L’empire effondré d’Ayoub Aissiou, des rouages de la « Issaba » à la traque judiciaire internationale

Symbole de l’enrichissement rapide sous l’ère d’Abdelaziz Bouteflika, Ayoub Aissiou incarne la dérive d’un capitalisme de rente façonné par les connexions politiques.Promoteur immobilier aux ambitions tentaculaires, cet homme d’affaires aura profité pendant plus d’une décennie des largesses de l’État algérien avant que la justice ne dismantled son réseau à la suite du mouvement populaire du Hirak.

Une ascension fulgurante nourrie par la rente publique

Initialement discret, Ayoub Aissiou s’impose au milieu des années 2010 comme un acteur incontournable de la scène économique nationale. C’est à travers sa structure phare, la SARL Aissiou Promotion, qu’il bâtit la vitrine de son empire. Il multiplie les projets résidentiels de standing et s’étend rapidement à d’autres secteurs lucratifs : l’immobilier commercial, l’agriculture et l’importation d’équipements.

Cette expansion repose sur des mécanismes bien rodés au sein du système Bouteflika : l’octroi facilité d’assiettes foncières publiques stratégiques et l’accès à d’imposants crédits octroyés par les banques publiques. Mais la véritable clé de voûte de son empire réside dans ses liens de proximité avec le cercle décisionnel d’El Mouradia, en particulier dans le sillage de Saïd Bouteflika, frère et conseiller influent de l’ex-président. Ces alliances lui garantissent une impunité économique et des passe-droits majeurs dans l’obtention de marchés.

L’artifice médiatique : contrôler l’image pour appuyer le pouvoir

Afin d’asseoir sa position et de protéger ses intérêts économiques, Ayoub Aissiou investit massivement le champ de la communication et des médias. Il diversifie ses entités en se dotant d’organes de presse et de structures de médias (notamment le groupe d’information lié à Dzaïr et diverses initiatives télévisuelles).

Loin d’être une simple diversification industrielle, ce pôle médiatique sert de levier d’influence politique. Il permet non seulement de promouvoir ses propres projets immobiliers mais surtout d’aligner une ligne éditoriale favorable au régime en place, tout en s’attaquant ouvertement aux détracteurs du système lors des dernières années du règne de Bouteflika.

Le krach du Hirak et la chute du clan Aissiou

L’onde de choc du mouvement populaire du Hirak en février 2019 et la chute consécutive du régime Bouteflika sonnent le glas de son réseau. Les enquêtes lancées par le Pôle pénal national économique et financier d’Alger mettent en lumière l’ampleur des malversations : blanchiment d’argent issu de la corruption, faux et usage de faux en écriture publique, et obtention d’avantages indus.

Plus d’une dizaine de sociétés liées à la galaxie Aissiou ainsi que plusieurs établissements bancaires – bloqués par des garanties et des hypothèques sur du matériel et des logements – se retrouvent au cœur des procédures judiciaires. De nombreux souscripteurs et acquéreurs particuliers d’appartements de la SARL Aissiou Promotion se retrouvent spoliés ou pris au piège des saisies conservatoires.

Dans cette débâcle judiciaire, Ayoub Aissiou n’est pas le seul visé. C’est toute la structure familiale et d’affaires qui est traduite en justice. Lors des récents procès devant le Pôle pénal d’Alger, la justice a prononcé de lourdes peines allant jusqu’à 20 ans de prison ferme à l’encontre d’Ayoub Aissiou, de son épouse, de ses cinq frères associés et de son beau-père, accompagnées de la confiscation totale de l’ensemble de leurs biens et actifs.

Fuite en Europe et révélations géopolitiques

Anticipant les poursuites dès avril 2019, Ayoub Aissiou parvient à fuir l’Algérie.Ciblée par une série de mandats d’arrêt internationaux transmis via Interpol, sa cavale européenne l’amène à faire la navette entre la France, la Suisse et l’Espagne.

Récemment localisé et placé en détention par les autorités espagnoles en vue d’une procédure d’extradition vers l’Algérie, l’affaire Aissiou a pris une tournure diplomatique et politique complexe.Des démarches juridiques et des lettres ouvertes diffusées par des réseaux d’influence en Europe tentent actuellement de bloquer son transfert vers Alger.Autrefois magnat intouchable de l’immobilier algérois, Ayoub Aissiou attend désormais dans une cellule espagnole de savoir s’il sera renvoyé face aux juges de son pays.

Laisser un commentaire