Histoire du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK)
Le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK), en tamazight Amussu i ufraniman n tamurt n iqbayliyen (ⴰⵎⵓⵙⵙⵓ ⵉ ⵓⴼⵔⴰⵏⵉⵎⴰⵏ ⵏ ⵜⴰⵎⵓⵔⵜ ⵏ ⵉⵇⴱⴰⵢⵍⵉⵢⴻⵏ), est un mouvement indépendantiste kabyle fondé le 5 juin 2001 à Tizi Ouzou, au lendemain du « Printemps noir » – une vague de manifestations réprimées par les forces de sécurité algériennes, causant 126 morts et des milliers de blessés en Kabylie. Initialement nommé Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie, il émerge comme réponse à la marginalisation identitaire, culturelle et politique des Kabyles, perçue comme une forme de « colonialisme interne » par l’État algérien. Dirigé par le chanteur et militant Ferhat Mehenni, le MAK se présente comme pacifiste et laïque, prônant initialement une large autonomie régionale au sein de l’Algérie pour préserver la langue tamazight, les traditions et les institutions coutumières (comme les tajmaât ou assemblées villageoises). Face au silence d’Alger, le mouvement radicalise ses revendications vers un référendum d’autodétermination incluant l’option de l’indépendance.
Évolution chronologique
- 2001-2013 : Phase autonomiste
Né dans le contexte du boycott électoral kabyle et de l’auto-organisation régionale via les Archs (comités citoyens), le MAK mobilise contre la répression et pour la reconnaissance amazighe. Il organise des marches massives et boycotts, comme lors des élections législatives de 2007 et 2012. En 2010, Mehenni proclame à Paris le Gouvernement provisoire kabyle en exil (GPK, rebaptisé Anavad en 2013), une structure symbolique avec des « ministres » pour représenter la Kabylie à l’international. Le mouvement gagne en visibilité via la diaspora, mais reste minoritaire en Kabylie même, où il est accusé de diviser les Berbères. - 2013 : Tournant indépendantiste
Lors d’une réunion du conseil national à Ath Hamdoune (4 octobre 2013), le MAK devient officiellement indépendantiste, adoptant un drapeau propre (bleu-jaune-vert avec le symbole ⵣ) et réclamant l’inscription de la Kabylie sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU. Cette radicalisation s’explique par l’échec des réformes (comme la reconnaissance limitée de tamazight en 2016) et la répression accrue : arrestations de militants, interdiction de symboles amazighs et coupes d’internet lors de manifestations. - 2017-2021 : Escalade et classification terroriste
Le MAK boycotte les élections et dépose un mémorandum à l’ONU (28 septembre 2017) pour l’autodétermination. Durant le Hirak (2019-2021), il participe aux marches mais refuse les slogans unitaires algériens, préférant des appels à l’indépendance. Alger riposte : en mai 2021, le MAK est classé « organisation terroriste » après des accusations d’incendies criminels en Kabylie (2021) et de liens avec des attentats. Cinq militants, dont Mehenni, sont condamnés par contumace pour le meurtre de Djamel Ben Ismaïl (lynché en août 2021). Le mouvement dénonce un « complot » et accuse l’armée d’orchestrer ces événements. - 2022-2025 : Proclamation symbolique et tensions internes
Malgré les poursuites (plus de 500 prisonniers politiques kabyles en 2025), le MAK intensifie son lobbying : soutien du Maroc (depuis 2015) et d’Israël (visites officielles depuis 2012), refus d’extradition d’Aksel Bellabbaci par la France (mai 2025). Le 20 avril 2024, Mehenni proclame la « renaissance de l’État kabyle » devant l’ONU à New York, à 18h57 (heure symbolique rappelant la bataille d’Icheriden en 1857). En octobre 2025, un congrès extraordinaire adopte à l’unanimité la Déclaration unilatérale d’indépendance (DUI), prévue pour le 14 décembre 2025 à Paris. Ce vote, porté par la diaspora, vise à forcer un dialogue international, mais suscite des dissensions internes et des accusations de « trahison » par Alger.
Le MAK reste controversé : adulé par les indépendantistes pour son intransigeance, critiqué pour son minoritarisme (seule une minorité des Kabyles adhère à ses thèses) et ses alliances géopolitiques. Il compte des antennes en diaspora (France, Canada, Belgique) et mobilise via les réseaux sociaux, mais opère en semi-clandestinité en Kabylie.
