Saint Augustin d’Hippone (354-430)

L’un des quatre plus grands Pères de l’Église latine et, sans conteste, le plus influent penseur chrétien d’Occident avec Thomas d’Aquin.

Chronologie essentielle

AnnéeÂgeÉvénement principal
3540Naissance le 13 novembre à Thagaste (Souk Ahras, Algérie actuelle)
370-37316-19Études de rhétorique à Madaure puis Carthage
37319Lecture de l’Hortensius de Cicéron → conversion à la philosophie
374-38320-29Professeur de rhétorique à Carthage, puis Rome, puis Milan. Maîtresse (anonyme) et fils Adeodatus
374-38220-28Adhésion au manichéisme (9 ans)
383-38629-32Déception du manichéisme, passage par le scepticisme
38632Été-à-automne : lectures néoplatoniciennes + sermons d’Ambroise à Milan → conversion définitive au christianisme
38733Baptême à Milan la nuit de Pâques par saint Ambroise, avec Alypius et Adeodatus
38834Retour en Afrique, fondation d’une communauté monastique à Thagaste
39137Ordonné prêtre à Hippone (Annaba) malgré lui par la foule
39541Évêque coadjuteur, puis évêque titulaire d’Hippone (395-430)
41056Sac de Rome par Alaric → rédaction de La Cité de Dieu
42672Rédige les Rétractations (relecture critique de toute son œuvre)
43075Mort le 28 août à Hippone assiégée par les Vandales

Les grandes étapes spirituelles et intellectuelles

  1. L’errance (354-386)
  • Enfance pieuse grâce à sa mère Monique (sainte Monique).
  • Adolescence turbulente à Carthage : « J’allais à Carthage où bouillonnait autour de moi une chaudière de honteux amours » (Confessions III,1).
  • 9 ans de manichéisme (dualisme radical matière-esprit).
  • Déception, puis découverte des néoplatoniciens (Plotin, Porphyre) : l’idée que le mal est absence de bien et que Dieu est immatériel.
  1. La conversion (386-387)
  • Jardin de Milan : « Tolle, lege » (« Prends et lis ») → ouvre saint Paul (Romains 13,13-14).
  • Baptême à 33 ans, même âge que le Christ.
  1. Le retour en Afrique (388-395)
  • Vie semi-érémitique à Thagaste.
  • Mort de sa mère Monique à Ostie (387) → scène célèbre des Confessions IX.
  1. L’évêque d’Hippone (395-430)
  • 35 ans d’épiscopat dans une petite ville portuaire de 20-30 000 habitants.
  • Lutte contre trois grands courants :
    • le donatisme (schisme rigoriste nord-africain)
    • le manichéisme (qu’il connaît de l’intérieur)
    • le pélagianisme (débat sur la grâce et le libre arbitre)

Œuvres majeures (plus de 110 ouvrages)

AnnéeŒuvreThème principal
386-395Contre les Académiciens, De la vraie religion, De l’ordrePremiers écrits philosophiques
397-400Confessions (13 livres)Autobiographie spirituelle, chef-d’œuvre de la littérature mondiale
400-412De la Trinité (15 livres)Théologie de la Trinité (analogie psychologique : mémoire, intelligence, volonté)
413-426La Cité de Dieu (22 livres)Réponse au sac de Rome : deux cités (Terre et Ciel), philosophie de l’histoire
396-420Commentaire littéral de la Genèse, EnchiridionExégèse et doctrine
419-426Contre Julien (pélagien), De la grâce et du libre arbitreDébat sur la grâce
427RétractationsRelecture critique de toute son œuvre

Idées fondamentales

  • « Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est inquiet jusqu’à ce qu’il repose en Toi » (Confessions I,1)
  • Le mal comme privation de bien (et non substance).
  • Le temps comme distension de l’âme (« Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais… »).
  • Mémoire et intériorité : « Noli foras ire, in te redi, in interiore homine habitat veritas » (« Ne sors pas dehors, rentre en toi-même ; c’est dans l’homme intérieur qu’habite la vérité »).
  • Grâce et prédestination (controverse pélagienne).
  • Distinction Église visible / Église invisible, Cité de Dieu / Cité terrestre.

Influence colossale

  • Père du monachisme occidental (Règle de saint Augustin, base des Augustins, Dominicains, etc.).
  • Théologien de référence pour Luther et Calvin (grâce), pour Jansenius, pour Pascal.
  • Inspirateur de la philosophie moderne : Descartes (cogito), Malebranche, Heidegger, Arendt, Derrida, Lyotard…
  • En littérature : Pétrarque, Rousseau, Goethe, Camus (thèse sur Augustin et le néoplatonisme).

Mort et postérité en Algérie

  • 28 août 430 : meurt à 75 ans à Hippone assiégée par les Vandales ariens.
  • Reliques transférées en Sardaigne (496), puis à Pavie (VIIIe siècle).
  • Un fragment du bras gauche revient à Annaba en 1900 (basilique Saint-Augustin).
  • Aujourd’hui : saint patron de nombreuses villes algériennes, fête le 28 août partout en Algérie (même dans les mosquées, on cite parfois « Sidi Augustine » avec respect).

Augustin reste l’Africain le plus universel : né Romain, berbère de culture, devenu le plus grand penseur chrétien de langue latine, et toujours présent dans le paysage spirituel algérien 1 600 ans après sa mort.

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