La Légende du Serpent de Cherchell
Dahra, Algérie
Autrefois, la ville de Cherchell souffrait d’une terrible sécheresse. Ses puits étaient presque à sec, et les habitants devaient se rendre à une source lointaine pour puiser de l’eau. Mais un immense serpent s’en était emparé, tuant quiconque osait s’approcher. La population, assoiffée et désespérée, implora le secours du roi Salomon, dont la sagesse et les pouvoirs magiques étaient connus jusqu’aux confins du monde.
Alerté par leurs prières, Salomon arriva sur son tapis volant. Il trouva une cité en ruine, peuplée de quelques vieillards tremblants. Ceux-ci lui racontèrent leur malheur. Le roi se rendit alors à la source et interrogea le serpent :
— Pourquoi gardes-tu cette eau vitale et tues-tu les innocents ?
Le monstre répondit avec franchise :
— Ma propre source a tarit. Celle-ci est mon seul refuge. Je partirai si tu me conduis vers un autre point d’eau sûr.
Salomon accepta, mais avec ruse. Il fit apporter la tête d’un coq qu’il dissimula sous son turban. Puis il guida le serpent à travers le désert, lui demandant régulièrement :
— Ta queue a-t-elle quitté la source ?
— Pas encore, répondait le reptile.
Ils marchèrent longtemps — si longtemps que le serpent, d’une longueur légendaire, finit par annoncer enfin que son extrémité avait quitté l’eau. Salomon lui désigna alors une modeste mare dans le sable.
Indigné, le serpent refusa et voulut rebrousser chemin. D’un geste vif, Salomon dégaina son sabre et lui trancha la tête :
— Ainsi fut traitée la tête qui se cachait sous mon turban !
Le sang du monstre jaillit avec tant d’abondance qu’il forma un vaste lac : le lac Halloula, qui depuis brille comme une oasis au cœur du désert. Et Cherchell retrouva paix et eau vive.
Source inspirée : Hélène Adeline Guerber, Contes et légendes (1895)