Baya Hocine

Origines et jeunesse dans la Casbah

Née le 20 mai 1940 dans la légendaire Casbah d’Alger, Baya Hocine, de son vrai nom Baya Mamadi, est issue d’une famille kabyle originaire d’Ighil Imoul, contrainte par la pauvreté coloniale à s’installer en ville. Troisième enfant après deux frères aînés, elle grandit dans un environnement marqué par le nationalisme. Son père, décédé alors qu’elle n’avait que six ans, lui interdit formellement de fréquenter l’école française, la privant ainsi d’une éducation formelle précoce. Influencée par son frère aîné, engagé à l’UGEMA (Union générale des étudiants musulmans algériens), elle rejoint très jeune les réseaux du Front de libération nationale (FLN) durant la guerre d’indépendance.

Engagement dans la lutte armée et arrestation

Durant la Bataille d’Alger (1956-1957), Baya Hocine intègre le réseau des poseuses de bombes sous la direction de Yacef Saadi. À seulement 17 ans, elle participe à des actions armées, notamment un attentat le 10 février 1957 aux stades de Belcourt et El Biar, causant des victimes. Arrêtée fin 1957, elle devient la plus jeune des six femmes condamnées à mort pour leur rôle dans ces opérations. Jugée initialement par un tribunal pour mineurs, sa peine capitale est confirmée en appel, mais finalement cassée. Incarcérée pendant six ans à la prison de Serkadji (ex-Barberousse) à Alger, puis à Oran et en France, elle partage sa détention avec d’autres figures comme Jacqueline Guerroudj.

Les écrits de prison : un témoignage précieux

En 1958, suite à la publication de La Question d’Henri Alleg dénonçant la torture, les autorités coloniales fouillent la prison de Serkadji et saisissent les journaux intimes, notes et correspondances des détenus, dont ceux de Baya Hocine. Ces documents, rédigés dans un style personnel et intime, révèlent les tensions internes entre le FLN et le Parti communiste algérien, ainsi que le quotidien des prisonnières. Ils offrent une perspective rare et féminine sur la guerre d’indépendance, contrastant avec les sources majoritairement masculines de l’époque. Conservés aux archives, ils constituent aujourd’hui une source historique inestimable pour comprendre les conditions carcérales sous le régime colonial.

Parcours après l’indépendance

Libérée en 1962 avec l’indépendance de l’Algérie, Baya Hocine reprend ses études interrompues et se lance dans le journalisme. En 1977, sous la présidence de Houari Boumediene, elle est élue députée à l’Assemblée populaire nationale sous l’étiquette FLN, l’une des neuf femmes élues cette année-là. Durant les mandats de Boumediene puis de Chadli Bendjedid, elle s’oppose vigoureusement au Code de la famille de 1984, qui institue un statut discriminatoire pour les femmes algériennes. Elle démissionne finalement de son mandat en 1982 en signe de protestation.

Héritage et disparition

Baya Hocine s’éteint le 1er mai 2000, laissant derrière elle le souvenir d’une combattante résolue et d’une voix engagée pour les droits des femmes. Son parcours incarne le courage des moudjahidate de la Casbah et contribue à une mémoire plus inclusive de la guerre de libération.

Sources bibliographiques

  • « Baya Hocine », Wikipedia (version anglaise), mise à jour 2025. Disponible sur : https://en.wikipedia.org/wiki/Baya_Hocine
  • Thénault, Sylvie. « Les papiers de Baya Hocine. Une source pour l’histoire des prisons algériennes pendant la guerre d’indépendance (1954-1962) », L’Année du Maghreb, n°20, 2019. Disponible sur : https://journals.openedition.org/anneemaghreb/4643
  • Belkhodja, Amar. Baya Hocine (1940-2000) : au cÅ“ur de tous les combats, [ouvrage biographique mentionné dans des recensions critiques, 2016].
  • Vince, Natalya. Our Fighting Sisters: Nation, Memory and Gender in Algeria, 1954-2012, Manchester University Press, 2015 (références à Baya Hocine et son opposition au Code de la famille).
  • « Baya Hocine, la journaliste », Babzman, 25 juillet 2021. Disponible sur : https://babzman.com/baya-hocine-journaliste/

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