Malik Oussekine

Malik Oussekine est né le 11 mars 1964 à Enghien-les-Bains, dans le Val-d’Oise. De nationalité française et d’origine algérienne kabyle, il était le dernier d’une fratrie de sept enfants. Ses parents, Miloud et Aïcha Oussekine, vivaient d’abord à la cité des 4000 à La Courneuve, puis à Garges-lès-Gonesse. Dès l’enfance, Malik souffrait d’une insuffisance rénale chronique très grave. Il avait subi plusieurs opérations et, en 1983, sa sœur aînée Fatima lui avait fait don d’un rein. À cause de sa maladie, il portait une poche de colostomie et était suivi médicalement en permanence. Malgré cette fragilité, ses proches le décrivaient comme un jeune homme joyeux, cultivé, toujours élégant, passionné de jazz et de mode.

Après son baccalauréat économique obtenu à Garges-lès-Gonesse, Malik s’était inscrit en première année de DEUG d’économie-gestion à l’université Paris VII (Jussieu) en 1986. Pour financer ses études, il travaillait à mi-temps comme vendeur dans une boutique de vêtements aux Halles. Grand amateur de jazz, il passait souvent ses soirées au club Le Petit Opportun, rue Dunois dans le 13e arrondissement.

Dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, Malik n’était pas dans la manifestation étudiante contre le projet de loi Devaquet. Il sortait du Petit Opportun vers minuit et demi et rentrait chez lui, dans le 20e arrondissement, où il vivait avec sa mère. En traversant le Quartier latin, il s’est retrouvé au milieu des derniers heurts entre étudiants et forces de l’ordre. Effrayé, il a couru et s’est réfugié dans le hall d’un immeuble au 20 rue Monsieur-le-Prince, 75016 Paris. Trois voltigeurs motocyclistes de la police l’ont poursuivi à l’intérieur et l’ont roué de coups pendant plusieurs minutes à coups de matraque, de pied et de poing. Très grièvement blessé – reins éclatés, colonne vertébrale touchée, hémorragies internes –, il est mort à 2 h 45 à l’hôpital Cochin. Il avait 22 ans.

Sa mort a provoqué une immense émotion dans tout le pays. Des centaines de milliers de personnes ont manifesté dans les jours suivants. Le projet de loi Devaquet a été retiré dès le 8 décembre 1986 et, dès le lendemain de la mort de Malik, François Mitterrand a dissous l’unité des voltigeurs motocyclistes. En 1990, deux des trois policiers impliqués ont été condamnés à des peines de prison avec sursis (cinq et deux ans). La famille Oussekine, très digne et discrète, a toujours refusé toute récupération politique tout en continuant à entretenir la mémoire de Malik.

Près de quarante ans plus tard, Malik reste l’un des symboles les plus forts des violences policières en France. Une allée porte son nom dans le 20e arrondissement de Paris depuis 2001, une plaque commémorative est apposée au lieu d’assassinat, et en 2022 la série Oussekine (Disney+, réalisée par Antoine Chevrollier) a retracé sa vie et le combat de sa famille. Son nom continue d’être scandé lors de nombreuses manifestations contre les brutalités policières.

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