Tribu Ketamas

Les Kutamas : Une tribu berbère fondatrice de l’empire fatimide

Origines et étymologie

Les Kutamas (en berbère : ⵉⴽⵓⵜⴰⵎⴻⵏ, Ikutamen ; en arabe : كتامة) sont une puissante confédération tribale berbère, originaire du Nord-Constantinois et de la Petite Kabylie dans l’actuelle Algérie. Leur nom, selon une tradition rapportée par le chroniqueur fatimide al-Qadi al-Nouman, serait lié au terme kitmān (secret), les désignant comme « les Pieux » qui soutiendraient le Mahdi.

Leur territoire historique s’étendait principalement dans les régions de Jijel, Mila, Sétif, Skikda et Béjaïa.

De l’Antiquité à la conquête musulmane

  • Attestations anciennes : Leur existence est attestée dès le IIᵉ siècle par le géographe grec Ptolémée, qui les mentionne sous le nom de Koidamousii.
  • Période romaine : Au IIIᵉ siècle, ils font partie de la confédération des Bavares qui se révolte contre l’Empire romain. Après la répression de la révolte, ils restent présents dans la région, et au VIᵉ siècle, une inscription latine mentionne un roi des Ucutumani (Kutamas) qui se proclame « serviteur de Dieu », suggérant une christianisation partielle.
  • Conquête musulmane : Ils se convertissent à l’islam au milieu du VIIIᵉ siècle, d’abord dans sa branche kharidjite. Ils participent activement à la prise de Kairouan en 757-758.

L’épopée fatimide (Fin du IXᵉ – Xᵉ siècle)

Le destin des Kutamas bascule à la fin du IXᵉ siècle, lorsqu’ils deviennent les artisans de l’un des plus grands empires du monde musulman médiéval.

  • La rencontre décisive : En 893-894, le missionnaire chiite ismaélien Abou Abdallah al-Chii rencontre des pèlerins kutamas à La Mecque. Il les convertit à la cause ismaélienne et les persuade de soutenir Obeïd Allah al-Mahdi, présenté comme le sauveur attendu (le Mahdi).
  • L’armée de la révolution : Les Kutamas deviennent le fer de lance militaire de la révolte contre les Aghlabides, dynastie sunnite régnant en Ifriqiya (actuelle Tunisie). Leur connaissance du terrain et leur cohésion tribale en font une force redoutable.
  • Fondation de l’empire fatimide : Le 19 mars 909, l’armée kutama écrase les Aghlabides près de Laribus et entre six jours plus tard dans leur capitale, Raqqada. C’est la naissance du califat fatimide. Les Kutamas forment le pilier de l’armée et de l’administration du nouvel État.
  • Conquête de l’Égypte : Sous la direction du général Jawhar al-Siqilli (lui-même probablement d’origine kutama), les Fatimides conquièrent l’Égypte en 969 et fondent la ville du Caire (al-Qahira). Une importante migration de Kutamas suit cette conquête et s’installe en Égypte, formant une élite militaire fidèle au calife.

Le déclin et la dispersion (À partir du XIᵉ siècle)

Après le transfert du centre de gravité fatimide vers l’Égypte, le Maghreb est confié aux Zirides, une dynastie issue de la confédération rivale des Sanhadja.

  • Révoltes et répression : Mécontents de la domination ziride, les Kutamas se rebellent à plusieurs reprises à la fin du Xᵉ siècle (en 987-988 et 988-989). Ces révoltes sont écrasées avec une grande sévérité par les Zirides.
  • Affaiblissement et assimilation : Épuisés par un siècle de guerres et affaiblis par l’exode de nombreux guerriers vers l’Égypte, les Kutamas voient leur puissance décliner. Le rejet progressif du chiisme au Maghreb les discrédite. Selon Ibn Khaldoun, beaucoup renoncent même à leur identité kutama pour échapper à cette stigmatisation.
  • Dispersion : On retrouve des descendants des Kutamas :
    • Au Maroc, dans le Rif, issus de migrations anciennes.
    • En Égypte, parmi les Siwis et dans le quartier « El-Hai Kotamiyine » au Caire.
    • En Syrie, dans le quartier « Al-Harat Maghariba » à Damas.
    • En Algérie, où leur héritage culturel (comme le couscous au poisson) persiste, bien que beaucoup se soient assimilés aux populations kabyles ou arabophones environnantes.

Héritage

Les Kutamas sont entrés dans l’Histoire comme le levier qui a permis l’éclosion du califat fatimide, un empire qui a rivalisé avec les Abbassides de Bagdad et a profondément marqué l’histoire de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Leur épopée, bien que suivie d’un déclin et d’une dispersion, témoigne du rôle crucial des confédérations berbères dans les grands bouleversements politiques et religieux du Maghreb médiéval.

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