Biographie de Si Ahmed Aït Bachir (dit Si Hmimi)
Ahmed Aït Bachir, affectueusement surnommé Si Hmimi ou Dda Hmimi, était une figure emblématique du militantisme kabyle, un intellectuel engagé, un écrivain et un défenseur passionné de l’identité amazighe et du destin de la Kabylie. Né en Algérie (vraisemblablement en Kabylie), il était fils de chahid (martyr de la guerre d’indépendance algérienne), son père ayant sacrifié sa vie pour l’indépendance du pays.
Dès son jeune âge, Ahmed Aït Bachir s’engage dans la lutte pour la reconnaissance de l’identité kabyle et amazighe, dans un contexte algérien marqué par une politique d’arabo-islamisme d’État qui marginalisait la langue et la culture berbères. Il participe activement à la création du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) en 1989, devenant le premier président du conseil régional RCD de Tizi Ouzou.
En 2001, au cœur du Printemps noir (les événements tragiques d’avril 2001 en Kabylie), il est l’un des membres fondateurs du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK), aux côtés d’autres militants comme Abdenour Abdeslam, Hamou Boumedine ou Malek Amrani. Il assume la responsabilité de représentant du mouvement en Kabylie jusqu’en 2007. Confronté à la répression du régime algérien, il est contraint à l’exil politique et s’installe en France, où il continue son combat avec constance et dignité.
Parallèlement à son engagement politique, Si Ahmed Aït Bachir se consacre, ces dernières années, à la préservation et à la transmission du patrimoine culturel kabyle à travers l’écriture en langue kabyle (taqbaylit). Il réalise notamment :
- La traduction en kabyle de l’œuvre autobiographique majeure de Fadhma Aït Mansour Amrouche, Histoire de ma vie, publiée sous le titre Tudert-iw (éditions Koukou), un travail salué comme un hommage vibrant à cette grande figure de la littérature amazighe.
- Son ouvrage original Tidak n Tejmaɛt (Les chemins de la solidarité / Les dires de l’agora kabyle), un recueil de chroniques et d’anecdotes populaires qui retranscrivent le génie, les valeurs de solidarité, d’entraide et de sagesse de la société traditionnelle kabyle. Ce livre, édité aux Éditions Kabylie, est considéré comme une pépite de la littérature kabyle contemporaine et un acte de résistance culturelle.
Ahmed Aït Bachir était reconnu pour son esprit de synthèse incisif, sa générosité naturelle, sa dignité silencieuse, son sourire lumineux et sa capacité à apaiser par des mots justes et doux. Homme de conviction profonde, il incarnait l’honnêteté, la loyauté, le courage patient et une bienveillance rare. Il a également fait preuve d’un immense sacrifice personnel, notamment en donnant un rein à son frère il y a une dizaine d’années.
À l’âge de 73 ans, Si Ahmed Aït Bachir s’est éteint le jeudi 29 janvier 2026 (ou la veille selon certaines annonces) dans un hôpital parisien, après une hospitalisation dans un état critique. Sa disparition a provoqué une immense émotion dans la diaspora kabyle, parmi les militants, les écrivains et tous ceux qui l’ont connu. La Kabylie a perdu une conscience, un repère politique et un passeur infatigable de sa mémoire populaire.
Repose en paix, cher Si Ahmed. Ton empreinte reste vive dans les cœurs, dans la lutte pour la dignité kabyle et dans les mots que tu as su si bien transmettre. Que ton âme trouve le repos éternel.
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