Le Scandale des Hymnes Étrangers dans les Manuels Scolaires Algériens
Un Débat Culturel et Patriotique
En pleine effervescence de la Coupe Arabe de football 2025, un match opposant l’Algérie à l’Irak a ravivé un débat inattendu et passionné sur les bancs de l’école algérienne. Lors de cette rencontre sportive, des supporters algériens ont entonné par cœur les paroles de « Mawtini » (Ma Patrie), l’hymne national irakien adopté en 2004. Ce qui pourrait passer pour un geste de fraternité arabe a rapidement tourné au scandale sur les réseaux sociaux et dans les médias : pourquoi des Algériens, y compris de jeunes élèves, connaissent-ils si bien un hymne étranger ? La réponse pointe vers les programmes scolaires algériens, où ce poème – et d’autres similaires devenus hymnes en Égypte et en Irak – est enseigné comme un classique de la littérature arabe, sans toujours préciser son statut actuel. Ce « scandale éducatif » interroge les limites du pan-arabisme dans l’enseignement national et appelle à une réforme : informer les élèves ou retirer ces textes des annales scolaires ?
Le Déclencheur : Un Match et un Chant Inattendu
La Coupe Arabe 2025, organisée au Qatar, a vu l’Algérie affronter l’Irak dans un match tendu du groupe préliminaire. Avant le coup d’envoi, alors que l’hymne irakien retentissait dans le stade, une partie du public algérien – supporters en tribunes et téléspectateurs chez eux – s’est mise à chanter les paroles avec une précision étonnante. Des vidéos virales sur TikTok, Instagram et Facebook montrent des fans algériens, jeunes pour la plupart, récitant « Mawtini » sans faute, provoquant des réactions mixtes : admiration pour la culture arabe partagée d’un côté, indignation patriotique de l’autre.
« Comment se fait-il que nos enfants apprennent par cœur l’hymne d’un autre pays avant même de maîtriser pleinement le nôtre ? », s’interroge un internaute algérien sur X (anciennement Twitter), dans un post partagé des milliers de fois. Le scandale a éclaté peu après, avec des appels à boycotter les manuels scolaires et des pétitions en ligne demandant au ministère de l’Éducation nationale d’intervenir. Ce n’est pas la première fois que le football révèle des tensions culturelles – rappelons les chants pro-Saddam Hussein lors d’un match USM Alger vs Forces Aériennes Irakiennes en 2018, qui avait déjà provoqué une crise diplomatique. Mais ici, l’enjeu est éducatif : l’Algérie enseigne-t-elle involontairement les symboles nationaux d’autres États ?
Les Poèmes en Question : De la Littérature Arabe aux Hymnes Nationaux
Au cœur du débat se trouve « Mawtini », un poème écrit en 1934 par le poète palestinien Ibrahim Touqan, avec une musique composée par le Libanais Mohammad Flayfel. Initialement un chant patriotique pan-arabe, il exprime l’amour de la patrie et la résistance contre l’occupation. En Irak, il a été adopté comme hymne national officiel en 2004, après la chute de Saddam Hussein, remplaçant l’ancien « Ard al-Furatayn » (Terre des Deux Fleuves) jugé trop associé au régime baasiste.

En Algérie, « Mawtini » figure dans les programmes de littérature arabe au primaire et au secondaire, souvent dans les classes de 4e ou 5e année primaire, comme un exemple de poésie patriotique arabe classique. Les manuels du ministère de l’Éducation, tels que ceux de la série « Al-Lugha Al-Arabiya » (La Langue Arabe), incluent ce poème pour enseigner la rhétorique, le vocabulaire et les thèmes de l’unité arabe. Des enseignants confirment que les élèves l’apprennent par cœur lors des cours de récitation, sans nécessairement être informés de son statut d’hymne irakien. « C’est un texte historique, pas un symbole national étranger », défend un professeur de Tizi Ouzou interrogé par la presse locale.
Un cas similaire concerne l’hymne égyptien « Biladi, Biladi, Biladi » (Ma Patrie), dont les paroles sont tirées d’un poème de Younes al-Qadi, mis en musique par Sayed Darwish en 1923 et officialisé en 1979. Ce texte, célébrant l’Égypte éternelle, est également enseigné en Algérie comme un pilier de la poésie arabe moderne, souvent dans les classes secondaires pour illustrer le nationalisme arabe du XXe siècle. Là encore, les élèves le mémorisent sans contextualisation sur son rôle actuel en Égypte.
