Boualem Rabia

(1957 – 8 août 2025)

Boualem Rabia naît en mars 1957 à Ath Ziki, village perché sur les hauteurs d’Azazga, au cœur de la Grande Kabylie. Fils d’une terre rude et fière, il porte le prénom symbolique de « Bou-Âlem » – celui qui porte la bannière de la pensée et de l’art.

Élève au lycée Chihani Bachir d’Azazga (1973-1976), il y cultive très tôt une passion pour la littérature et la langue française. Professeur de français pendant plusieurs décennies, il croisera la route de Mouloud Mammeri, dont il deviendra un disciple attentif et fidèle tout en y apportant sa propre sensibilité. Pour des générations de lycéens kabyles, il restera un pédagogue inspiré, un véritable passeur de verbe.

Boualem Rabia n’était pas seulement enseignant et écrivain : il était un artisan de la mémoire collective. Poète, romancier, essayiste, traducteur, parolier, scénariste, animateur radio, peintre amateur… il embrassait toutes les formes de création avec une seule obsession : sauvegarder, transmettre et faire vivre tamazight.

Il fut également, pendant de nombreuses années, l’un des membres fondateurs et organisateurs du Festival annuel de la poésie d’Ath ZikiSAMAIL AZIKIW (, manifestation devenue incontournable dans le calendrier culturel kabyle. Grâce à lui et à quelques passionnés, ce rendez-vous a permis, édition après édition, de faire résonner la parole des anciens et des jeunes poètes sur les places et les terrasses du village, offrant ainsi un espace vivant à la poésie orale et écrite en tamazight.

Å’uvres majeures

  • Nnig Usennan (« Au-dessus de l’épine », éditions Odyssée, 2009) – son premier roman en kabyle, nourri du proverbe ancestral : « On ne récolte jamais sans affronter les épines. »
  • Florilège de poésies kabyles – Le viatique du barde (L’Harmattan) – anthologie bilingue qui recueille et sauve des centaines de poèmes traditionnels des Aït Ziki.
  • Si tala n Chcix Muhend – essai lumineux sur le grand poète Cheikh Mohand ou Lhocine.

Il prêta sa plume au cinéma amazigh (dialogues de La Montagne de Baya et Si Mohand Ou Mhand), anima des émissions littéraires à la radio, écrivit de nombreux textes pour le groupe Yugurtnen (Yougourten) et rendit, en 2020, un hommage émouvant au chanteur Idir.

Homme discret, droit, profondément habité par la parole, il parlait peu de lui-même et laissait toujours ses écrits témoigner à sa place. Il sillonnait les hameaux, recueillait auprès des anciens contes, poèmes et chants pour les sauver de l’oubli et les transmettre aux générations futures.

Épuisé par une longue maladie qu’il finit par accepter avec dignité, Boualem Rabia s’éteint le vendredi 8 août 2025, à l’âge de 68 ans. Il est inhumé le lendemain dans son village natal d’Ath Ziki.

La région de Bouzeguene et Azazga perdent l’un de ses enfants les plus illustres.
La Kabylie perd un gardien fidèle de sa mémoire collective.
Ceux qui l’ont connu perdent un guide, un modèle, une boussole.

Il s’en est allé comme un rameau d’olivier emporté par le vent tiède d’une nuit d’été, glissant le long des crêtes abruptes de n’Ath Ziki.

Avec lui s’éteint un monde.
Mais ses mots, eux, ne mourront jamais.
Ils continueront d’éclairer les consciences et d’habiter les silences.

Livres :

Recueil de poésies kabyles des Aït Ziki. Le Viatique du barde Broché – 1 janvier 2000

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