Sirin bint Shamaôn سيرين بنت شمعون

(sœur cadette de مارية القبطية Māriya al-Qibṭiyya)

Sīrīn est beaucoup moins connue que sa sœur aînée Māriya, mais son histoire est tout aussi émouvante et significative. Elle fait partie des très rares femmes coptes d’Égypte à être entrées dans le cercle intime des Compagnons du Prophète ﷺ dès la première génération.

Origine et arrivée à Médine (6-7 H / 628)

Sīrīn et Māriya étaient deux sœurs issues d’une famille chrétienne copte de haute condition en Haute-Égypte (probablement de la région d’أنصنا Anṣinā ou du Fayyoum).
Elles furent offertes ensemble en 628 par al-Muqawqis, le gouverneur copte d’Égypte, parmi les cadeaux diplomatiques envoyés au Prophète ﷺ.

À leur arrivée à Médine :

  • Māriya fut gardée auprès du Prophète ﷺ (statut de سرية / concubine, puis mère d’Ibrāhīm).
  • Sīrīn fut offerte en cadeau par le Prophète ﷺ au grand poète des Anṣār :
    حسان بن ثابت بن المنذر Ḥassān ibn Thābit al-Anṣārī (m. 54 H / 674), surnommé شاعر الرسول « le poète du Messager ».

Mariage avec Ḥassān ibn Thābit

Ḥassān, déjà âgé d’environ 60 ans, fut immédiatement émerveillé par la beauté, la douceur et l’intelligence de Sīrīn.
Il l’affranchit immédiatement et l’épousa légalement (nikāḥ), ce qui lui conféra le statut d’épouse libre et non de simple concubine.

Le Prophète ﷺ aurait dit à Ḥassān en plaisantant :
« Tu as pris la plus belle des deux, mais Māriya m’a donné Ibrāhīm ! »

Vie conjugale et descendance

Sīrīn donna à Ḥassān un fils :
عبد الرحمن بن حسان بن ثابت ʿAbd ar-Raḥmān ibn Ḥassān ibn Thābit
Ce garçon grandit à Médine parmi les tabiʿīn et transmit des poèmes et des récits de son père.

Sīrīn vécut dans la maison de Ḥassān dans le quartier des Banū an-Najjār (près de la mosquée du Prophète). Elle était réputée pour sa piété, sa douceur et sa connaissance du copte et de l’arabe.

Conversion et intégration

Comme sa sœur Māriya, Sīrīn se convertit très vite à l’islam de plein cœur.
Elle apprit le Coran et devint une figure discrète mais respectée parmi les femmes des Anṣār.
On rapporte qu’elle récitait magnifiquement les psaumes en copte avant sa conversion, puis les sourates en arabe avec la même mélodie.

Décès

Sīrīn mourut à Médine avant son mari Ḥassān, probablement entre 30 et 35 H (vers 650-655 apr. J.-C.).
Elle fut inhumée à al-Baqīʿ, comme la plupart des membres de la famille prophétique et des grands Compagnons.

Statut religieux

  • Chez les sunnites : elle est considérée comme une Ṣaḥābiyya (Compagnonne) à part entière, car elle vit le Prophète ﷺ, crut en lui et mourut musulmane.
  • Chez les chiites : elle est moins mentionnée, mais jamais critiquée.

Sīrīn est la sœur « restée dans l’ombre » de Māriya :

  • offerte le même jour,
  • affranchie et épousée le même jour par le plus grand poète de l’islam,
  • mère d’un fils qui transmit la poésie et la tradition,
  • devenue une Compagne discrète mais authentique du Prophète ﷺ.

Elle incarne, avec Māriya, la première intégration réussie et respectueuse de femmes chrétiennes égyptiennes dans la communauté musulmane naissante, bien avant les conquêtes arabes en Égypte (640-642).

Aujourd’hui encore, en Égypte copte populaire, on se souvient parfois de « Māriya et Sīrīn, les deux sœurs qui entrèrent dans la maison du Prophète ».

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