Belaid Abrika

figure emblématique du mouvement des Aarchs

Belaïd Abrika (en kabyle : Belɛid Abṛika), né le 10 décembre 1969 à Tizi Ouzou, est un homme politique algérien, enseignant d’économie et l’une des personnalités les plus marquantes du mouvement citoyen des Aarchs en Kabylie. À 55 ans, il reste une voix incontournable de la lutte pour les droits culturels, linguistiques et démocratiques des Kabyles.

Parcours militant avant le Printemps noir

Avant 2001, Belaïd Abrika était déjà profondément engagé :

  • Militant du mouvement culturel berbère,
  • Actif dans le mouvement associatif,
  • Membre des comités étudiants syndicaux autonomes,
  • Cofondateur de la Fondation Lounès Matoub,
  • Membre du comité de soutien à Mohand Arab Bessaoud, fondateur de l’Académie berbère (1966).

Le tournant du Printemps noir (2001)

L’assassinat du jeune lycéen Massinissa Guermah en avril 2001 déclenche le Printemps noir. Des dizaines de manifestants sont tués par les forces de l’ordre. Belaïd Abrika émerge alors comme délégué principal de la Coordination des Aarchs, Daïras et Communes de Tizi Ouzou (CADC), l’une des structures clés du mouvement citoyen.

Hostile au dialogue avec le pouvoir, il appelle au boycott des élections législatives (mai 2002) et municipales (octobre 2002). Il entre en clandestinité en janvier 2002, est arrêté le 12 octobre 2002, et mène 43 jours de grève de la faim en prison. Libéré le 10 juin 2003 grâce à une mobilisation massive.

Négociations avec l’État et la plateforme d’El-Kseur

En janvier 2004, il conduit la délégation citoyenne pour négocier avec le gouvernement. Malgré un premier échec, le dialogue reprend et aboutit en janvier 2005 à un accord officiel engageant l’État à appliquer la plateforme d’El-Kseur (justice pour les victimes, reconnaissance du tamazight, désengagement de l’armée, libertés démocratiques…).

En 2007, il estime que seulement 20 % des engagements ont été respectés. Il continue d’interpeller publiquement le pouvoir sur :

  • Le jugement des assassins du Printemps noir,
  • La langue officielle tamazight,
  • L’ouverture médiatique.

Répression continue

En novembre 2022, il est condamné à un an de prison ferme pour avoir commémoré le Printemps berbère (1980) et le Printemps noir (2001), illustrant la persécution persistante des militants kabyles.

Héritage

Belaïd Abrika incarne la résistance pacifique et citoyenne face à un État autoritaire. Refusant les compromissions partisanes (notamment avec le RCD), il a su maintenir la légitimité populaire du mouvement des Aarchs en plaçant les citoyens au cœur des décisions.

« Le mouvement des Aarchs n’est pas mort, il demeure en lutte. » – Belaïd Abrika

Figure respectée et crainte, il reste, plus de vingt ans après le Printemps noir, le symbole vivant de la dignité kabyle et de l’aspiration à une Algérie plurielle et démocratique.