La Légende des Colonnes Magiques de Florence

La Légende des Colonnes Magiques de Florence

Italie

Devant l’entrée orientale du Baptistère Saint-Jean à Florence se dressent deux colonnes de porphyre rouge, offertes par Pise en 1117. Selon la chronique pisane, ces colonnes étaient autrefois enchantées : elles agissaient comme des miroirs magiques où se reflétait le visage de tout voleur. Pour s’en débarrasser sans les offrir intactes, les Pisans les firent passer au feu — geste qui leur fit perdre leur pouvoir surnaturel. D’où le dicton moqueur : Fiorentini ciechi — « Florentins aveugles ».

Mais une légende plus mystérieuse circule dans les ruelles de Florence…

Jadis, ces colonnes étaient les baguettes magiques de la reine des fées et du chef des bons sorciers. Elles brillaient comme des miroirs divinatoires : en les frappant trois fois, on y lisait l’avenir ou les secrets cachés.

Non loin de là se dressait le Palazzo della Cavolaia, un palais maudit. Son propriétaire, un sorcier mort sans héritier, avait jeté un sort cruel : quiconque entrait ne pouvait en ressortir. L’édifice tournait imperceptiblement sur lui-même, piégeant les invités dans des oubliettes où ils mouraient de faim. Seule une modeste jardinière, surnommée La Cavolaia pour ses choux, soupçonnait le mystère — mais un chat noir, incarnation du sorcier défunt, la réduisait au silence chaque fois qu’elle tentait de parler.

Une bonne fée, alertée par les disparitions, consulta les colonnes magiques. Celles-ci révélèrent la vérité. La Cavolaia put enfin alerter la justice. Les gardes, déguisés en seigneurs, pénétrèrent dans le palais, découvrirent les oubliettes et arrêtèrent les sorciers. Le mal semblait vaincu.

Pourtant, le sort demeurait actif : le sorcier, sous forme de chat, devait transmettre son pouvoir maudit à un héritier sous peine de poursuivre ses crimes. Il le légua à une servante du palais, qui devint sorcière malgré elle.

La veille de la Saint-Jean, désespérée, elle se plaça entre les deux colonnes, une image du saint épinglée à son chapeau, et pria :

« Ô saint Jean, fais que ce fardeau me soit ôté ! »

Un vent violent l’emporta dans les branches d’un arbre — libérée. Mais le sorcier, furieux, jeta un dernier sort : les colonnes perdirent à jamais leur pouvoir. Aujourd’hui encore, elles trônent, silencieuses et inertes, devant le Baptistère — vestiges d’un temps où les pierres parlaient et les fées veillaient sur Florence.

Source inspirée : Charles Godfrey Leland, Legends of Florence (1896)

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