Sindbad raconte ses voyages
Sinbad le marin, en persan Sindibad (aussi orthographié « Sindbad » du persan : سندباد, Sandbād ou Sindibād), est un personnage fictif devenu célèbre grâce au recueil Les Mille et Une Nuits (en arabe : ألف ليلة وليلة, Alf Layla wa-Layla). Ce conte narre les aventures extraordinaires d’un marin originaire de Bagdad, sous la dynastie abbasside, à l’époque du calife Haroun al-Rachid (règne : 786-809). Les récits se déroulent dans les mers de l’est de l’Afrique et du sud de l’Asie, où le héros affronte des périls fantastiques, des monstres mythiques et des merveilles orientales.
Les Mille et Une Nuits est un recueil anonyme de contes orientaux compilé au fil des siècles (manuscrits les plus anciens datant du IXe-XIVe siècle, avec des ajouts postérieurs). Le cycle de Sindbad n’appartient pas au noyau originel syrien le plus ancien (comme le manuscrit Galland, daté approximativement du XIIIe-XVe siècle, acquis par Antoine Galland vers 1701). Sindbad apparaît comme un ajout relativement tardif.
Galland, orientaliste français (1646-1715), découvre un manuscrit arabe autonome du conte de Sindbad à Constantinople dans les années 1690. Il le traduit en français dès 1701 et l’intègre dans sa monumentale édition Les mille et une nuits, contes arabes (premiers volumes publiés en 1704, avec les voyages de Sindbad insérés dans les tomes 3 à 6 environ, entre 1704 et 1706). Cette traduction popularise le personnage en Occident et fixe le cadre narratif : sept voyages fantastiques.
Vers la fin de la 536e nuit (selon l’édition Galland et les versions classiques), Shéhérazade commence l’histoire : à l’époque de Haroun al-Rachid (calife de 786 à 809), à Bagdad, un pauvre portefaix nommé Hindbad (ou parfois Sindbad le portefaix, homonyme du marin) se plaint de l’injustice du sort devant la somptueuse demeure d’un riche marchand. Ce dernier, Sindbad le marin, l’invite à sa table et lui révèle que sa fortune provient non du hasard seul, mais de périls surmontés lors de sept voyages fantastiques entrepris depuis Bassorah (port principal de l’époque abbasside). Il raconte alors ses aventures jour après jour, pour enseigner que la richesse naît du courage, de la ruse, de la patience et de la providence divine.
Premier Voyage : L’île-poisson

Jeune, j’avais dilapidé l’héritage de mon père en fêtes et plaisirs. Revenu à la raison, je partis refaire fortune par le commerce maritime. De Bassorah, j’embarquai avec des marchands honnêtes sur un navire chargé de marchandises précieuses, cap sur les Indes.
Après des jours de navigation paisible, nous fîmes escale sur une île verdoyante, plantée d’arbres fruitiers et de sources claires. Nous descendîmes nous reposer ; certains allumèrent du feu pour cuire. Soudain, l’île trembla violemment. Le capitaine hurla : « Remontez ! C’est un poisson géant qui sommeillait depuis des siècles, couvert de terre et de végétation ! Le feu l’a réveillé ! »
Le monstre plongea. Le navire chavira ; je fus projeté à la mer. Agrippé à une planche, je dérivai jusqu’à une autre île où je trouvai fruits et eau douce. Épuisé, je m’endormis sur la plage. Un navire – le même que le mien – me recueillit : mes compagnons m’avaient cru mort, mais ils avaient sauvé une partie de mes biens. Nous atteignîmes les Indes, vendîmes à grand profit et je revins à Bagdad immensément riche. Je crus alors pouvoir goûter le repos…
Deuxième Voyage : La vallée aux diamants et l’oiseau Roc

