Guerre entre FLN et MNA en île de France

Durant la guerre d’Algérie (1954-1962), la région parisienne fut le théâtre d’une guerre fratricide particulièrement intense et sanglante entre le Front de libération nationale (FLN), créé le 1er novembre 1954, et le Mouvement national algérien (MNA), fondé en décembre 1954 par Messali Hadj, figure historique du nationalisme algérien souvent surnommé le « père des Nord-Africains« . Ce conflit interne visait avant tout le contrôle de la communauté immigrée algérienne en métropole (environ 300 000 personnes, dont la moitié concentrée en région parisienne), source cruciale de financements via des cotisations obligatoires, perçues comme un véritable « impôt révolutionnaire » (souvent imposé par la menace ou la violence).

Origine de conflit

Le FLN, issu d’une scission avec le mouvement messaliste, cherchait à éliminer toute concurrence pour s’imposer comme le seul représentant légitime de l’indépendance. Une décision clé fut prise dès avril 1955 lors de réunions clandestines : liquider systématiquement les responsables du MNA. Le MNA, héritier du MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques), conservait une forte influence parmi les travailleurs algériens au début, notamment via son syndicat l’USTA (Union syndicale des travailleurs algériens).

Les affrontements armés éclatèrent dès 1955-1956 en métropole, souvent plus violents qu’en Algérie même. Ils prirent la forme d’assassinats ciblés, d’exécutions dans les cafés-hôtels algériens (d’où le surnom de « guerre des cafés » ou « bataille des cafés »), de mitraillages de groupes rivaux, et de corps jetés dans la Seine ou les canaux (parfois lestés dans des sacs de ciment). Les violences se concentraient dans les bidonvilles (Nanterre, Gennevilliers, Aubervilliers) et quartiers populaires comme la Goutte d’Or ou Belleville.

Les groupes de choc du FLN, comptant environ 450 hommes en région parisienne, étaient renforcés par l’Organisation spéciale (OS), une unité d’élite de tireurs et techniciens (8 katibas de 31 hommes chacune, sous des responsables comme Saïd Bouaziz dès 1957, Moussa Kebaïli pour Paris, ou plus tard Mohamed Zouaoui alias « Maurice »). Ils traquaient les militants messalistes, accusés de trahison ou de refus de payer l’impôt. Le MNA ripostait avec ses propres commandos, mais fut rapidement submergé, perdant des milliers de cotisants (de 19 000 en 1957 à 6 000 en 1960, contre 120 000 pour le FLN).

Des événements marquants illustrent cette escalade :

  • En 1957-1959 → assassinats de cadres de l’USTA (syndicalistes messalistes).
  • Le 17 septembre 1959 → attentat manqué du FLN contre Messali Hadj à Gouvieux (Oise).

Bilan des assassinats

Les assassinats étaient majoritairement imputables au FLN, qui domina dès 1957-1958. Le bilan en France métropolitaine (dont une large part en région parisienne) varie selon les sources :

  • Chiffres officiels français (1956-1962) → environ 3 957 à 4 000 morts et 10 223 à 12 000 blessés.
  • Autres estimations → plus de 6 000 morts au total pour ce conflit fratricide.

À partir de 1958-1960, le FLN imposa une domination quasi totale, réduisant le MNA à une influence marginale.

Ce conflit interne s’ajoutait à la « Bataille de Paris » opposant le FLN à la police française, sous la direction du préfet Maurice Papon (nommé en mars 1958), qui organisa une répression massive (raids, internements, Force de police auxiliaire composée de harkis). Il contribua à un climat de terreur permanent parmi les immigrés algériens.

Il ne faut surtout pas le confondre avec la répression policière du 17 octobre 1961, qui visa une manifestation pacifique organisée par la Fédération de France du FLN (sous Mohamed Zouaoui et Mohammedi Saddek), causant des dizaines à plus de 200 morts algériens (noyades dans la Seine, exécutions).

Ces événements restent un épisode douloureux, souvent occulté dans l’histoire officielle de la guerre d’Algérie, révélant les profondes divisions internes au mouvement nationaliste et les méthodes brutales employées pour imposer l’hégémonie du FLN.

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