Histoire du Palais de la Djenina (ou Jénina)
Le palais de la Djenina (arabe : قصر الجنينة), également connu sous les noms de Dar Soltan el-Kadima (« la vieille maison du Sultan ») ou Dar es-Soltan el-Kedima, fut le siège principal du pouvoir de la Régence d’Alger pendant près de trois siècles. Situé dans la basse Casbah d’Alger, près de la mer et du port, cet ensemble architectural vaste et fortifié incarnait le centre névralgique politique, administratif et militaire de l’État algérois ottoman.

Origines pré-ottomanes et prise par les Barberousse (XVIe siècle)
Le site du palais serait à l’origine la résidence de Salim at-Toumi (ou Selim El-Toumi), émir berbère d’Alger et chef de la tribu des Thaâliba, avant la conquête ottomane. En 1516, Arudj Barberousse (Baba Arroudj), l’un des frères corsaires, s’empare d’Alger avec l’aide espagnole initialement, puis élimine Salim at-Toumi (étouffé dans son bain selon la tradition populaire). Arudj s’installe dans le palais et se proclame sultan d’Alger. Son frère Khayr ad-Din Barberousse lui succède et consolide le pouvoir, transformant le site en résidence officielle.
Au milieu du XVIe siècle (1552-1556), le pacha Salah Raïs entreprend la reconstruction et l’agrandissement majeur du palais, ajoutant un petit jardin (djenina, qui donne son nom à l’ensemble). Le complexe inclut alors un palais principal de trois étages, des annexes basses, une petite mosquée (Djamaa ech-Chaouchs), un harem et d’autres bâtiments.
Apogée sous la Régence d’Alger (XVIe-XIXe siècles)
De 1516 à 1817, la Djenina est la résidence successive des :
- Beylerbeys (1519-1585),
- Pachas (1585-1659),
- Aghas (1659-1671),
- Deys (1671-1817).
Centre du Diwan (conseil du gouvernement), elle accueille les réceptions diplomatiques, les paiements de solde aux janissaires, les fêtes (comme pendant le Bayram) et même des exécutions publiques dans sa grande cour. L’entrée principale, près de Bab el-Oued, mène à cette cour ornée d’une fontaine de marbre, gardée par les janissaires. La façade est austère, avec peu d’ouvertures, contrastant avec des intérieurs riches en marbres, faïences, boiseries sculptées et plafonds ornés.

(Représentations d’intérieurs palatiaux ottomans à Alger, similaires à ceux de la Djenina.)
En novembre 1817, le dey Ali Khodja, craignant un assassinat par les janissaires (comme plusieurs de ses prédécesseurs), abandonne nuitamment la Djenina avec son trésor et son harem pour s’installer dans la Citadelle (Dar es-Soltan) en haute Casbah, plus fortifiée. Il y meurt de la peste en 1818. Son successeur, Hussein Dey (dernier dey d’Alger), y reste jusqu’en 1830, marquant la fin de l’utilisation de la Djenina comme siège du pouvoir.
Période coloniale française et destruction (1830-1856)
Après la prise d’Alger en 1830, les Français occupent la Djenina : magasins militaires, commerces (comme le « Magasin de Paris » ou un grand café). Ils y installent une horloge sur la façade, impressionnant la population en raison d’une prophétie locale annonçant la domination éternelle des « Roumis » lorsque les cloches sonneraient sur la Djenina.
Twala – Celebrating Independence, Awaiting Decolonization
Un incendie dévastateur en 1844 détruit une grande partie du bâtiment principal. Malgré les protestations (notamment de Louis-Adrien Berbrugger), le palais est démoli en 1856 sans relevés archéologiques. Le site est nivelé pour devenir une place d’armes, puis la Place du Gouvernement (aujourd’hui Place des Martyrs), avec la mosquée Djamaa Djedid en bord de mer.
(Vues historiques de la Place du Gouvernement, aménagée sur les ruines de la Djenina.)
Le seul vestige significatif est Dar Aziza (ou Dar Aziza Bent es-Soltan), une aile palatiale du XVIe siècle avec patio, hammam et décorations ottomanes, classé monument historique.


(Vues de Dar Aziza, dernier témoin de la Djenina.)
Ce palais symbolise la gloire et la chute de la Régence d’Alger, effacé par la colonisation mais dont l’emplacement reste un lieu central et emblématique d’Alger.
Bibliographie et sources
- Marion Vidal-Bué, Villas et palais d’Alger du XVIIIe siècle à nos jours, Éditions Place des Victoires, 2012 (source principale sur la description architecturale et la destruction).
- Wikipédia francophone, article « Palais de la Jénina » (mis à jour régulièrement, avec références).
- Sites patrimoniaux : Babzman.com (articles détaillés comme « La Djenina, Dar Soltane el kedima », 2021) ; Patrimoine.dz ; Archnet.org.
- Ouvrages historiques anciens : Descriptions de Nicolas de Nicolaï (1550) ; travaux de Louis-Adrien Berbrugger (XIXe siècle).
- Articles académiques : « Le palais Aziza bent es soltan » sur Aleph.edinum.org ; contributions sur Persee.fr (comme « La Jenina », 1912).
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