Le luxe de Bagdad m’ennuya vite. L’appel de l’aventure revint. Je repris la mer avec mes marchandises.
Une tempête brisa le navire. Seul survivant, je gagnai une île luxuriante. Au centre, une vallée profonde entourée de falaises infranchissables scintillait de diamants gros comme des noix. Mais des serpents géants, capables d’avaler un éléphant, gardaient le lieu ; la nuit, je me réfugiai dans un arbre.
Le jour, je vis des rocs – oiseaux fabuleux immenses – fondre du ciel pour emporter des morceaux de viande jetés par des marchands perchés sur les hauteurs. Les diamants collaient à la viande ; les oiseaux les rapportaient à leurs nids, et les marchands récupéraient les gemmes.
Je ramassai des diamants, m’attachai un gros quartier de viande avec mon turban et m’allongeai. Un roc m’emporta jusqu’à son nid sur la falaise. Les marchands chassèrent l’oiseau, me délivrèrent et, stupéfaits, acceptèrent mes diamants en échange de leur aide. Ils m’emmenèrent à un port. Je rentrai à Bagdad plus riche que jamais.
Troisième Voyage : Le géant cannibale

Enrichi, je repartis pourtant. Une tempête nous jeta sur une île sauvage. Des singes velus et agressifs envahirent le navire, volèrent tout et nous abandonnèrent à terre.
Nous découvrîmes un palais de pierre rempli d’ossements. Au crépuscule surgit un géant noir, haut comme un palmier, aux yeux flamboyants, aux dents de sanglier. Il nous captura, nous enferma et, chaque soir, choisit le plus gras pour le rôtir et le dévorer.
Je pris la tête des survivants. Nous l’enivrâmes avec du vin trouvé dans sa caverne. Quand il s’effondra, nous chauffâmes au rouge deux broches géantes et les lui plantâmes dans les yeux. Aveugle et furieux, il hurla, appela ses semblables. Nous fûmes vers la plage, construisîmes des radeaux et prîmes la mer.
Sur une autre île, des serpents colossaux rôdaient. Nous échappâmes de justesse à leurs mâchoires. Finalement, un navire marchand nous recueillit. Je revins à Bagdad, marqué mais plus fortuné, et jurai (encore) de rester.
Quatrième Voyage : Le pays des enterrements vivants

La mer me rappela. Mon propre navire, chargé de soieries et d’ivoire, fut brisé par une tempête. Naufragé sur une île, je fus drogué par une tribu cannibale qui engraissait les étrangers avant de les dévorer. Je fis semblant, gardai ma raison et m’enfuis.
J’atteignis une ville civilisée. Le roi m’accueillit, me maria à sa fille. Elle mourut bientôt. Selon la coutume cruelle, le conjoint survivant était enterré vivant avec le défunt dans une immense caverne funéraire remplie de trésors et de cadavres.
Descendu avec provisions limitées, je survécus en tuant un pilleur de tombes qui creusait un tunnel. Je m’échappai chargé de bijoux volés aux morts, rejoignis des marchands et rentrai à Bagdad, riche mais hanté par l’horreur des coutumes étrangères.
Cinquième Voyage : Le Vieillard de la Mer

Je construisis un nouveau bateau. Sur une île, je portai compassion à un vieillard frêle près d’un ruisseau. Erreur : c’était le Vieillard de la Mer ! Ses jambes s’enroulèrent autour de mon cou comme un étau ; il me força à le porter, me battant sans relâche.
Je l’enivrai avec du vin trouvé dans des calebasses, puis le tuai d’un coup de pierre. Libre, je rejoignis mes compagnons… mais des singes géants lancèrent des noix de coco sur le navire, et un roc le détruisit. Seul survivant, je gagnai une île aux cocotiers et diamants. Un navire me sauva. Je revins fortuné.
Sixième Voyage : Serendib et la rivière souterraine

Le calife Haroun al-Rachid m’envoya en ambassade à Serendib (Sri Lanka) avec présents et lettre. Le roi nous reçut magnifiquement, offrit rubis, perles, épices rares.
Au retour, tempête : le navire s’écrasa contre une falaise. Seuls quelques survivants atteignîmes une île aride couverte de gemmes inutiles face à la faim. J’explorai, découvris une rivière souterraine charriant diamants et ambre gris. Je construisis un radeau, me laissai emporter dans un tunnel obscur sous la montagne.
J’émergeai dans une vallée fertile. Un roi musulman m’accueillit, organisa mon retour. Je rapportai au calife les réponses et cadeaux, gardant une fortune immense.
Septième Voyage : Le dernier, le plus sage

