Adolphe Crémieux
Nom complet : Isaac-Jacob Adolphe Crémieux
Naissance : 30 avril 1796, Nîmes (Gard)
Décès : 10 février 1880, Paris (7e arrondissement)
Nationalité : Française
Religion : Juif (pratiquant modéré, très engagé dans le judaïsme consistorial)
Jeunesse et formation
Fils d’un négociant en soieries juif séfarade de Carpentras (David Crémieux) et de Rachel Crémieux, il grandit dans une famille aisée mais frappée par les restrictions antijuives de l’Ancien Régime.
Études de droit à Aix-en-Provence, docteur en droit en 1817.
S’installe comme avocat à Nîmes dès 1818. Très vite réputé pour son éloquence, il plaide dans de grandes affaires criminelles et politiques.
Carrière politique sous la Monarchie de Juillet (1830–1848)
- 1842 : Élu député de Nîmes (opposition libérale).
- Réélu en 1843, 1846, 1848.
- Siège à gauche avec les républicains modérés (Odilon Barrot, Tocqueville).
- Grande figure de l’émancipation juive :
- 1834 : Obtient l’égalité complète des Juifs de France métropolitaine (dernières restrictions levées).
- Défend les Juifs d’Orient (affaire de Damas, 1840) : il se rend personnellement à Alexandrie et Constantinople avec Moses Montefiore pour faire libérer les Juifs accusés de crime rituel.
- Cofondateur de l’Alliance israélite universelle (1860).
Révolution de 1848 et IIe République
- Février 1848 : Membre du Gouvernement provisoire (le seul Juif avec Émile Ollivier).
- Ministre de la Justice (23 février – 8 juillet 1848).
- Abolit la peine de mort politique.
- Supprime l’esclavage dans toutes les colonies françaises (décret du 27 avril 1848, signé avec Victor Schœlcher).
- Prépare l’abolition du serment more judaico (serment discriminatoire exigé des Juifs dans les tribunaux).
- Député à l’Assemblée constituante puis législative (1848–1849).
- Battu en 1849 (montée des conservateurs).
Second Empire (1851–1870)
- Après le coup d’État de 1851, refuse de prêter serment à Napoléon III → rayé du barreau.
- Vit en semi-retrait politique mais reste avocat et président du Consistoire central des Israélites de France (1843–1880, sauf interruptions).
- 1860 : Fonde l’Alliance israélite universelle avec Narcisse Leven.
- 1864 : Réintégré au barreau.
- 1869 : Réélu député de Paris (opposition républicaine).
IIIe République et le décret Crémieux (1870)
- 4 septembre 1870 : Révolution → Gouvernement de la Défense nationale.
- Nommé ministre de la Justice (du 4 septembre 1870 au 19 février 1871).
- À 74 ans, c’est son dernier grand poste.
- 24 octobre 1870 : Signe les décrets n° 136 et 137 qui accordent la citoyenneté française collective aux 37 000 Juifs d’Algérie (décret Crémieux) et, dans une moindre mesure, à certains « indigènes » musulmans ayant servi la France.
→ Acte historique qui sépare définitivement le destin des Juifs et des musulmans d’Algérie.
Fin de vie
- 1871 : Élu député du département d’Alger (il représente symboliquement les nouveaux citoyens juifs).
- 1875 : Élu sénateur inamovible (jusqu’à sa mort).
- 1875–1880 : Vice-président du Sénat.
- Meurt le 10 février 1880 à Paris. Funérailles nationales, discours de Gambetta.
- Enterré au cimetière du Montparnasse.
Honneurs et postérité
- Chevalier (1833), officier (1864), grand-croix de la Légion d’honneur (1870).
- Nommé pair de France en 1875 (sous la forme du sénateur inamovible).
- Nombreux lycées, rues, places portent son nom en France et en Israël.
- Figure majeure du judaïsme français moderne et de la République laïque.
Œuvres et idées principales
- Défense absolue de l’émancipation et de l’assimilation républicaine des Juifs.
- Universalisme républicain : « La France est la patrie des Juifs comme des autres citoyens ».
- Anticlérical modéré, mais respectueux de la religion juive consistoriale.
Adolphe Crémieux reste dans l’histoire comme :
- l’homme qui a aboli l’esclavage colonial en 1848,
- le père de la citoyenneté des Juifs d’Algérie,
- l’un des fondateurs de la IIIe République et du judaïsme français moderne.
Sources principales
- S. Posener, Adolphe Crémieux (1796-1880), 2 tomes, Paris, 1933-1934 (biographie classique).
- Michel Winock, « Crémieux », in Dictionnaire des ministres (1789-1989), Perrin, 1990.
- Pierre Birnbaum, Les Fous de la République, Fayard, 1992.
- Philippe Oriol, Adolphe Crémieux ou l’utopie républicaine, Seuil, 2021 (biographie récente la plus complète).
- Archives nationales (fonds Crémieux), Journal officiel 1870, discours de Gambetta aux obsèques.
Laisser un commentaire