Qui sont les Phéniciens ?
Les Phéniciens sont un peuple sémitique originaire de la côte du Levant (actuel Liban, sud de la Syrie et nord d’Israël) entre environ 1500 et 300 av. J.-C. Leur territoire principal correspond aux cités-États de Tyr, Sidon, Byblos, Arwad et Béryte (Beyrouth).
Ils sont célèbres pour :
- Leur alphabet consonantique (vers 1200 av. J.-C.), ancêtre direct des alphabets grec, latin et arabe.
- Leur extraordinaire talent de navigateurs et de commerçants maritimes.
- La pourpre de Tyr (teinture rouge-violet extraite du murex).
- La fondation de comptoirs et colonies dans tout le bassin méditerranéen : Carthage (Tunisie, 814 av. J.-C.), Utique, Hippo Regius (Annaba), Icosium (Alger), Malaga, Cadix (Gadès), Cagliari, etc.
À partir du IXe siècle av. J.-C., les Phéniciens (appelés « Puniques » par les Romains après la fondation de Carthage) créent un immense réseau commercial qui relie l’Atlantique à l’Égypte et à la Mésopotamie.
Histoire des Phéniciens en Algérie (IXe siècle – IIe siècle av. J.-C.)
En Algérie actuelle, les Phéniciens n’ont jamais constitué un État centralisé ni conquis de territoires intérieurs. Ils ont uniquement fondé des comptoirs commerciaux (emporia) sur la côte, destinés à l’échange avec les populations berbères (Numides et Maures). Ces comptoirs restent modestes jusqu’à l’essor de Carthage (VIe–Ve siècles av. J.-C.), qui les intègre dans son empire commercial.
Chronologie et principaux sites phéniciens/puniques en Algérie
- IXe – VIIe siècles av. J.-C. : premiers comptoirs tyriens directs
- Rachgoun (près d’Oran, embouchure de la Tafna)
Le plus ancien site phénicien d’Algérie (fin IXe – début VIIIe siècle av. J.-C.). Nécropole avec céramiques tyriennes et scarabées égyptiens. - Siga (près de l’oued Tafna)
Comptoir phénicien puis capitale du roi berbère Syphax au IIIe siècle. - Igilgili (Jijel) et Rusazus (Azeffoun, ancien Dellys)
Présence phénicienne attestée par la céramique.
- VIIe – IVe siècles av. J.-C. : période carthagino-punique
Après la fondation de Carthage (814 av. J.-C. selon la tradition), la plupart des comptoirs algériens passent sous influence ou contrôle carthaginois.
- Tipasa (à 70 km à l’ouest d’Alger)
Comptoir phénicien dès le VIe siècle av. J.-C. (nécropole à tumulus, céramiques à vernis rouge). Devient une ville punique importante avec remparts et quartier artisanal. - Iol / Caesarea (Cherchell)
Fondé comme comptoir phénicien sous le nom d’Iol vers le VIe siècle. Très prospère sous domination punique ; tombes à chambre voûtée typiquement carthaginoises. - Hippo Regius (Annaba, anciennement Hippo Diarrhytus)
Un des plus anciens et plus grands établissements puniques d’Algérie (dès le VIe siècle). Port stratégique ; grandes nécropoles puniques. - Icosium (Alger)
Petit comptoir phénicien puis punique (traces sous la Casbah et la place des Martyrs). Nom sémitique : אי קוסים « l’île des mouettes » ou « île aux hiboux ». - Rusuccuru (Dellys), Chullu (Collo), Thabraca (Tabarka, aujourd’hui en Tunisie mais proche de la frontière), Rusicade (Skikda), Saldae (Béjaïa) : présence punique attestée.
- IIIe – IIe siècles av. J.-C. : guerres puniques et passage sous influence numide puis romaine
- Après la 2e guerre punique (218–201 av. J.-C.), Carthage perd ses territoires extérieurs.
- Massinissa, roi des Numides, allié de Rome, récupère la plupart des anciens comptoirs puniques d’Algérie (Traité de 203 av. J.-C.).
- À la chute définitive de Carthage en 146 av. J.-C., ces villes passent progressivement sous administration romaine (colonies ou municipes).
Caractéristiques des établissements phéniciens/puniques en Algérie
- Petites villes côtières (quelques dizaines d’hectares maximum).
- Nécropoles à incineration puis inhumation, avec stèles à signe de Tanit et de Baal Hammon.
- Sanctuaires de tophet (sacrifices d’enfants controversés).
- Artisanat : pourpre, salaisons, céramiques, objets en ivoire et verre.
- Échanges avec les Berbères : importation de métaux (argent du Rif marocain, fer de Kabylie), exportation d’huile, de vin, de céramiques et d’objets de luxe.
Après 146 av. J.-C., la culture punique reste très vivace en Algérie jusqu’au IIe siècle ap. J.-C. (néo-punique) : inscriptions bilingues libyque/punique, culte de Baal/Saturne qui survivra même sous l’Empire romain.
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