La Légende du Mariage de la Djnoun

Ahmed ben Abdallah était un taleb pieux, vertueux et généreux. Un matin, en chemin vers le tombeau de Sidi Ali Zouaoui, il découvrit près d’une rivière une jeune femme d’une beauté céleste qui se baignait dans l’eau claire. C’était une Djin — une fée des génies.

À côté d’elle, sur la berge, gisait une peau de colombe. Sans réfléchir, Ahmed la ramassa. La fée, une fois sortie de l’eau, chercha en vain son enveloppe ailée. Désespérée, elle supplia le taleb :

— Rends-moi ma peau, ou je mourrai de chagrin !

— Je ne te la rendrai qu’à une condition, répondit Ahmed : dans quinze jours, tu m’attendras ici. Et tu deviendras ma femme.

La Djnoun accepta. Ahmed lui rendit la peau ; elle s’envola aussitôt. Mais fidèle à sa promesse, elle revint au rendez-vous. Malgré ses réticences — « Le Prophète ne te défend-il pas de m’épouser ? » — Ahmed insista. Séduit par sa beauté, il la ramena chez lui.

Ils se marièrent. Des enfants naquirent, beaux et joyeux. Le taleb était comblé. Pourtant, la Djnoun restait mélancolique. Son cœur aspirait aux rivières sauvages, aux nuits libres sous les étoiles, à la compagnie des siennes.

Un jour, ses enfants découvrirent dans un coffre la peau de colombe qu’Ahmed avait cachée. Ravie, la mère la caressa du regard. Un dilemme la déchira : rester ou s’envoler ? Après une dernière étreinte à ses petits, elle revêtit sa forme ailée et disparut dans le ciel.

Ahmed revint trop tard. Fou de douleur, il pleura son épouse perdue.

Depuis, dit-on, la Djnoun revient parfois à la tombée du jour. Elle effleure du bec les joues de ses enfants endormis, murmure une berceuse oubliée… puis s’envole à nouveau — libre, mais jamais tout à fait consolée.

Légende rapportée dans un café maure d’Alger, vers 1880