بلادي بلادي بلادي
(النشيد الوطني المصري – كلمات: محمد يونس القاضي، لحن: سيد درويش)
بلادي بلادي بلادي
لكِ حبي وفؤاديمصر يا أم البلاد
أنتِ غرامي واملي
وكل الناس في بلادي
فداكِ عيني وماليبلادي بلادي بلادي
لكِ حبي وفؤاديمصر أنتِ أغلى درة
فوق جبين الدهر غرة
عيشي سعيدة مهرة
حرة أبية عزةبلادي بلادي بلادي
لكِ حبي وفؤاديمصر يا أرض النعيم
سدتِ بالبناء العظيم
قومي املأي كل ميدان
وبكل ميدان صروحبلادي بلادي بلادي
لكِ حبي وفؤادي
Ces inclusions remontent aux réformes éducatives post-indépendance (1962), influencées par l’idéologie pan-arabe du FLN et de Boumediene, qui visaient à renforcer l’identité arabe unifiée face au colonialisme. Mais en 2025, avec une Algérie souveraine et des tensions régionales (comme les relations avec l’Égypte sur le Nil ou l’Irak post-invasion), cela pose question : l’enseignement de ces poèmes ne risque-t-il pas de diluer le patriotisme algérien au profit d’une identité arabe floue ?
Un Scandale Unique au Monde ? Les Arguments des Critiques
Les détracteurs du système éducatif algérien soulignent un fait inédit : aucun autre pays au monde n’enseigne systématiquement les hymnes nationaux d’États étrangers comme des poèmes classiques. En France, par exemple, « La Marseillaise » est apprise comme hymne national, mais pas ceux des voisins. Aux États-Unis, l’enseignement de la littérature étrangère reste contextuel, sans mémorisation forcée d’hymnes. « C’est une anomalie algérienne, héritée du baasisme et du nassérisme », argue un historien algérois sur les réseaux. « Nos enfants chantent ‘Mawtini’ en pensant à la Palestine ou à l’Algérie, mais finissent par glorifier l’Irak sans le savoir. »
Le scandale a pris de l’ampleur après le match, avec des appels à une réforme immédiate :
- Signaler aux élèves : Ajouter une note dans les manuels expliquant le statut actuel de ces poèmes comme hymnes nationaux, pour éviter toute confusion patriotique.
- Retirer des annales scolaires : Supprimer ces textes des programmes obligatoires, en les remplaçant par des poètes algériens comme Kateb Yacine ou Assia Djebar, pour renforcer l’identité nationale.
Des associations parentales et des intellectuels kabyles, souvent critiques du « tout-arabe », ont rejoint le mouvement, voyant là une forme d' »arabisation forcée » qui marginalise les langues berbères comme le tamazight, officialisée en 2016 mais sous-représentée dans les curricula.
La Réponse du Gouvernement et les Perspectives
Le ministère de l’Éducation nationale n’a pas encore réagi officiellement à ce scandale, mais des sources internes indiquent une revue des programmes en cours, accélérée par les réformes de 2023 sous le président Tebboune, qui visent à « algérianiser » l’enseignement. « Ces poèmes font partie du patrimoine arabe commun, pas d’une propagande étrangère », défend un responsable anonyme. Pourtant, avec la montée du nationalisme post-Hirak, le risque est réel : ignorer ce débat pourrait alimenter les frustrations éducatives, déjà vives avec les grèves enseignantes et les manuels obsolètes.
En conclusion, ce « scandale des hymnes » n’est pas seulement une anecdote footballistique, mais un miroir des tensions identitaires en Algérie. Entre héritage pan-arabe et souveraineté nationale, l’école algérienne doit choisir : éduquer à l’unité ou à la singularité ? Retirer ces poèmes ou les contextualiser pourrait apaiser les critiques, tout en préservant la richesse culturelle. Car, comme le dit un proverbe arabe : « La patrie n’est pas un poème, mais un engagement quotidien.«
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