Amin Zaoui

Amin Zaoui, né le 25 novembre 1956 à Bab el Assa, dans la wilaya de Tlemcen, est un écrivain, romancier, essayiste, poète, traducteur et penseur algérien. Bilingue et polymorphe, il navigue avec une aisance insolente entre le français et l’arabe, explorant les tabous de la société algérienne – sexualité, religion, pouvoir, mémoire postcoloniale – à travers une écriture provocatrice, érotique et satirique. Producteur et animateur télévisé, professeur d’université, ancien directeur de la Bibliothèque nationale d’Algérie, il a été exilé en France de 1995 à 2009 pour échapper aux menaces islamistes, avant de rentrer et de poursuivre son combat pour la liberté d’expression. À 69 ans, en 2025, il reste une voix essentielle du Hirak et de la littérature maghrébine, avec plus de 35 ouvrages traduits en une douzaine de langues.

Jeunesse et formation (1956-1980)

Issu d’une famille modeste – son père est instituteur –, Amin Zaoui grandit dans un environnement bilingue arabe-berbère, enrichi par le français appris à l’école. À Tlemcen , il absorbe les récits oraux et les tensions coloniales qui marquent l’Algérie post-indépendance. Il suit ses études secondaires au lycée de tlemcen puis obtient une licence de lettres arabes à l’université d’Alger en 1979. De 1979 à 1981, pendant son service militaire, il enseigne l’arabe aux recrues, une expérience qui nourrit son regard critique sur l’institutionnel.

Débuts littéraires et carrière universitaire (1981-1995)

Dès 1981, Zaoui enseigne la littérature arabe aux universités d’Alger et d’Oran, où il obtient un doctorat d’État en littératures maghrébines comparées en 1988. Sa plume se révèle avec son premier roman en arabe, Al-Kharif al-akhir (Le Dernier Automne, 1988), suivi en 1990 de La Soumission (Le Serpent à Plumes), un roman en français qui scandalise par son traitement de l’islamisme et de la sexualité. En 1993, Somaya (L’Harmattan), portrait érotique d’une femme kabyle défiant les tabous, est retiré des librairies sous pression islamiste. De 1987 à 1995, il produit et anime l’émission littéraire télévisée Parenthèses sur la télévision algérienne, et occupe de 1991 à 1994 le poste de directeur général du Palais des arts et de la culture d’Oran. Mais la décennie noire s’assombrit : en 1992, il échappe à un attentat à la voiture piégée ; après l’assassinat de Tahar Djaout en 1994 et des menaces directes, il fuit l’Algérie en 1995 avec sa femme Rabia Djelti et leurs trois enfants.

Exil en France (1995-2009)

Accueilli par le Parlement international des écrivains à Caen, Zaoui enseigne à l’université Paris 8 Saint-Denis et ailleurs en Europe jusqu’en 1999. Il préside en 1998 la rencontre « Cultures du Maghreb » organisée par l’association Trait d’Union en France. Son exil inspire une production foisonnante : L’Enfant de l’œuf (1999), La Déchirure (2001), Fête des mensonges (2004), Le Miel de la sieste (2007), La Chambre de la vierge impure (2008, prix des Libraires algériens 2009). Ces romans, souvent érotiques et satiriques, dissèquent une Algérie hantée par le désir refoulé, la violence politique et l’hypocrisie religieuse. Il collabore à Le Monde diplomatique, Libération et El Watan depuis Paris, et anime plus tard El Fehres (Le Sommaire) sur El Djazairia One.

Retour en Algérie et responsabilités publiques (2009-2020)

En 2009, après 14 ans d’exil, Zaoui rentre au pays et est nommé directeur général de la Bibliothèque nationale d’Algérie (BNA) par Abdelaziz Bouteflika (2010-2013, ou jusqu’en 2008 selon certaines chronologies). Il modernise l’institution, ouvre des salles de lecture et lance des éditions critiques, tout en dirigeant des colloques internationaux comme « Les genres littéraires au Maghreb » ou « Le roman féminin dans le monde arabe ». Limogé en 2013 après L’Année de la gueuse (Fayard), jugé trop critique, il enseigne de 2000 à 2002 à l’université d’Oran (département de traduction). De 2016 à 2020, il est chroniqueur régulier à El Watan et Liberté, défendant la liberté d’expression et le Hirak naissant. En 2013, il intègre le conseil de direction du Fonds arabe pour la culture et les arts (AFAC).

Œuvre récente et engagements (2020-2025)

Zaoui publie sans relâche : Le Festin de la hyène (Barzakh, 2020), satire du pouvoir ; L’Opium des lettres (Chihab, 2022), recueil de chroniques ; Le Dernier Juif d’Oran (Frantz Fanon, 2024), sur la mémoire juive algérienne. En 2025, il signe Les Griffes de l’Écrivain : Femmes, chats, oliviers et littérature (Dalimen, juillet 2025), un essai autobiographique explorant l’imaginaire algérien et la pluralité culturelle. Actif dans le Hirak (2019-2021), il signe des tribunes pour la laïcité et la presse libre, et donne des conférences en Tunisie, Jordanie, France et Grande-Bretagne. Chroniqueur hebdomadaire à Echourouk (arabe) et Liberté (français), il prépare un roman sur les femmes du Hirak pour 2026.

Style et thèmes

Comparé à Tahar Ben Jelloun ou Driss Chraïbi pour son érotisme provocateur et son humour noir, Zaoui mêle réalisme magique, satire sociale et exploration du corps comme résistance politique. Bilingue maître, il excelle en arabe classique, dialectal et français, critiquant l’intolérance et célébrant la diversité maghrébine.

Vie privée

Marié à l’enseignante Rabia Djelti, père de trois enfants (deux filles, un fils) élevés entre Algérie et France, Zaoui vit entre Alger et la Kabylie, où il puise son inspiration.

Distinctions

  • Prix des Libraires algériens (2009) pour La Chambre de la vierge impure
  • Prix Beur FM Méditerranée (2010)
  • Prix Mohammed Dib (2015)
  • Docteur honoris causa de l’université de Tizi Ouzou (2023)
  • Membre du jury des Journées théâtrales de Carthage (1993)

Citation emblématique

Œuvres principales (sélection en français et arabe)

En français : La Soumission (1990), Somaya (1993), L’Enfant de l’œuf (1999), Fête des mensonges (2004), Le Miel de la sieste (2007/2014), La Chambre de la vierge impure (2008), L’Année de la gueuse (2013), Le Festin de la hyène (2020), L’Opium des lettres (2022), Le Dernier Juif d’Oran (2024), Les Griffes de l’Écrivain (2025).
En arabe : Le Hennissement du corps (1985), Le Frisson (1999), L’Odeur de la femelle (2002), Le Huitième Ciel (2008), La Voie de Satan (2009), Nuzhat al-khâter (2013), Al-malika (2015), Khillân (2018).
Traductions et essais : À quoi rêvent les loups (Yasmina Khadra, 2002), Nedjma (Kateb Yacine, 2010), L’Empire de la peur (2000), La Culture du sang (2003).

Amin Zaoui, à 69 ans, demeure une conscience littéraire indocile et vitale pour l’Algérie, où ses mots, comme des griffes, lacèrent les silences et célèbrent la vie.