Le navire navigue pour affaires ; mais un vent défavorable le pousse vers la plus lointaine des mers du monde. Le capitaine, paniqué, tira de son coffre un petit sac d’où il tira une poudre semblable à de la cendre, qu’il dilua et inhala les vapeurs produites par le liquide. Puis, il prit du même coffre un petit livre qu’il consulta et déclara qu’il y a appris que quiconque arrive en ces lieux n’en ressort pas vivant. La terre dont ils approchent s’appellent le Continent des rois (ou Climat des Rois), abritant le tombeau de Salomon. Elle est habitée par des serpents gigantesques et hideux. Chaque fois qu’un navire s’en approche surgissent des profondeurs des monstres marins l’engloutissant. Justement, leur bateau fut soulevé et retomba, alors qu’une terrible clameur se fit entendre. Une baleine haute comme une montagne surgit de l’eau et fonça sur eux, bientôt rejointe par une deuxième créature plus grosse et une troisième plus énorme encore ; toutes trois tournèrent autour d’eux. La troisième finit par foncer sur eux quand une violente rafale de vent souleva le navire et le jeta sur un haut-fond, contre lequel il se brisa.
S’accrochant à une planche, il patienta un jour avant d’arriver sur une vaste île, riche en arbres fruitiers et en eaux. Se ressourçant et reprenant courage, il explora les lieux et découvrit une rivière. Se souvenant de son précédent voyage, il se fabrique alors un radeau et flotte des jours durant, passant sous une haute montagne, aboutissant à un large torrent, jusqu’à une grande et belle ville. Là-bas, les habitants tendent un filet en travers du cours d’eau pour l’aider à s’arrêter et lui souhaitent la bienvenue. Parmi eux, un homme riche, prévôt et doyen des marchands, le mène à un hammam, puis chez lui où il le requinque avec l’aide de ses esclaves. Il le conduit ensuite au souk pour qu’il vende son radeau : Sinbad ignorait qu’il était composé de bois de santal, qui fut vendu après enchères à mille cent dinars d’or au marchand. Celui-ci, n’ayant pas d’héritier masculin, marie Sinbad à sa fille et le nomme comme héritier avant de mourir.
Les habitants de cette ville se transforment une fois par mois en oiseaux et s’envolent. Sinbad se fait porter par l’un d’eux jusqu’au plus haut du ciel, où il entend les anges chanter les louanges du Seigneur sous la voûte céleste. Émerveillé, il prononce le Tasbíh ; cependant, l’entendant, les anges lui lancent du feu qui manque de consume le groupe d’hommes-oiseaux. Les hommes-oiseaux sont fâchés contre Sinbad et l’isolent sur le sommet d’une montagne. Deux beau adolescents marchant avec une canne en or, les servants d’Allah, lui donnent une canne, puis s’en vont. Longeant la crête, il voit surgir de terre un énorme serpent tenant dans sa gueule un homme qui le supplie de l’aider. Le marin assène donc un coup de sa canne sur la tête de l’animal qui relâcha sa proie. Reconnaissant, il lui propose de l’accompagner ; tous deux cheminent et rencontrent le groupe d’hommes volants parmi lesquels il reconnut celui qui l’avait emporté. Il l’aborde en s’excusant et promet de se taire si l’autre accepte de le ramener chez lui.
De retour en ville, Sinbad apprend par sa femme que les hommes-oiseaux sont des suppôts de Satan, mais qu’elle-même et son père ne sont pas comme eux. Suivant les suggestions de sa femme, Sinbad vend tous ses avoirs et retourne avec elle à Bagdad, après vingt-sept ans d’absence, où, finalement, il finit par vivre tranquille, ne recherchant plus d’aventures.
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