Belaid Ait Ali

Belaid Ait Ali : La voix qui chuchotait en kabyle
En 1947, bien avant que la littérature kabyle ne s’impose sur la scène mondiale, un homme discret écrivit le premier roman jamais composé en langue kabyle : Lwali n Wedrar — Le Saint Homme de la Montagne. Son auteur, Belaid Ait Ali, ne le vit jamais publié. Il vécut et mourut dans l’oubli, son manuscrit conservé dans des cahiers épars, jusqu’à ce qu’il soit tiré de l’ombre une décennie après sa mort en 1950, dans les Fichiers d’Études Berbères, sous la direction de Jean et Denise Dallet.
Près de huit décennies plus tard, Lwali n Wedrar renaît — traduit pour la première fois en anglais sous le titre All Rags’ Journey to Sacred Heights, avec une rigueur et une sensibilité admirables par le traducteur Noufel Bouzeboudja, et publié par les Éditions AXXAM N TMUSNI.
Ce n’est pas simplement une traduction. C’est un acte de résurrection.
Au cœur de ce récit se dresse une figure inoubliable : Bu Leɣṭut — « La Chiffe », un homme si pauvre que ses vêtements n’étaient que des loques, si modeste que le village se moquait de lui. Pourtant, sous cette apparence misérable battait un cœur d’une tendresse rare. Son épouse, Taḍadect (Chevillette), femme de sagesse silencieuse et de force discrète, devint son ancre — celle qui, sans bruit, l’encouragea à quitter leur village de Thagmount-Ath-Moussa, à partir vers un autre destin.
Ce qu’il trouva alors ne fut pas une simple aventure.
Guidé par le hasard, l’intuition et une innocence presque sacrée, Bu Leɣṭut arriva au col des Fougères — Tizi n Tfilkut — où la fatalité, les rivalités ancestrales et les épreuves spirituelles se mêlèrent. Là, entre la tyrannie du Caboche et la mystérieuse Princesse Sekoura, l’homme qu’on traitait de « Chiffe » devint autre chose : un guide spirituel. Non par la force, ni par la parole arrogante, mais par la bienveillance. Non par l’autorité, mais par l’écoute. Par la douceur.
Dans ce chef-d’œuvre allégorique, Belaid Ait Ali tisse la cosmologie kabyle, la tradition orale et la critique sociale en une parabole intemporelle. À travers la montée humble de Bu Leɣṭut, le roman explore des thèmes universels : la corruption du pouvoir, la sainteté des opprimés, la résilience de l’amour, et la puissance transformatrice de la compassion face à l’adversité.
Plus qu’un roman, All Rags’ Journey to Sacred Heights est un artefact culturel — le premier roman jamais écrit en kabyle, composé sous l’indifférence coloniale et le silence post-indépendance. Pendant des décennies, la voix d’Ait Ali fut ensevelie sous l’indifférence des « Caboches » de sa terre — ceux qui préféraient tourner la tête plutôt que d’écouter ce que la montagne murmurait.
Aujourd’hui, grâce à la traduction méticuleuse et poétique de Noufel Bouzeboudja, cette voix résonne à nouveau — au-delà des frontières, au-delà des langues, dans la conscience littéraire mondiale.
Ce n’est pas seulement l’histoire d’un homme en haillons.
C’est l’histoire d’un peuple qui refusa de disparaître.
C’est l’histoire d’une langue qui refusa de mourir.
Et c’est l’histoire de comment une âme simple, guidée par l’amour, devint un saint — non aux yeux des institutions, mais dans les cœurs de ceux qui osèrent écouter.
All Rags’ Journey to Sacred Heights
De Belaid Ait Ali
Premier roman kabyle (1947)
Traduit par Noufel Bouzeboudja
Éditions AXXAM N TMUSNI
Disponible sur Amazon
source: https://kabyle.com/belaid-ait-ali-traduit-vers-anglais
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