La légende de Yennayer et Furar en Kabylie
Dehors, le froid mordant s’abat sur les montagnes, le vent hurle sous les tuiles. Assise près du kanoun, Tassadit, la grand-mère, s’apprête à raconter à ses petits-enfants blottis sur un épais tapis de laine l’histoire de Yennayer et Furar — c’est-à-dire janvier et février.
« A machao tellem chao… », commence-t-elle d’une voix douce et grave.
Il était une fois une vieille femme vivant seule avec sa chèvre. L’hiver avait été si rude que, tout au long du mois de Yennayer, ni elle ni l’animal n’avaient pu sortir : neige, pluie et gel avaient scellé leur porte.
Mais dès que Yennayer prit fin, le ciel s’éclaircit, le soleil revint, et la vieille femme sortit enfin, soulagée. Levant les yeux au ciel, elle lança avec colère :
« Yennayer, sois maudit ! Tu t’en vas sans m’avoir offert un seul jour de répit ! »
Blessé par ces mots, Yennayer alla trouver son frère Furar et le supplia :
« Je t’en prie, prête-moi un de tes jours, afin que je puisse faire taire cette ingrate. »
Furar, compatissant, lui céda un jour. Aussitôt, le ciel s’obscurcit, la tempête revint en furie — pluie, neige et vent glacé s’abattirent sur la terre. La vieille femme et sa chèvre, surprises dehors, furent saisies par le froid et périrent sur place.
C’est ainsi que le dernier jour de janvier est appelé le « jour prêté », et que février reste plus court que les autres mois — car il en a donné un à janvier pour assouvir sa vengeance.
« Mon conte s’est déroulé comme un fil… », conclut la grand-mère, tandis que le feu crépite doucement dans l’âtre.
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