devenu le visage d’une forme de journalisme d’action sociale en Algérie. Son parcours illustre comment un média peut se transformer en levier concret de changement, dans un pays où la solidarité communautaire reste une valeur forte. Si des critiques occasionnelles portent sur la durabilité à long terme des projets ou sur la mise en scène, l’impact humain — maisons construites, vies changées, mobilisation collective — reste indéniable.
Aujourd’hui encore actif sur les réseaux et sur le terrain, Naïm Soltani continue d’incarner cette « main dans la main » qu’il promeut : un mélange d’empathie, d’organisation et de détermination qui force le respect dans une Algérie en quête permanente de cohésion sociale. Son histoire reste en cours d’écriture, au rythme des nouvelles maisons qui sortent de terre grâce à une chaîne humaine qu’il a contribué à forger.