Personnalités actives au MAK (en 2025)
Le MAK est structuré autour d’un bureau exécutif général, d’un conseil national et de l’Anavad. Les figures clés sont souvent en exil, focalisées sur le lobbying et la mobilisation diasporique. Voici les principaux :
| Ferhat Mehenni | Président fondateur du MAK et de l’Anavad | Né en 1951, chanteur et essayiste, ex-leader du MCB et RCD. En exil depuis 2000, il dirige les initiatives internationales (mémorandums ONU, DUI 2025). Symbole du mouvement, condamné à perpétuité par contumace. |
| Mouloud At Azzedine | Porte-parole de l’Anavad | Militant historique, il anime les conférences et dénonce la répression (incendies de villages, 500+ prisonniers). Actif dans la préparation de la DUI et les mobilisations en France. |
| Aksel Bellabbaci | Conseiller présidentiel, chargé de mission | Jeune cadre, réfugié en France. Élu au bureau exécutif, il gère le lobbying (ONU, Europe) et les communications. Refus d’extradition en mai 2025, symbole de la persécution. |
| Mounir Bouttegrabet | Membre du Bureau exécutif général | Responsable des communiqués et appels à mobilisation (ex. : marches du 20 avril 2025). Focalisé sur la non-violence et la commémoration des Printemps berbère/noir. |
| Reza At-Sεid | Président du Bureau exécutif général | Gère l’organisation interne et les pré-congrès. Actif dans les appels à rassemblements (septembre 2025) et la stratégie post-DUI. |
Ces figures, souvent polyglottes et exilées, utilisent les médias (Facebook : 30 000+ abonnés) pour amplifier la cause, malgré les interdictions en Algérie.
Anciens membres et démissionnaires
Le MAK a connu des crises internes, marquées par des démissions liées à des désaccords sur la stratégie (autonomie vs. indépendance), le leadership de Mehenni (accusé de « dictature ») ou les alliances internationales. Ces dissensions, amplifiées par la répression, ont conduit à des accusations de « complot » ou de trahison. Voici les principaux :
| Nom | Rôle antérieur | Raisons de départ et suites |
|---|---|---|
| Bouaziz Aït Chebib | Président élu (2011-2016) | Quitte en 2016 pour divergences sur la radicalisation indépendantiste. Accusé de « modérantisme », il reste militant berbère mais critique le MAK pour son « populisme ». Arrêté en 2013 lors d’une marche. |
| Idir Djouder | Ministre du Budget de l’Anavad (2010-2012) | Démissionne en 2012, accuse Mehenni de « dictature » et de décisions opaques. Révèle des financements présumés (Maroc ?). Le MAK le dénonce comme traître ; il se réconcilie partiellement avec Alger en 2025. |
| Malika Mouaci | Ministre de la Santé de l’Anavad | Démissionne en 2012 avec l’exécutif MAK-France (90 % des membres). Motifs : blocage interne et manque de démocratie. Reste engagée pour la Kabylie mais hors MAK. |
| Djamila Amgoud | Présidente MAK-France | Démission collective en 2012 (avec Arezki Boussaid, Kamel Oumessaoud, Eric Ourtilane, Tassadit Ouchikh). Critique l’« annulation systématique des initiatives ». Affirme continuer à soutenir l’autonomie kabyle. |
| Arezki Boussaid | Secrétaire général MAK-France ; Ministre de l’Intérieur Anavad | Part en 2012 pour les mêmes raisons. Accusé de vouloir « récupérer » la branche France ; rentre en Algérie en 2025, dénonçant des liens MAK-Israël comme un « complot ». |
| Dissidents anonymes (2025) | Anciens ministres Anavad | Révélations en décembre 2025 d’un « accord secret » avec Israël pour former des éléments armés. Accusent le MAK d’être instrumentalisé contre l’Algérie ; rentrent au pays et témoignent pour Alger. |
Ces démissions (crises de 2012 et 2022) affaiblissent le MAK en Algérie mais renforcent sa résilience en exil. Elles illustrent les fractures : entre modérés (autonomistes) et radicaux, ou entre diaspora et militants locaux. Malgré cela, le mouvement avance vers sa DUI de décembre 2025, symbole d’une Kabylie « renaissante » face à la répression.